Observatoire du journalisme (OJIM)

Avant l’été noir de Guillaume Pley, Mediawan a tenté de prendre le contrôle de Legend

Olivier Frèrejacques 29 août 2026 Temps de lecture : 4 min
Guillaume Pley, fondateur et présentateur de Legend (capture écran).

Soupçons de vengeance… Avant l’été noir de Guillaume Pley, visé par une campagne médiatique, Mediawan avait tenté de prendre le contrôle de Legend, pour une valorisation dérisoire au regard de celle obtenue depuis. Or, les liens entre les fondateurs du géant audiovisuel et plusieurs médias ayant enquêté sur l’animateur intriguent aujourd’hui les dirigeants de Legend.

L’été de Guillaume Pley a pris une tournure singulière. Alors que Legend, lancé seulement en 2023, vient d’être valorisé 72 millions d’euros après l’entrée de FG Bros à son capital, son fondateur a subi une succession d’enquêtes très à charge.

Dans ce contexte, Le Point a révélé, le 27 août, un épisode jusqu’ici inconnu : une tentative de prise de contrôle du média par Mediawan.

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Mediawan voulait prendre 51 % de Legend

Selon Le Point, Mediawan s’est montré « très entreprenant » à l’hiver 2025. Le groupe ouvre alors une « data room » et accède aux informations financières de Legend avant de formuler son offre : deux millions d’euros pour 51 % du capital. Autrement dit, une valorisation de quatre millions d’euros, jugée « ridicule » par les actionnaires.

Mediawan souhaitait en outre que certaines décisions soient soumises à son approbation « afin d’assurer notamment du contrôle ». Un cadre de Legend assure au magazine : « Il s’agissait de nous imposer des invités, voire des chroniqueurs. »

Mediawan est contrôlé par ses trois fondateurs, Pierre-Antoine Capton, Xavier Niel et Matthieu Pigasse. Devant la commission d’enquête sur l’audiovisuel, Capton a précisé que la société comptait environ 70 actionnaires et que KKR, parfois présenté comme son propriétaire, n’était ni majoritaire ni aux commandes. Les trois fondateurs disposent, eux, de la majorité des droits de vote.

Legend a finalement trouvé beaucoup mieux : en mai 2026, FG Bros a déboursé 17 millions d’euros pour environ 25 % du capital, faisant ressortir une valorisation de 72 millions.

Une étonnante géographie capitalistique

Puis arrive l’été. Le Monde publie fin juin, le créateur de contenu TPZ met en ligne une première vidéo le 2 août puis Les Inrockuptibles embrayent le 5 août. Les médias blâment sa « banalisation » de l’extrême droite, son management « toxique » et un comportement sexiste. Le présentateur est aussi mis en cause pour des échanges à caractère sexuel avec des adolescentes, accusations auxquelles il a répondu avant de déposer des plaintes en diffamation.

C’est ici que les dirigeants de Legend tiquent. Matthieu Pigasse contrôle Combat Media, propriétaire des Inrockuptibles. Pierre-Antoine Capton figure parmi les principaux actionnaires de So Press, éditeur de Society, qui préparait également une enquête sur Pley.

Le raccourci est plus délicat concernant Le Monde. Xavier Niel en fut longtemps un actionnaire central, mais il a transféré l’essentiel de ses parts au Fonds pour l’indépendance de la presse et n’en conserve aujourd’hui qu’une action. Parler du « journal de Niel » serait donc inexact.

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Un calendrier qui pose question, sans faire preuve

« Si ce n’est pas une opération de représailles, ça y ressemble quand même un peu, non ? », s’interroge pourtant un cadre de Legend cité par Le Point. Le magazine apporte immédiatement une précision essentielle : « rien n’étaye ce scénario ». Le journaliste indépendant ayant enquêté pour Les Inrockuptibles affirme avoir commencé son travail sept mois plus tôt et évoque un « hasard total » concernant le calendrier.

Voilà donc une concomitance troublante, mais pas une démonstration. Les liens capitalistiques existent, la tentative de prise de contrôle aussi. De là à établir une opération coordonnée contre Guillaume Pley, il manque aujourd’hui la pièce essentielle : la preuve. Reste un enchaînement suffisamment singulier pour mériter d’être exposé plutôt que balayé d’un revers de main.

L'auteur
Olivier Frèrejacques
Olivier Frèrejacques

Olivier Frèrejacques est journaliste et rédacteur en chef adjoint à TV Libertés. Il dirige aussi la revue Liberté Politique. Il est également président de l'association Village Karenni.

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