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Agression contre Salman Rushdie : une controverse bien française

22 août 2022

Temps de lecture : 4 minutes
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Agression contre Salman Rushdie : une controverse bien française

22 août 2022

Temps de lecture : 4 minutes

Samedi 13 août, l’écrivain britannique d’origine indienne Salman Rushdie a été victime d’une violente attaque au couteau alors qu’il s’apprêtait à participer à une conférence dans l’État de New-York, aux États-Unis. La présentation par plusieurs médias français de cet événement a suscité une polémique aussi forte que limitée aux réseaux sociaux. Celle-ci en dit long sur un certain état d’esprit qui prévaut parfois dans le petit milieu journalistique.

Salman Rushdie, un écrivain sous le coup d’une fatwa

En 1988, parais­sait un roman inti­t­ulé « Les ver­sets sataniques » écrit par un écrivain bri­tan­nique d’origine indi­enne fort peu con­nu du grand pub­lic, un cer­tain Salman Rushdie. Quelques mois plus tard, le 14 févri­er 1989, l’écrivain rece­vait un appel télé­phonique d’un jour­nal­iste de la BBC l’informant qu’il avait été con­damné à mort par l’Ayatollah Khome­i­ni. Pour quelle rai­son ? Avoir écrit le roman inti­t­ulé « Les ver­sets sataniques ».

33 ans plus tard, il est utile de relire la fat­wa, la con­damna­tion à mort, dont S. Rushdie a fait l’objet :

« J’informe tous les braves musul­mans du monde que l’auteur de ‘ver­sets sataniques‘, un texte écrit, édité et pub­lié con­tre l’Islam, le Prophète de l’Islam et le Coran, ain­si que tous les édi­teurs et édi­teurs au courant de son con­tenu, sont con­damnés à mort. J’appelle tous les musul­mans courageux, où qu’ils se trou­vent dans le monde, à les tuer sans délai, afin que per­son­ne n’ose à l’avenir insul­ter les saintes croy­ances des musul­mans. Quiconque meurt pour cette cause sera un mar­tyr, si Dieu le veut. En atten­dant, si quelqu’un a accès à l’auteur du livre mais n’est pas en mesure de procéder à l’exécution, il doit en informer le peu­ple afin qu’il puisse être puni pour ses actes. Que la paix et les béné­dic­tions d’Allah soient avec vous. »

Salman Rushdie a décrit dans son auto­bi­ogra­phie inti­t­ulée « Joseph Anton » sa vie en clan­des­tinité depuis cette con­damna­tion, ses change­ments inces­sants de domi­cile, sa vie recluse, mais égale­ment les pres­sions con­tre ses édi­teurs, le con­cours de lâcheté de trop nom­breuses per­son­nal­ités mais égale­ment ses pré­cieux et trop rares soutiens.

Au fil des années, l’écrivain a bais­sé la garde en sor­tant de la clan­des­tinité. Il a don­né plusieurs con­férences publiques sur ses romans, dont cer­tains ont été primé bien avant sa con­damna­tion à mort par un haut dig­ni­taire islamiste.

Cela a fal­lu lui être fatal le 13 août, à l’occasion d’une con­férence qu’il voulait don­ner dans l’Etat de New-York, aux Etats-Unis. Il a, avant que celle-ci ne com­mence, été sauvage­ment agressé au couteau par un améri­cain d’origine libanaise. L’écrivain de 75 ans réchap­pera à cette agres­sion, mais avec de nom­breuses séquelles. En France, la présen­ta­tion par plusieurs médias du con­texte de cet événe­ment a sus­cité une polémique aus­si forte que lim­itée aux réseaux sociaux.

L’AFP et l’ouvrage « controversé » Les versets sataniques

L’agence de presse AFP a rôle éminem­ment impor­tant : elle four­nit la matière pre­mière de nom­breux médias de grand chemin : l’information. A l’heure de la crise de la presse et de la com­pres­sion des coûts, ses dépêch­es sont sou­vent recopiées sans retouche par des jour­nal­istes pressés.

Les élé­ments de lan­gage dis­pen­sés le 13 août à 18h15 par l’AFP à la suite de l’agression de Salman Rushdie ont de quoi interroger :

« L’auteur bri­tan­nique Salman Rushdie, dont l’ouvrage con­tro­ver­sé Les ver­sets sataniques avait fait de lui la cible d’une fat­wa de l’ayatollah iranien Rouho­lah Khome­i­ni, a été attaqué sur scène lors d’une con­férence dans l’Etat de New-York, selon plusieurs médias améri­cains ».

Immé­di­ate­ment après, les élé­ments de lan­gage dis­pen­sés par l’AFP sont repris par de nom­breux médias :

BFM TV, 20 min­utes, Europe 1, etc. évo­quent à l’occasion de l’agression de Salman Rushdie un auteur bri­tan­nique à « l’ou­vrage con­tro­ver­sé ».

Les réseaux sociaux mieux informés

Les réac­tions à cette présen­ta­tion, qui fait porter à l’ouvrage de Salman Rushdie la respon­s­abil­ité d’une con­tro­verse, sont nom­breuses sur les réseaux sociaux.

La con­tributrice du mag­a­zine Front pop­u­laire Céline Pina com­mente sur Twitter :

La réac­tion de Zohra Bitan est plus mesurée :

Quelques heures plus tard, face à la bron­ca, l’AFP sup­prime son Tweet forte­ment cri­tiqué. Cela amène Sigis­mond Alti à com­menter sur Twitter :

France info a le ciseau rapide au montage

Autre média, à peine autre ambiance sur France Info. La radio publique a suite à l’agression de S. Rushdie inter­viewé Abnousse Shal­mani. Les com­men­taires de l’écrivaine et jour­nal­iste peu­vent avoir une cer­taine per­ti­nence compte tenu de son orig­ine irani­enne, un pays qu’elle et ses par­ents ont fui pour échap­per aux Mollahs.

Le jour­nal­iste de France cul­ture Marc Voinchet sem­ble en pamoi­son à l’écoute de l’interview:

« Impec­ca­ble Abnousse Shal­mani sur @franceinfo au sujet de Salman Rushdie et des « Ver­sets sataniques ».

Abnousse Shal­mani émet cepen­dant sur Twit­ter de fortes cri­tiques sur ce qu’a retenu France Info de ses propos :

Françoise Emma Roux com­mente, dépitée :

Des vertes et des pas mûres…

Nous auri­ons pu mul­ti­pli­er les autres exem­ples de réac­tions édi­fi­antes à cette agres­sion de Salman Rushdie. Comme le retard à l’allumage en France, dans les médias et une par­tie gauche de la classe poli­tique, pour désign­er la moti­va­tion islamiste de l’agresseur, en dépit des infor­ma­tions cir­cu­lant rapi­de­ment après l’agression aux Etats-Unis et ailleurs dans le monde.

Nous auri­ons pu évo­quer la cen­sure par­tiale de Twit­ter relevée par le jour­nal­iste de Valeurs actuelles Amau­ry Brelet :

« J.K. Rowl­ing men­acée de mort par un islamiste pour avoir dénon­cé l’at­taque con­tre Salman Rushdie, Twit­ter ne trou­ve rien à redire ».

Dans le même temps, Guy Daniel voit sur Twit­ter sa réac­tion à l’absence de sou­tien de Salman Rushdie par la com­mu­nauté musul­mane en France cen­surée. Ceci bien que Flo­rence Bergeaud-Black­ler ai mul­ti­plié sur Twit­ter les preuves en la matière. Le seul point posi­tif dans cette affaire est que les ventes de l’écrivain ont grim­pé en flèche, un beau pied de nez aux islamistes.

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