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Indépendance proclamée, questions éludées : la Cour des comptes face à la commission Alloncle

15 janvier 2026

Temps de lecture : 4 minutes
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Indépendance proclamée, questions éludées : la Cour des comptes face à la commission Alloncle

Temps de lecture : 4 minutes

Indépendance proclamée, questions éludées : la Cour des comptes face à la commission Alloncle

La vive alter­ca­tion entre la Cour des comptes et la com­mis­sion d’enquête sur l’audiovisuel pub­lic à l’Assemblée nationale mar­que une nou­velle étape dans la guerre médi­a­tique qui agite le pays.

L’institution a été mise en dif­fi­culté la veille du pas­sage de Del­phine Ernotte devant la même commission.

Mis en cause par le député UDR Charles Allon­cle sur le cal­en­dri­er et les con­di­tions d’un rap­port très cri­tique sur France Télévi­sions, les « Sages » de la rue Cam­bon ont pub­lié un rare com­mu­niqué pour réaf­firmer leur indépen­dance, tout en dénonçant les méth­odes du rap­por­teur sans pour autant par­venir à dénier l’existence d’un mail de pres­sion envoyé par la direc­tion de France Télévi­sions aux mem­bres de la Cour pour retarder un rap­port acca­blant sur le groupe.

Une mise au point très rare de la rue Cambon

Dans un com­mu­niqué dif­fusé sur ses réseaux soci­aux, la Cour des comptes répond aux inter­ro­ga­tions du député UDR (ciot­tiste) Charles Allon­cle sur un pos­si­ble report de la pub­li­ca­tion de son rap­port très sévère sur la « sit­u­a­tion finan­cière cri­tique » de France Télévi­sions, rap­port qui réclame des « réformes struc­turelles » « sans délai ».

Les mag­is­trats affir­ment n’avoir subi « aucune pres­sion », n’avoir reçu « aucun cour­riel » du secré­taire général de France Télévi­sions leur deman­dant un report, et assurent qu’un tel mail aurait été « sans inci­dence » sur la procédure.

Le prési­dent de la 3ᵉ cham­bre de la Cour des comptes n’a, à aucun moment, répon­du à la ques­tion qui lui a été posée.

Autrement dit, la Cour répond sur l’honneur de ses mem­bres, beau­coup moins sur la chronolo­gie pré­cise du rap­port : un choix défen­sif qui laisse intactes les sus­pi­cions poli­tiques autour de France Télévisions.

Une commission d’enquête qui documente les dérives éditoriales

Car la com­mis­sion d’enquête ne se lim­ite pas à des querelles de procé­dure. L’épisode du compte Slash de France Télé illus­tre la méth­ode : le secré­taire général Christophe Tardieu affirme sous ser­ment qu’il n’a « jamais » été ques­tion de relay­er un appel aux dons pour le comité « Jus­tice pour Adama ». Quelques min­utes plus tard, le rap­por­teur pro­duit la pub­li­ca­tion Insta­gram de 2020, appel clair à financer ce comité, oblig­eant Tardieu à recon­naître un « post tout à fait inap­pro­prié », finale­ment supprimé.

Ce cas, par­mi d’autres con­tenus jugés « prob­lé­ma­tiques » sur Slash (mil­i­tan­tisme racial, mil­i­tan­tisme LGBT, etc.), mon­tre que la com­mis­sion explore con­crète­ment les zones gris­es d’un ser­vice pub­lic sup­posé neu­tre, mais par­fois engagé dans des caus­es très situées. Dans ce con­texte, la mise au point de la Cour des comptes, qui s’en prend au ton du député plus qu’elle ne nour­rit le débat de fond, ressem­ble à un réflexe de corps plutôt qu’à une con­tri­bu­tion à la transparence.

Delphine Ernotte entre « exigence absolue » et réponses incomplètes

Audi­tion­née le 10 décem­bre, Del­phine Ernotte, pas très à l’aise, a martelé que le débat sur la neu­tral­ité de l’audiovisuel pub­lic était « légitime » et que cette neu­tral­ité con­sti­tu­ait pour France Télévi­sions une « exi­gence absolue ». Elle rap­pelle que le groupe est « financé par tous » et doit donc « s’adresser à tous », quelles que soient leurs opin­ions ou leurs revenus.

Sur le ter­rain con­cret, la prési­dente met en avant des « efforts mas­sifs » de ges­tion et annonce la créa­tion d’une « nou­velle direc­tion de la déon­tolo­gie ». Mais face aux ques­tions sur les biais idéologiques, cer­taines déci­sions de pro­gram­ma­tion, les liens avec des élus parisiens comme l’a mon­tré l’affaire Legrand/Cohen ou encore le niveau de rémunéra­tion de ses proches col­lab­o­ra­teurs, elle ren­voie sou­vent à la « tutelle » ou promet des répons­es écrites ultérieures.

Longtemps habitués à agir sans aucune oppo­si­tion, les médias publics sont, avec cette com­mis­sion, con­fron­tés à leur biais idéologique et peinent à accepter un véri­ta­ble exa­m­en con­tra­dic­toire de ses pra­tiques, devant les représen­tants de ceux qui le financent.

Rodolphe Cha­la­mel

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