Confronté à une cure d’économies historique, aux conclusions du rapport Alloncle et à une opinion moins disposée à signer un chèque en blanc, France Télévisions prépare une rentrée sous le signe de la rigueur. Le media public tentera de se relancer avec la couverture de l’élection présidentielle et grâce au développement du numérique.
La direction de France Télévisions voudrait tourner la page d’une année éprouvante. Mais la présentation de la saison 2026–2027, mercredi 8 juillet, a surtout confirmé que chaque programme, chaque contrat et chaque euro seraient désormais davantage scrutés.
Faire mieux avec moins, vraiment
« On est obligé de faire mieux avec moins », reconnaît Stéphane Sitbon-Gomez, directeur général adjoint du groupe, cité par Le Figaro. L’effort demandé approche 150 millions d’euros en 2026, tandis que les ressources publiques ont reculé d’environ 80 millions par rapport à 2025. La Cour des comptes avait déjà qualifié la situation financière de « préoccupante » : 81 millions d’euros de déficit net cumulé entre 2017 et 2024 et une trésorerie fortement érodée.
Les économies se voient à l’écran. Les séries policières « César Wagner », « A priori » ou « Disparition inquiétante » s’arrêtent. « Vu » (un regard quotidien de cinq minutes sur « le monde de l’image) disparaît, tandis que l’émission d’éducation « Les Maternelles » devient hebdomadaire. Plusieurs jeux de France 3 sont sacrifiés. Même neuf des quinze rencontres du Tournoi des Six Nations ont été revendues à TF1.
Le groupe découvre les vertus tardives du régime sec.
Le rapport Alloncle reste dans les murs
La commission d’enquête parlementaire et les attaques du député Charles Alloncle ont laissé des traces. Adopté de justesse, le rapport de ce dernier propose jusqu’à un milliard d’euros d’économies annuelles, des fusions ou suppressions de chaînes, une réduction des budgets des jeux et du sport, ainsi qu’un contrôle renforcé des conflits d’intérêts et des sociétés de production.
Ses recommandations ne sont pas contraignantes, mais elles ont installé une question embarrassante: le service public peut-il encore invoquer ses missions sans rendre plus précisément compte de ses choix ?
Lors de la présentation de la rentrée, Delphine Ernotte assure encore que « France Télévisions reste le média auquel les Français font le plus confiance pour s’informer ». Reste qu’aucune source indépendante n’établit un tel fait, puisque la présidente se fonde sur une étude commandée par France TV.
Alors cette affirmation sera particulièrement scrutée pendant la présidentielle, après des auditions parlementaires largement consacrées à la neutralité, au pluralisme et au financement du groupe.
La présidentielle et YouTube comme planches de salut
Pour reprendre l’initiative, France 2 ressuscitera « L’Heure de vérité », présentée par Caroline Roux avec Benjamin Duhamel, Eugénie Bastié du Figaro et Thomas Porcher de Radio Nova. France 2 et France Inter codiffuseront aussi un rendez-vous dominical, tandis que Carole Gaessler fera interpeller les candidats par un panel de Français sur France 3.
L’autre pari tient en deux mots: « streaming d’abord ». Delphine Ernotte revendique 46 millions de visiteurs mensuels sur France.tv et veut « être là où sont les jeunes ». Les formats de Laurent Delahousse arriveront sur YouTube avant l’antenne : les youtubeurs Nota Bene, Cyprien, EnjoyPhoenix ou Juju Fitcats participeront à cette offensive, complétée par des fictions verticales (des formats très courts filmés à la verticale) et des webtoons (de la bande dessinées pour smartphone).
Le paradoxe demeure : pour défendre sa singularité, France Télévisions choisit de ressembler davantage aux plateformes. Et pour convaincre de son utilité, elle devra prouver qu’elle peut être à la fois moins chère, plus numérique et moins partiale sur le terrain politique.
Olivier Frèrejacques

