Guillaume Pley : la star des nouveaux médias traînée dans la boue
Le fondateur du média Legend est visé par une série d’enquêtes blâmant sa « banalisation » de l’extrême droite, son management « toxique » et un comportement sexiste. Une campagne de dénigrement par une presse qui regarde avec suspicion (et envie ?) l’ascension d’un outsider. L’un des détracteurs est accusé d’avoir été en lien avec des militants antifas.
« Il aura toute sa vie d’ex-employés, collaborateurs et soi-disant proches qui cracheront dans la soupe, c’est toujours le même cinéma » : le 5 août sur X, Erik Tegnér est monté au créneau pour défendre Guillaume Pley, visé par une campagne médiatique de dénigrement. Pour le fondateur du média Frontières, les articles de presse visant la star du média Legend sont le fait de « journalistes et de cas sociaux » qui « détestent le succès » et « les personnes qui bossent dur et qui sont exigeants ».
Legend est désormais valorisé 72 millions d’euros, après la cession de 25 % de son capital à FG Bros en mai. Tout semblait sourire à Guillaume Pley : depuis le début de l’été, Guillaume Pley a reçu Bernard Arnault et Mathieu Pigasse, entre deux interviews de médium ou d’un ancien opérateur des forces spéciales. Avec près de 15 millions d’abonnés cumulés, l’ex-animateur de canulars sur NRJ, aujourd’hui âgé de 41 ans, est devenu une figure des nouveaux médias.
Mais son ascension fulgurante dans l’infotainment, en trois années d’existence, attire les critiques. Hier 5 août, l’Arcom estimait qu’une séquence de Merwane Benlazar sur France Inter, du 7 janvier 2026, ne « caractérisait pas un manquement de la station à ses obligations ». Pley était ciblé : « Quand on donne la parole aux racistes, c’est sous couvert de « on reçoit tout le monde ici dans Legend » », ironisait l’humoriste.
Guillaume Pley commence à peser politiquement
Tandis que le public de Legend apprécie sa « bienveillance » et son air (faussement) naïf, Benlazar le tacle : « On vit une époque où si le diable sort un livre, Guillaume Pley le reçoit ! En plus il va lui poser des questions [peu pertinentes] : c’était dur l’enfer, il faisait chaud ?… On va l’humaniser ! »
🔴"En Belgique, il y a le cordon sanitaire : pas de parole donnée à l’extrême droite… On devrait s’en inspirer" : l'ARCOM estime finalement que cette séquence polémique sur France Inter "ne caractérise PAS de manquement de la station à ses obligations".pic.twitter.com/tZYV2z1fg9
— Observatoire du journalisme (Ojim) (@ojim_france) August 5, 2026
Pas de doute : une campagne médiatique de dénigrement ciblant l’entrepreneur s’est installée. Fin juin, Le Monde a (re)ouvert les hostilités, dénonçant le « goût du trash » et, lui aussi, « ses interviews complaisantes ».
L’une des craintes du quotidien du soir ? Que Legend en vienne à « peser dans la campagne présidentielle ». Car le politique se presse aussi dans son studio : Nicolas Sarkozy bien sûr, en sortant de prison, mais avant lui Jordan Bardella et Éric Zemmour (en 2022, à l’époque de l’émission QG). De quoi lui reprocher de « banaliser l’extrême-droite ». Pourtant, le jeune homme a aussi invité l’insoumis Louis Boyard, la socialiste Ségolène Royal et le macroniste Édouard Philippe. Reste à savoir si son plateau sera aussi le passage obligé des candidats 2027.
Sur un terrain moins politique, son business model est efficace : 17 000 euros le placement de produit, 62 000 euros l’interview du type « publireportage » avec un chef d’entreprise. La grande presse le lui reproche à demi-mots, oubliant qu’elle est aussi soutenue par les grandes fortunes… et les aides de l’État.
Réécrire le storytelling de Legend
Alors que le public voit un présentateur chaleureux et authentique, Le Monde dresse le portrait d’un « homme stressé ». Sont aussi évoqués des gestes déplacés auprès de jeunes femmes – une main sur la cuisse. Également, un management « hyperexigeant » et la recherche du buzz à tout prix, via des contenus racoleurs ou violents.
Trois reproches qu’une autre enquête, publiée le 5 août dernier, va amplifier : « Pendant plusieurs mois, Les Inrockuptibles ont recueilli les témoignages de dizaines d’ancien·nes salarié·es, stagiaires, alternant·es et collaborateur·rices, consulté des documents internes, des échanges privés », relate le magazine marqué à gauche et, ironie de l’histoire, propriété de Mathieu Pigasse.
Régnerait donc à Legend « une pression permanente, un rythme de travail hors norme et une culture d’entreprise où les propos racistes et les comportements sexistes auraient longtemps été banalisés », décrit Iban Raïs, l’auteur de l’enquête à charge. Passivité face à un concours de remarques « racistes », échanges de messages flatteurs avec des mineures alors qu’il avait 30 ans, burn-out de collaborateurs tenus de trouver des vidéos trash pour alimenter le buzz sur les réseaux sociaux : Guillaume Pley est cette fois décrit beaucoup plus explicitement comme sexiste, toxique et raciste.
Un horizon de droite « jamais assumé » ?
Les attaques ne viennent pas seulement de la presse. Le 2 août, le créateur de contenu TPZ, suivi par plus de 150 000 abonnés, publie sur YouTube une vidéo d’1 h 15 visant Pley, Legend. Elle sera retirée 10 heures plus tard pour atteinte aux droits d’auteurs par l’agence Influx, qui coproduit Legend. Une V2 sera remise en ligne deux jours après.
TPZ décrit l’écosystème Pley, et lui aussi les méthodes managériales de la start-up. Le youtubeur reproche évidemment à celui-ci de vouloir « faire un Konbini, mais de gauche ». « Mode, tech, business, finance » mais aussi « forces de l’ordre, militaires, complotistes, personnalités d’extrême droite » : pour lui, « l’imaginaire politique est plus bleu que rouge » mais « jamais assumé ». Il en faut peu pour être labellisé.
Même attaque : l’hyperproductivité, l’ambiance délétère, y compris à NRJ et au QG, et le fait « d’apprécier la compagnie de jeunes filles ».

Manager toxique et dragueur d’adolescentes ?
Les témoignages à charge d’anciens collègues (une dizaine), sous anonymat, dressent le portrait d’un homme manager obsédé par les chiffres et « éternel insatisfait » : « toutes les personnes qui sont entre lui et le succès, on est des échecs à son succès ». « On s’endort avec des vocaux de Guillaume, et on se réveille avec des vocaux de Guillaume », glisse l’un d’entre eux.
Les vocaux de jeunes adolescentes en lien avec lui il y a une dizaine d’années relatent un animateur radio dragueur de « petites minettes » et guettant la venue de leur majorité. L’une d’elles va jusqu’à assimiler le combat contre lui à celui mené contre les « parasites », les « violeurs » et les « pédophiles ». Pourtant, si les témoignages sont certes gênants et les faits malsains, aucun acte pénalement répréhensible ne semble pour l’heure rapporté. La corruption de mineur n’est a priori pas caractérisée, la Loi ne punissant pas de telles flatteries.
C’est sûr, le milieu télévisuel et la notoriété font souvent perdre l’esprit à ceux qui en sont. Reste que la conclusion est lourde : « ceux qui continueraient d’agir avec l’écosystème Guillaume Pley doivent rendre des comptes ». Le titre de la vidéo est explicite : il faut appeler au « clap de fin d’une LEGEND ».
« Je ne prétends pas toujours avoir bien fait les choses »
Ces enquêtes tombent alors que Guillaume Pley s’apprête à lancer à l’automne son « Legend Tour » à travers la France, avec 18 personnalités interviewées qui ont fait la réussite de son média.
« Je ne prétends pas toujours avoir bien fait les choses, loin de là », se défendait l’intéressé dans le chapitre « Bad Buzz » de son livre Legend : les coulisses et secrets de l’émission numéro 1 en France (éd. Hors Cadre, juin 2026). « Quand on travaille sous pression permanente, on peut devenir plus dur qu’on ne le voudrait », poursuit-il, racontant avoir vécu avec « la peur constante que tout s’effondre [à NRJ] ». « Cela n’excuse rien, mais cela explique en partie quelques tensions, quelques maladresses, quelques débordements », se justifie Pley, avant d’ajouter : « D’autres critiques ont porté sur mon management, certaines m’ont blessé et m’ont parfois semblé caricaturales. »
Je vais vous donner une info jamais sortie sur ce journaliste des Inrocks qui attaque Pley : chez France 5 en 2022, Iban Rais a transmis l’adresse d’un déplacement de Zemmour à des antifas qui s’en sont pris à lui à Calais. Il a été discrètement suspendu par France TV pour ça. https://t.co/29bPXwVLCz
— Erik Tegnér (@tegnererik) August 5, 2026
Un détracteur pas si net
Si les attaques sont caricaturales, alors qui seraient les caricaturistes ? Erik Tegnér n’a pas seulement apporté un soutien à Guillaume Pley. Il a aussi divulgué sur X une information visant Iban Raïs, accusant le journaliste des Inrockuptibles d’avoir « transmis en 2022 à des antifascistes l’adresse d’un déplacement de campagne à Calais d’Eric Zemmour », alors que le journaliste travaillait pour France 5. « Il a été discrètement suspendu par France TV pour ça », conclut Erik Tegnér.
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