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Ivry : une prière catholique, deux élues voilées et un récit médiatique très sélectif

13 juin 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

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La séance du con­seil munic­i­pal d’Ivry-sur-Seine du 11 juin a fait le tour des médias : l’élu RN Kevin Nad­er bran­dis­sant un cru­ci­fix et réc­i­tant un « Je vous salue Marie ». Mais, der­rière le (bad) buzz, plusieurs titres ont escamoté le con­texte : un débat sur la laïc­ité, le voile et la neu­tral­ité des élus.

L’affaire Kevin Nad­er avait tout pour devenir virale : jeu­di 11 juin, un élu RN, un cru­ci­fix, une prière catholique réc­itée en plein con­seil munic­i­pal, un maire com­mu­niste furieux et une séance sus­pendue. Sans sur­prise, la séquence d’Ivry-sur-Seine a été reprise en boucle. Mais une par­tie du traite­ment médi­a­tique, notam­ment dans la dépêche AFP reprise par plusieurs rédac­tions dont Le Parisien ou BFM TV, a surtout retenu en titre l’image la plus spec­tac­u­laire, au risque de pro­duire un réc­it tronqué.

Une fois de plus, c’est le traite­ment ori­en­té de l’Agence France-Presse qui se trou­ve à l’origine d’une lec­ture biaisée des faits.

Une séquence réduite à son moment le plus viral

À lire de nom­breux titres, l’affaire serait sim­ple : un élu RN aurait « inter­rompu » un con­seil munic­i­pal en sor­tant un cru­ci­fix et en réc­i­tant une prière. L’information n’est pas totale­ment fausse, mais elle est incom­plète. Or, en matière poli­tique, un réc­it lacu­naire peut suf­fire à mod­i­fi­er le sens d’une séquence.

En réal­ité, Kevin Nad­er, con­seiller munic­i­pal RN fraîche­ment entré au con­seil d’Ivry, pro­po­sait d’inscrire dans le règle­ment intérieur une inter­dic­tion du port osten­ta­toire de signes religieux dans l’exercice des fonc­tions de représen­ta­tion de la col­lec­tiv­ité. Le débat visait donc la ques­tion de la laïc­ité et de la neu­tral­ité des élus, dans une assem­blée où deux élues de la majorité siè­gent voilées, l’une d’entre elles ayant affir­mé ce jour-là être « fière d’être élue, avec mon voile ». « Je suis fier de l’assemblée com­mu­nale, de la diver­sité qui la com­pose », déclar­era le maire PCF Philippe Bouys­sou avant de refuser de met­tre l’amendement aux voix, esti­mant qu’il était « morale­ment rejeté ».

C’est après cette fin de non-recevoir que Kevin Nad­er a sor­ti son cru­ci­fix et réc­ité le « Je vous salue Marie ». Un acte qui fit sor­tir Philippe Bouys­sou de ses gonds, dénonçant « un véri­ta­ble scan­dale » en tapant du poing sur la table. « Vous avez atteint tous les som­mets et franchi toutes les lignes rouges », tem­pê­tait-il, avant d’affirmer auprès de l’AFP que « le fait de prier dans une assem­blée délibérante » avait « claire­ment créé un trou­ble à l’ordre public ».

Le cadrage plus complet par Paul Sugy dans Le Figaro

C’est pré­cisé­ment cette chronolo­gie que cer­tains papiers ont tron­quée. L’article de Paul Sugy dans Le Figaro, pub­lié le 13 juin, restitue davan­tage l’enchaînement : amende­ment sur les signes religieux, inter­ven­tion d’élues de la majorité, refus du maire, puis geste provo­ca­teur de l’élu RN. On peut juger ce geste provo­ca­teur, exces­sif, mal­adroit, poli­tique­ment cal­culé ou même religieuse­ment con­testable. Mais la présen­ter comme une sim­ple irrup­tion religieuse sans expli­quer ce qui la précède revient à trans­former un débat de fond en anec­dote de plateau télé.

Le con­traste est révéla­teur. Quand le cru­ci­fix appa­raît, la séquence devient immé­di­ate­ment scan­daleuse. Quand la dis­cus­sion porte sur le seul voile dans une assem­blée munic­i­pale, elle est rapi­de­ment recadrée en « stig­ma­ti­sa­tion ». Ce « deux poids deux mesures » nour­rit pré­cisé­ment le soupçon d’une laïc­ité à géométrie variable.

Ivry, laboratoire d’une bataille médiatique

L’affaire se déroule dans une ville sym­bol­ique : Ivry-sur-Seine, bas­tion com­mu­niste depuis près d’un siè­cle, où la présence du RN au sec­ond tour des munic­i­pales a déjà con­sti­tué un événe­ment poli­tique. Le con­seil n’est donc pas seule­ment le théâtre d’un inci­dent politi­co-religieux, il devient un ter­rain de con­fronta­tion entre gauche munic­i­pale, RN local et médias locaux. Bien sûr, les réseaux soci­aux se sont enflam­més, et l’af­faire est dev­enue nationale. Selon nos infor­ma­tions, le Rassem­ble­ment nation­al, gêné, préfère calmer les choses, en dépit du sou­tien explicite de plusieurs élus.

Olivi­er Frèrejacques

Voir aus­si : Apoplex­ie dans les médias dom­i­nants : le JD News appelle à renouer avec la Russie

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