Accueil E Veille médias E Arcom : Martin Ajdari assure ne pas vouloir fermer CNews… sans rassurer totalement

Arcom : Martin Ajdari assure ne pas vouloir fermer CNews… sans rassurer totalement

11 juillet 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

Faire un don à l'OJIM

Faire un don à l'OJIM
Levé 27 177,97€
Objecif 30 000,00€
Donateurs 274
90,6%

Le prési­dent de l’Arcom a voulu couper court aux spécu­la­tions. Alors que CNews red­oute de dis­paraître, Mar­tin Ajdari a fer­me­ment démen­ti toute volon­té de fer­me­ture sur RTL. Assur­ant appli­quer la loi pour garan­tir le plu­ral­isme, il n’a toute­fois pas totale­ment effacé les craintes sur une régu­la­tion de l’information à géométrie vari­able. Le débat sur les lim­ites du con­trôle de l’information par l’Arcom reste ouvert.

La crainte com­mençait à enfler, Mar­tin Ajdari a voulu lui tor­dre le cou. Dans une tri­bune pub­liée dans Le Figaro, puis le lende­main sur les ondes de RTL, le prési­dent de l’Arcom a nié toute volon­té de fer­mer CNews.

Maxime Saa­da, prési­dent de Canal+, avait en effet, le 24 juin dernier dans le même Figaro, prophétisé « après C8, bien­tôt CNews », dénonçant un pays « qui ferme les chaînes ».

« Ça n’a rien à voir », a répon­du Ajdari. À l’en croire, C8 n’a pas été fer­mée, mais « a vu son autori­sa­tion d’émettre non renou­velée à son échéance, parce qu’il y avait de nom­breux man­que­ments et pas assez d’engagements ». Nuance bureaucratique.

« Con­traire­ment à ce que j’entends dire, on n’a pas l’intention de fer­mer CNews, puisque l’Arcom a autorisé CNews en 2024 pour une péri­ode de dix ans », a‑t-il de sur­croît assuré. À la ques­tion de savoir si la chaîne « jouait avec les lignes rouges », Ajdari s’est placé en « arbi­tre » et non en « com­men­ta­teur du match », plaidant pour un sim­ple respect des règles, ou plutôt des lois.

Maxime Saa­da avait fustigé qu’« une autorité qui se fait juge de l’équilibre de la cri­tique ne pro­tège pas le plu­ral­isme, elle l’appauvrit ». Mar­tin Ajdari lui a rétorqué : « L’Arcom applique la loi, sans par­ti pris ». Le haut fonc­tion­naire s’est réfugié der­rière la mis­sion affichée de son autorité pour garan­tir le plu­ral­isme : CNews « doit pou­voir con­tribuer à la diver­sité des chaînes d’information disponibles (…) mais dans le respect de la loi ».

2027 sera aussi le grand test de l’impartialité de l’Arcom

Le haut fonc­tion­naire a prévenu que le régu­la­teur exercerait avec une vig­i­lance « toute par­ti­c­ulière » cette mis­sion dans les mois qui vien­nent, afin de pro­téger le débat démoc­ra­tique et l’intégrité du scrutin.

Ajdari s’est ain­si défendu d’un plu­ral­isme à géométrie vari­able : « C’est au nom de cette exi­gence de plu­ral­isme, posée dans la loi audio­vi­suelle, que nous avons tout récem­ment mis en demeure deux sta­tions de Radio France de veiller à l’équilibre du temps de parole des per­son­nal­ités poli­tiques », affirme-t-il.

En effet, le 11 juin, l’Arcom a mis en demeure Radio France pour avoir con­cen­tré l’essentiel du temps de parole du RN sur France Inter et France Info entre minu­it et 6 heures du matin.

Pour­tant, selon une étude exclu­sive de l’Ojim pub­liée le 2 juil­let dernier, l’Arcom a sanc­tion­né CNews mais fer­mé les yeux sur LCI et France Info. En analysant sur la même péri­ode (mars 2025) le traite­ment de l’actualité sur ces chaînes, notre enquête a révélé des déséquili­bres man­i­festes : bien sûr, l’omniprésence de la guerre en Ukraine, mais surtout une forte con­ver­gence en faveur de Kiev et d’un réarme­ment européen, avec l’absence qua­si totale de voix con­tes­tant le réc­it dominant.

Preuve que le gen­darme de l’audiovisuel sem­ble appli­quer des critères très sélectifs.

Vers une uniformisation des débats ?

« Pourquoi vouloir tou­jours un débat mil­limétré, hors cam­pagne élec­torale ? », réagis­sait Georges Fenech sur CNews dans la foulée de l’interview de Mar­tin Ajdari. « On cède beau­coup sans trop s’en apercevoir, on porte une atteinte grave à la lib­erté d’expression et à la lib­erté d’information », ajoutait-il, regret­tant une cen­sure déguisée.

En juin dernier, le régu­la­teur avait mis la chaîne de Vin­cent Bol­loré en demeure, fran­chissant un cap dans le con­trôle édi­to­r­i­al d’un média privé en appré­ciant le respect du plu­ral­isme à l’antenne, jugeant le déséquili­bre « trop man­i­feste et durable ». L’Arcom a notam­ment reproché à la chaîne de lier vio­lence, immi­gra­tion et islamisme « de manière uni­voque », sans con­tra­dic­tion suffisante.

Édouard Chan­ot

 

Voir aus­si : Temps de parole : l’Arcom éteint la com­bine nocturne

SOS

Cet article vous a plu ? Il a pourtant un coût. L’OJIM vous informe sur ceux qui vous informent. Son indépendance repose sur les dons de ses lecteurs. Après déduction fiscale, un don de 100 € revient à 34 €.