Depuis vingt ans, Fdesouche s’est imposé comme un acteur médiatique incontournable. Derrière ce site d’informations qui documente quotidiennement les conséquences du bouleversement migratoire, un homme discret : Pierre Sautarel. Un dissident de la première heure, qui mène inlassablement une guerre asymétrique de l’information face aux grands médias.
Pierre Sautarel n’aime ni les photos, ni les plateaux télé, ni les mondanités. Dans un monde où chacun réclame son quart d’heure de visibilité, lui a construit l’un des sites les plus influents de France, en cultivant son propre effacement. Son nom reste inconnu du grand public alors que son œuvre, elle, irrigue la vie politique et médiatique française. Fdesouche : un site et des comptes sur les réseaux sociaux devenus un réflexe pour des centaines de milliers d’internautes, une obsession pour ses adversaires, une source fréquemment surveillée… et consultée par les rédactions parisiennes.
Des débuts entre expérimentation et intuition
Dans les années 2000, alors que les blogs personnels fleurissent partout sur Internet, Pierre Sautarel ne cherche pas encore à bâtir une machine de guerre idéologique. En 2005, ce développeur web d’une vingtaine d’années ouvre simplement un site sous le nom de François Desouche. On y trouvait quelques billets sans ligne claire : une exposition d’art contemporain, des goûts musicaux, des réflexions diverses, des liens glanés ici ou là. Puis un constat empirique s’impose à lui : chaque fois qu’il relaie des sujets liés à l’immigration, à l’insécurité ou aux mensonges médiatiques, l’audience grimpe. Il comprend alors quelque chose que les rédactions traditionnelles refusent de voir : une demande existe. Massive et frustrée. À partir de ce constat, Fdesouche devient une revue de presse, un instrument de veille qui documente les effets du remplacement démographique… et fait le travail que les journalistes traditionnels ne veulent plus faire.
Le pouvoir médiatique consiste à choisir ce qui doit être vu. Faits divers tus, noms et prénoms des délinquants systématiquement modifiés ou supprimés… La presse traditionnelle ne ment pas tant par fabrication que par omission. « La hiérarchisation de l’information est complètement disproportionnée en France. Certains sujets font la une des JT alors qu’ils méritent une colonne dans la gazette locale et, a contrario, des sujets graves sont à peine relayés », déclarait-il en 2016 à Valeurs actuelles. Toute la philosophie de cet « AFP de droite » est contenue dans cette idée : corriger la hiérarchie de l’information. Mettre au centre ce que les autres relèguent en périphérie. Mettre au cœur des débats ce qui en a été volontairement mis de côté : immigration, insécurité, identité française.
Le paradoxe de Fdesouche tient précisément là : le site combat les médias dominants tout en vivant d’eux. Car Fdesouche ne produit presque rien au sens classique du terme. Il parasite des médias traditionnels. Sa matière première, ce sont les articles des autres, les vidéos locales, les dépêches régionales, les « faits divers » enfouis dans la presse quotidienne régionale, les archives oubliées, les tweets passés inaperçus. « Nous livrons des données aussi brutes que possible, et c’est au lecteur d’en tirer ses conclusions », avait-il expliqué dans un entretien accordé à l’OJIM en 2021.
Une méthode artisanale mais efficace…
Techniquement, Fdesouche reste un objet extrêmement artisanal. Pas de rédaction structurée, peu de moyens, un budget dérisoire comparé aux grands médias. Un site né presque par hasard, sans carnet d’adresse, qui fonctionne grâce à une poignée de bénévoles et à une armée informelle de lecteurs qui envoient liens, captures d’écran, vidéos, archives locales. La stratégie est toujours la même : travail de veille pour publier des contenus passés sous silence, accélérer leur circulation sur les réseaux sociaux, inciter la presse nationale à s’en emparer. Du participatif de la première heure. Cette méthode permet à Sautarel de sortir des affaires avant les grands médias : concert de Black M à Verdun en 2016, agressions sexuelles de Cologne la même année, scènes de violences urbaines ou communautaires.
Ce 18 mai, Pierre Sautarel explique que « Fdesouche est né de l’écart entre ce qu’on raconte aux Français et ce qu’ils voient, entre les discours officiels et la vie réelle ». Sans ce site, qui aurait entendu parler des meurtres dramatiques de Lola et Thomas à Crépol ? Vingt ans après sa création, ces thèmes structurent une grande partie de la vie politique française. Les chaînes d’information en continu, CNews en tête, occupent désormais un espace que Sautarel a décisivement contribué à ouvrir. Bien sûr, Fdesouche n’est plus seul. Mais le site conserve une fonction particulière : celle d’avant-poste. Il reste le lieu où circulent en premier certains signaux faibles qui remonteront ensuite vers les médias centraux. Et au-delà du formidable travail de compilation, la valeur du site s’est considérablement accrue avec un véritable travail d’investigation.
… qui énerve les médias de gauche
L’évolution du débat public depuis vingt ans valide largement sa stratégie. Des sujets autrefois confinés aux marges, ou invisibilisés – « grand remplacement », islamisation, insécurité – sont désormais débattus quotidiennement dans les médias généralistes. Les commissaires idéologiques – agacés par la popularité toujours grandissante du site – ont tenté de le faire taire, en lui consacrant des portraits à charge, et en intentant des procès (plaintes judiciaires de Pierre Bergé en 2015, ou de France terre d’asile en 2011, qui finiront en non-lieu).
Aux débuts de Fdesouche, une camarilla de journalistes s’est liguée pour me doxxer : ils ont exposé des éléments de ma vie privée, contacté mes clients et publié ma photo. J’avais seulement 26 ans, je galérais, j’étais un simple particulier isolé, sans réseau, freelance, et j’ai…
— Pierre Sautarel (@FrDesouche) May 14, 2026
Dès les premières années de son blog, le harcèlement médiatique commence. En 2009, le site d’actualité Le Post (appartenant au groupe Le Monde et qui deviendra Le Huffington Post) diffuse le nom et les antécédents de Pierre Sautarel. L’information est reprise par les médias de gauche (Arrêts sur image en tête), qui parviennent enfin à mettre un nom derrière ce François de souche.
En 2017, la caste journalistique, par l’intermédiaire d’Arianne Chemin du Monde, franchit une étape supplémentaire en identifiant son adresse et en allant même jusqu’à décrire sa maison dans un article sobrement intitulé « Pierre Sautarel, l’identitaire monomaniaque derrière « Fdesouche ». Dans ce portrait empli de mauvaise foi et d’inepties dont la grande presse est coutumière, Pierre Sautarel est décrit comme un geek qui se serait fait voler son goûter à la récréation…
Le 18 mai dernier, Fdesouche et Pierre Sautarel ont lancé une campagne de don, pour assurer la pérennité du site et continuer leur combat métapolitique. La censure bancaire a immédiatement sévi, et la cagnotte lancée sur la plateforme macotisation a été supprimée 3 heures seulement après sa mise en ligne.
Le veilleur qui ridiculise la grande presse
Ce qui dérange les journalistes, c’est surtout que des lanceurs d’alerte concurrencent leur monopole… voire exercent une influence supérieure. Le rapport de force est largement disproportionné face à la grande presse, et pourtant Fdesouche produit beaucoup plus de scoops qu’eux, démontrant ainsi que le journaliste tient moins à une compétence particulière qu’à une position sociale reconnue et à des normes de conformité asseyant leur domination. Lorsqu’on a une telle position dominante, de tels moyens, se faire damer le pion par un Français habitant la campagne nivernaise et tweetant depuis son jardin peut énerver.
Je mets la gauche en PLS en pyjama en mangeant des framboises cueillies dans mon jardin pendant que vous manifestez avec des chiens et des 8.6 contre l’extreme-droite.https://t.co/5W8OjEBWpT
— Pierre Sautarel (@FrDesouche) June 15, 2024
Car dans cette guerre de l’information asymétrique, Sautarel excelle. Ce moine-soldat de la réinformation est un veilleur hors pair. Il sait flairer les affaires avant les autres, capter les anomalies, soulever des lièvres, identifier les polémiques avant qu’elles ne percent médiatiquement. Il détecte, isole, recoupe, archive et amplifie jusqu’à ce qu’ils deviennent impossibles à ignorer. Il révèle des scandales, dont le dernier en date – l’affaire Marie-Doha Besancenot – montre les accointances qataries de celle qui supervise la cellule numérique du Quai d’Orsay. Ses tweets révèlent des analyses souvent plus fines que celles des journalistes qui le snobent.
L’influence de Sautarel est réelle et dépasse largement l’audience de son site (plus de 100 000 visiteurs uniques par jour en 2026) ou de ses comptes X (360 000 followers pour Fdesouche et 182 000 pour son compte personnel). Au-delà de la longévité de Fdesouche, la véritable victoire de cet homme discret, installé loin de Paris, dans son Morvan d’adoption, collectionneur de vieux objets et amateur de vide-greniers, qui cultive son jardin et son indépendance, est d’avoir imposé des thèmes. Et si ce n’était pas ça, le « vrai journalisme » ?
Anthony Marinier

