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Guerre d’influence : quand LFI accuse le Quai d’Orsay de manipuler les réseaux sociaux

8 juin 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

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Depuis quelques jours, l’affrontement entre LFI et l’exécutif ne se joue plus seule­ment à l’Assemblée nationale, mais sur X. Au cœur de la con­tro­verse : la stratégie numérique du Quai d’Orsay, offi­cielle­ment des­tinée à répon­dre aux cam­pagnes de dés­in­for­ma­tion étrangères, mais accusée par les Insoumis de s’appuyer sur une « galax­ie d’influenceurs » qui pren­nent pour cible les par­tis non alignés sur la ligne de l’État macronien.

L’objectif : répon­dre aux « gross­es ficelles » et aux « gros men­songes », en util­isant les codes des réseaux soci­aux. Le 3 juin dernier sur Radio Clas­sique, le porte-parole du Quai d’Orsay, Pas­cal Con­favreux, tâchait de jus­ti­fi­er l’action du compte French Response. Depuis sep­tem­bre 2025, ce dernier se veut un out­il de « riposte infor­ma­tion­nelle », présent notam­ment sur X et Tik­Tok. Il répond en temps réel aux manip­u­la­tions visant les intérêts français et européens.

Mais ce mélange entre parole offi­cielle, humour numérique et relais extérieurs sus­cite la polémique. Dans une ques­tion écrite pub­liée au Jour­nal offi­ciel le 2 juin, le député LFI Bastien Lachaud demande au min­istre des Affaires étrangères de faire la trans­parence sur les « influ­enceurs mobil­isés par French Response » : sur leurs critères de sélec­tion, leurs éventuels con­flits d’intérêts et leurs liens avec des gou­verne­ments étrangers. « Le quai d’Orsay sert-il à défendre l’intérêt général ou à organ­is­er la riposte numérique des macro­nistes con­tre leurs adver­saires poli­tiques ? », inter­ro­geait-il sur ses réseaux.

Jean-Luc Mélen­chon a repris l’attaque en dénonçant une « galax­ie d’influenceurs » à laque­lle le gou­verne­ment trans­met­trait des « élé­ments de lan­gage ». Clé­ment Molin, étu­di­ant en rela­tions inter­na­tionales qui dis­sèque les con­flits partout dans le monde, sur les réseaux soci­aux à l’aide de cartes, a répon­du sur X que ces « parte­nar­i­ats » rel­e­vaient, selon lui, du même principe que les échanges d’informations avec des jour­nal­istes, tout en rap­pelant que LFI dis­pose elle aus­si de relais numériques.

La diplomatie macronise le débat

La revue Intel­li­gence Online avait révélé en juil­let 2025 que le Quai d’Orsay réu­nis­sait des influ­enceurs pour qu’ils devi­en­nent ses porte-voix sur les réseaux, ou pour lut­ter explicite­ment con­tre des infor­ma­tions qui cir­cu­lent. Selon L’Express, en décem­bre 2025, y par­tic­i­paient entre autres Louis Duc­los (62 000 abon­nés), spé­cial­isé dans « l’analyse géopoli­tique », et « Le Zelenkyste » (32 000 abonnés).

Déjà en mai dernier, la cel­lule numérique du Quai d’Orsay s’était déjà retrou­vée dans la tour­mente. Le coup venait cette fois de la droite : le lanceur d’alerte Pierre Sautarel, fon­da­teur du site Fdes­ouche, avait en effet révélé que sa dirigeante Marie-Doha Besan­cenot, sup­posée con­tr­er la dés­in­for­ma­tion et les ingérences étrangères, était la fille de l’ancien ambas­sadeur Bertrand Besan­cenot, intime du pou­voir qatari. Née au Qatar, son prénom avait été choisi en hom­mage à l’émirat. De quoi inter­roger sur un risque de con­flit d’intérêts.

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Cette fois, Bastien Lachaud a visé Louis Duc­los, « ana­lyste géopoli­tique » ayant mené selon lui une mis­sion de con­seil avec Taïwan. Aus­si mis en cause, Aurélien Duchêne, qui se présente sur X comme con­sul­tant géopoli­tique et défense, qui est égale­ment chroniqueur sur LCI et mem­bre du think tank Euro Cre­ative, a récusé l’étiquette d’« influ­enceur lié à French Response », dénonçant un « har­cèle­ment en bande ».

Sur ce ter­rain, la ligne est déli­cate : être aligné avec la posi­tion diplo­ma­tique de Taïwan, de l’Ukraine, de la Russie, d’Israël, de la Pales­tine ou d’un autre pays ne fait pas mécanique­ment de quelqu’un un agent étranger. Mais ces mar­queurs devi­en­nent explosifs, de sur­croît en pleine affaire autour de Xenia Fedoro­va, anci­enne direc­trice de RT France dev­enue chroniqueuse sur CNews, accusée de « pro­pa­gan­disme ». Dans les cas des trois influ­enceurs ou obser­va­teurs évo­qués ci-dessus, il con­vient de not­er que tous ont une lec­ture plutôt alignée sur les posi­tions de l’exécutif.

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Reste une ques­tion cen­trale : un État peut-il men­er une guerre infor­ma­tion­nelle sans pro­duire, même indi­recte­ment, une influ­ence poli­tique intérieure ? C’est là que la cri­tique de LFI mérite exa­m­en, même si elle vient d’un camp qui n’est pas franche­ment adepte du plu­ral­isme.

Rodolphe Cha­la­mel

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