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Brexit : 10 jours de campagne avec Ouest-France

13 août 2016

Temps de lecture : 3 minutes
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Brexit : 10 jours de campagne avec Ouest-France

[Pre­mière dif­fu­sion le 30 juin 2016] Red­if­fu­sions esti­vales 2016

L’Ojim a dépouillé Ouest-France pour décrypter la manière dont le quotidien régional avait suivi la campagne du Brexit. Le résultat est éloquent…

Com­ment la presse française a‑t-elle cou­vert la cam­pagne du Brex­it ? A‑t-elle lais­sé la même place aux pro-Brex­it et aux anti-Brex­it ? Com­ment a‑t-elle relaté les résul­tats du référen­dum bri­tan­nique ? Autant de ques­tions qui méri­tent une réponse. Nous avons donc repris les édi­tions de Ouest-France, entre le 14 juin et le 27 juin 2016, pour véri­fi­er, page par page, com­ment les lecteurs français du plus grand quo­ti­di­en de la presse quo­ti­di­enne régionale étaient infor­més au sujet du référen­dum. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on n’a pas été déçu : Ouest-France a fait claire­ment cam­pagne con­tre le Brex­it !

Le 14 juin, le quo­ti­di­en con­sacre sa qua­trième de cou­ver­ture au Brex­it, sous le titre « Liv­er­pool la cos­mopo­lite s’interroge sur son iden­tité ». Quand plusieurs habi­tants inter­rogés dénon­cent et regret­tent l’arrivée mas­sive d’immigrés, l’auteur de l’article, la jour­nal­iste Kate Stent, répond « l’immigration fait pour­tant par­tie de l’ADN de Liv­er­pool ». Et de laiss­er une large place aux déc­la­ra­tions des anti-brex­it et pro-immi­gra­tion : « les chiffres mon­trent que cette pop­u­la­tion (les immi­grés — ndlr) touche moins d’allocations-chômage parce qu’elle fait le boulot que les Bri­tan­niques ne veu­lent pas faire ».

Le 16 juin, le Brex­it est à nou­veau en appel à la une du quo­ti­di­en. En page 2, une longue inter­view de Daniel Cohn-Ben­dit, for­cé­ment favor­able à l’Union européenne. « Quand j’entends les argu­ments du Brex­it, j’ai des réac­tions sadiques » explique l’ancien chef de file de mai 68.

Qua­tre jours plus tard, le 20 juin, Ouest-France offre une nou­velle inter­view fleuve à un par­ti­san du main­tien. Cette fois-ci, c’est Denis Mac­Shane, ancien min­istre des Affaires européennes de Tony Blair. « Brex­it : on sort d’une cam­pagne de men­songes » titre le jour­nal… De men­songes des pro-Brex­it, évidem­ment.

Entre les deux inter­views, un évène­ment a boulever­sé la cam­pagne. « Brex­it : la mort de Jo Cox ébran­le la cam­pagne » titre Ouest-France le 18 juin en con­sacrant une page entière à l’assassinat de la députée tra­vail­liste. Dans son papi­er, Aman­dine Alexan­dre dénonce « un cli­mat xéno­phobe instil­lé par les pro-Brex­it ».

« Même Beckam veut rester »

Le 21 juin, à la une du quo­ti­di­en, la parole est à la défense : « Roy­aume-Uni : ce que dis­ent les pro-Brex­it ». L’article, signé Lau­rent Marc­hand, le spé­cial­iste de l’international du jour­nal, est très ori­en­té. La con­clu­sion du papi­er laisse la parole à Jan, un anglais qui dénonce une « cam­pagne très vio­lente con­tre l’immigration ». « La Grande-Bre­tagne a telle­ment béné­fi­cié de tous ces gens. Notre tolérance fait aus­si par­tie de notre iden­tité ». Et Marc­hand de com­menter : « com­bi­en y‑a-t-il de Jan ? Au terme d’une cam­pagne aus­si obses­sion­nelle sur l’immigration, dif­fi­cile de son­der la majorité silen­cieuse ». Côté pro-Brex­it, un sim­ple con­seiller munic­i­pal de l’UKIP a le droit à quelques lignes d’interview… On est loin des entre­tiens fleuves avec Cohn-Ben­dit et Mac­Shane.

Le lende­main, 22 juin, le Brex­it est tou­jours en page 2 du jour­nal, avec un titre par­ti­c­ulière­ment anx­iogène : « Lon­dres hors de l’Union ? Les entre­pris­es de l’Ouest inquiètes ». Tous ceux qui sont inter­rogés, prin­ci­pale­ment des chefs d’entreprise, prédis­ent la cat­a­stro­phe. Le 23 juin, le Brex­it est à nou­veau en une. En page 2, l’article, « le jour le plus long de la City of Lon­don » dénonce à nou­veau une cam­pagne tournée autour de l’immigration. Et de con­clure « même Beck­am veut rester » ! L’argument d’autorité qui doit faire mouche.

Le 24 juin, quand le lecteur ouvre son quo­ti­di­en, le résul­tat du référen­dum est déjà con­nu. Ce qui n’était pas le cas quand le jour­nal a été bouclé. L’article donne la parole a Beth, 21 ans et pro-européen et à Bet­ty, 85 ans, pro-Brex­it. Tout de suite moins glam­our… Pire, cette Bet­ty sem­ble vrai­ment méchante. Elle « n’a, souligne l’auteur de l’article, pas un mot pour Jo Cox, la députée tra­vail­liste pro-UE assas­s­inée la semaine dernière ». Salauds de vieux ! Salauds de pro-Brex­it !

Un point Godwin pour François-Régis Hutin !

Enfin, le 25 juin, Ouest-France titre « L’Europe grog­gy mais pas KO ». Dans son édi­to­r­i­al, en pre­mière page, c’est le grand patron du jour­nal lui-même, François-Régis Hutin, qui prend la parole : « L’Europe : pour­suiv­re plus que jamais » ! « Il est urgent qu’un sur­saut per­me­tte à l’Union de se remet­tre en marche, sinon la divi­sion men­ac­erait très vite cette paix sur notre pro­pre con­ti­nent. (…) Nous sommes tristes aujourd’hui. Sinon, l’on risque de recom­mencer à cul­tiv­er les égoïsmes nationaux qui mènent à toutes les oppo­si­tions pos­si­bles, aux dic­tatures, aux guer­res, en un mot au mal­heur ». Le point God­win est atteint !

En plus de sa cou­ver­ture, le jour­nal con­sacre presque trois pages au résul­tat du référen­dum bri­tan­nique. Et pour cela, il donne la parole à Michel Barnier, ancien com­mis­saire européen : « pas sûr que les Anglais aient fait un bon cal­cul » explique-t-il… Encore une fois, les vain­queurs du scrutin n’ont pas la parole…

Bref, en dix jours, la qua­si-total­ité des arti­cles ont lais­sé la part belle, la part très belle même, aux par­ti­sans du main­tien de la Grande-Bre­tagne dans l’Union européenne… Qua­si sys­té­ma­tique­ment, les par­ti­sans du Brex­it sont soit vieux, soit racistes, soit les deux à la fois. Quant au lecteur de Ouest-France, il est prié de se con­tenter de ce seul son de cloche…

Source : Ouest-France, du 14 au 25 juin

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