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Retour de Nicolas Demorand à France Inter : les tensions montent

22 juin 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

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Absent depuis sept mois pour raisons de san­té, Nico­las Demor­and retrou­ve France Inter : d’abord par un pod­cast sur les trou­bles men­taux, puis à l’an­tenne à la ren­trée. Mais déjà, en interne, les ten­sions montent.

Le retour de Nico­las Demor­and ne fait pas que des heureux. « Grand big bang », « boule­verse­ments bru­taux » : les élus du SNJ de France Inter et la SNJ-CGT ont dénon­cé le 16 juin dans des tracts les choix de la direction.

Gêne à France Inter

Car les nou­velles tranch­es du week-end sur France Inter, ficelées dès le mois de mars par la direc­trice Céline Pigalle, n’ont été dévoilées que la semaine passée. Demor­and officiera les samedis et dimanch­es matin de 9 à 10 heures. Son ami Ali Bad­dou sera quant à lui redé­ployé à 18 heures, du ven­dre­di au dimanche. Pour leur faire place, trois mag­a­zines de la rédac­tion saut­ent ou changent d’ho­raire. Or, les équipes l’ont appris par la presse et le trou­ble s’est instal­lé : citée par Libéra­tion, une jour­nal­iste évoque des « soupçons de copinage ». En interne, per­son­ne ne sem­ble com­pren­dre les critères de ces choix d’antenne.

Reçue par les sociétés de jour­nal­istes et de pro­duc­teurs, Céline Pigalle est restée éva­sive, tou­jours selon Libé’. Celle qui est arrivée à la tête de France Inter en mars 2026 s’est bornée à garan­tir que la teneur édi­to­ri­ale de ces ren­dez-vous serait préservée.

Bipolarité : jouera-t-elle en sa faveur ?

Un accueil con­trar­ié, pour un homme qui, lui, revient apaisé de son absence depuis l’automne du fait de sa san­té men­tale : « Je suis heureux de retra­vailler et impa­tient de retrou­ver le micro », glis­sait-il à Téléra­ma le 9 juin dernier. Mais avant sa ren­trée, Nico­las Demor­and s’exprime sur l’antenne comme patient.

A en effet été mis en ligne le 15 juin, sur l’ap­pli­ca­tion de Radio France, le pre­mier des six épisodes de « Si besoin », un pod­cast con­sacré à la san­té men­tale. Le titre emprunte les deux mots que pronon­cent les soignants au moment de don­ner cer­tains médica­ments, que le patient reste libre de pren­dre ou non. Demor­and donne la parole aux malades, à leurs proches, à leurs médecins et aux psy­chi­a­tres. Il y abor­de sa bipo­lar­ité, diag­nos­tiquée après une décen­nie d’er­rance médi­cale et déjà racon­tée dans l’essai Intérieur nuit (éd. Les Arènes, 2025). Il évoque aus­si les mois passés à l’hôpi­tal Sainte-Anne : ses épisodes mani­aques, son hos­pi­tal­i­sa­tion décidée par ses proches, sa dépression.

Il faut dire que sur sa mal­adie, Demor­and ne se dérobe pas. Dans la bande-annonce du pod­cast, il s’adresse aux audi­teurs inqui­ets de sa dis­pari­tion. Lui qui croy­ait tout con­naître de ses crises et de ses bas­cules con­fie : « J’ig­no­rais que la bipo­lar­ité peut s’ag­graver au fil des ans. »

Demorand : quelle influence médiatique en 2027 ?

Cela suf­fi­ra-t-il pour sus­citer de l’empathie ? Car Nico­las Demor­and n’a jamais vrai­ment fait l’u­na­nim­ité. Sinon, par­fois, con­tre lui. Étoile mon­tante de l’an­tenne dès les années 2000, il a rapi­de­ment séduit par son mor­dant… tan­dis que d’autres lui reprochaient déjà son con­formisme. En 2008, il est pressen­ti pour une émis­sion cul­turelle sur France 2. La négo­ci­a­tion tourne court : la direc­tion des mag­a­zines de la chaîne juge ses pré­ten­tions salar­i­ales, à 12 500 euros par émis­sion, soit 25 000 euros par mois, « obscènes » sur le ser­vice public.

Directeur de Libéra­tion de 2011 à 2014, il y affronte une rédac­tion fron­deuse : trois « motions de défi­ance » récla­ment son départ. Un pas­sif qui pour­rait tenir dans une for­mule : une main de fer dans un gant de velours. À moins que ce ne fût l’inverse.

L’in­con­nue, désor­mais, est poli­tique. Et elle n’est pas mince à l’ap­proche d’une péri­ode électorale.

Demor­and quitte les matins pour le week-end ; il passe de l’in­fo chaude au décryptage. Ce nou­veau ren­dez-vous, obtenu, on l’a vu, au prix de quelques cas­es déplacées et de soupçons que la direc­tion n’a pas tout à fait lev­és, le plac­era, chaque same­di et dimanche, en posi­tion de hiérar­chis­er l’ac­tu­al­ité et de dis­tribuer les rôles sur la scène poli­tique. C’est moins son courage face à la mal­adie que sa grille de lec­ture qui sera sur­veil­lée. On lui souhaite la san­té… on guet­tera l’équité.

Jof­frey Thomazé

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