Sonia Mabrouk a annoncé son départ de CNews, invoquant une « altération certaine et effective » de sa relation avec une partie de la direction, après sa prise de distance consécutive au maintien à l’antenne de Jean-Marc Morandini. Une démission qui expose la chaîne à une séquence de turbulences.
Le départ n’est pas un simple mouvement de mercato. Il s’inscrit dans un conflit de ligne et d’image : rester malgré tout, ou assumer qu’un visage majeur quitte l’antenne au nom de « la préservation de l’intérêt des victimes ».
Une démission politique autant que professionnelle
Selon Le Parisien, la décision mûrissait depuis plusieurs semaines, sur fond de tensions internes et de discussions avec la direction. Challenges rappelle que Mabrouk avait été, dès le 20 janvier, l’une des premières figures de la chaîne à exprimer publiquement son malaise sur ce maintien.
L’enjeu, pour CNews, dépasse la personne de Sonia Mabrouk : il touche à la promesse éditoriale d’une chaîne qui se veut prescriptrice et « décomplexée », mais qui se retrouve renvoyée à une question simple : la cohérence entre discours public et choix de casting. À l’heure des critiques contre l’ancien ministre de la Culture Jack Lang, mis en cause publiquement (enfin) pour une affaire de mœurs (plus un dossier fiscal en propre et un avec sa fille) dans les dossiers Epstein, il devient délicat de ne pas penser à la paille et à la poutre…
Morandini maintenu, la chaîne fragilisée
Le maintien de Jean-Marc Morandini, condamné définitivement pour corruption de mineurs, agit comme un révélateur : à partir du moment où la direction assume, chaque départ ou contestation devient un coût réputationnel additionnel.
À cela s’ajoute un signal très concret : l’isolement progressif de l’émission sur le terrain politique. Le Monde écrit que Jordan Bardella a fini par interdire aux élus RN de se rendre dans « Morandini Live », après une série de boycotts déjà observés chez d’autres responsables. Autrement dit, l’argument souvent invoqué contre les boycotts (« ils craignent les questions ») se retourne : ici, c’est l’émetteur qui devient le problème.
Postures et dégâts collatéraux : le match de trop ?
La communication périphérique n’a rien arrangé. Après l’annonce de la démission, un post du blog Morandini évoquant une « place […] libérée » a suscité une vague d’indignation, donnant le sentiment d’un commentaire hors-sol au regard du motif avancé par la journaliste.
En interne, la séquence alimente aussi les rapports de force : Public rapporte que Philippe de Villiers a laissé entendre qu’il pourrait quitter la chaîne si Morandini était maintenu, tandis que Laurence Ferrari avait aussi pris ses distances avec l’animateur. Reste à voir comment réagira Pascal Praud, véritable tête d’affiche de la chaîne, alors que Christine Kelly a choisi de soutenir l’animateur condamné en dépit de ses engagements contre les violences faites aux enfants.
Dans le même temps, à gauche, Politis a pris pour cible la chaîne et ses figures, en décrivant une crise « dix ans trop tard ». D’autres médias de gauche se font plus discrets à l’image de ceux de la Maison des médias libres dont le mécène Legrain est mis en cause dans une vilaine affaire d’agression sexuelle.
Enfin, du côté de Libération, qui a eu des positions pédo-compatibles voire pédo-militantes dans le passé, on ne s’embête pas pour tirer à boulets rouges !
CNews se retrouve donc face à une équation classique : tenir une décision de direction au nom de la loyauté, ou limiter l’hémorragie au nom du risque de contagion et d’un possible début de déclin pour la chaîne à succès.
Sonia Mabrouk, elle, quitte le navire en plaidant une ligne morale. La question, désormais, n’est plus seulement « qui la remplacera ? », mais comment la chaîne pourra contenir une crise qui combine image, invités, et cohésion interne. Autre élément à suivre : où atterrira Mabrouk, qui est devenue au fil des ans une animatrice télé à grand succès ?
Voir aussi : Sonia Mabrouk, portrait
Rodolphe Chalamel


