Accueil E Veille médias E Pierre Sautarel, l’homme qui a forcé les médias à parler

Pierre Sautarel, l’homme qui a forcé les médias à parler

23 mai 2026 | Temps de lecture : 7 minutes

Faire un don à l'OJIM

Faire un don à l'OJIM
Levé 22 067,98€
Objecif 30 000,00€
Donateurs 233
73,6%

Depuis vingt ans, Fdes­ouche s’est imposé comme un acteur médi­a­tique incon­tourn­able. Der­rière ce site d’informations qui doc­u­mente quo­ti­di­en­nement les con­séquences du boule­verse­ment migra­toire, un homme dis­cret : Pierre Sautarel. Un dis­si­dent de la pre­mière heure, qui mène inlass­able­ment une guerre asymétrique de l’information face aux grands médias.

Pierre Sautarel n’aime ni les pho­tos, ni les plateaux télé, ni les mon­dan­ités. Dans un monde où cha­cun réclame son quart d’heure de vis­i­bil­ité, lui a con­stru­it l’un des sites les plus influ­ents de France, en cul­ti­vant son pro­pre efface­ment. Son nom reste incon­nu du grand pub­lic alors que son œuvre, elle, irrigue la vie poli­tique et médi­a­tique française. Fdes­ouche : un site et des comptes sur les réseaux soci­aux devenus un réflexe pour des cen­taines de mil­liers d’internautes, une obses­sion pour ses adver­saires, une source fréquem­ment sur­veil­lée… et con­sultée par les rédac­tions parisiennes.

Des débuts entre expérimentation et intuition

Dans les années 2000, alors que les blogs per­son­nels fleuris­sent partout sur Inter­net, Pierre Sautarel ne cherche pas encore à bâtir une machine de guerre idéologique. En 2005, ce développeur web d’une ving­taine d’années ouvre sim­ple­ment un site sous le nom de François Des­ouche. On y trou­vait quelques bil­lets sans ligne claire : une expo­si­tion d’art con­tem­po­rain, des goûts musi­caux, des réflex­ions divers­es, des liens glanés ici ou là. Puis un con­stat empirique s’impose à lui : chaque fois qu’il relaie des sujets liés à l’immigration, à l’insécurité ou aux men­songes médi­a­tiques, l’audience grimpe. Il com­prend alors quelque chose que les rédac­tions tra­di­tion­nelles refusent de voir : une demande existe. Mas­sive et frus­trée. À par­tir de ce con­stat, Fdes­ouche devient une revue de presse, un instru­ment de veille qui doc­u­mente les effets du rem­place­ment démo­graphique… et fait le tra­vail que les jour­nal­istes tra­di­tion­nels ne veu­lent plus faire.

Le pou­voir médi­a­tique con­siste à choisir ce qui doit être vu. Faits divers tus, noms et prénoms des délin­quants sys­té­ma­tique­ment mod­i­fiés ou sup­primés… La presse tra­di­tion­nelle ne ment pas tant par fab­ri­ca­tion que par omis­sion. « La hiérar­chi­sa­tion de l’information est com­plète­ment dis­pro­por­tion­née en France. Cer­tains sujets font la une des JT alors qu’ils méri­tent une colonne dans la gazette locale et, a con­trario, des sujets graves sont à peine relayés », déclarait-il en 2016 à Valeurs actuelles. Toute la philoso­phie de cet « AFP de droite » est con­tenue dans cette idée : cor­riger la hiérar­chie de l’information. Met­tre au cen­tre ce que les autres relèguent en périphérie. Met­tre au cœur des débats ce qui en a été volon­taire­ment mis de côté : immi­gra­tion, insécu­rité, iden­tité française.

Le para­doxe de Fdes­ouche tient pré­cisé­ment là : le site com­bat les médias dom­i­nants tout en vivant d’eux. Car Fdes­ouche ne pro­duit presque rien au sens clas­sique du terme. Il par­a­site des médias tra­di­tion­nels. Sa matière pre­mière, ce sont les arti­cles des autres, les vidéos locales, les dépêch­es régionales, les « faits divers » enfouis dans la presse quo­ti­di­enne régionale, les archives oubliées, les tweets passés inaperçus. « Nous livrons des don­nées aus­si brutes que pos­si­ble, et c’est au lecteur d’en tir­er ses con­clu­sions », avait-il expliqué dans un entre­tien accordé à l’OJIM en 2021.

Une méthode artisanale mais efficace…

Tech­nique­ment, Fdes­ouche reste un objet extrême­ment arti­sanal. Pas de rédac­tion struc­turée, peu de moyens, un bud­get dérisoire com­paré aux grands médias. Un site né presque par hasard, sans car­net d’adresse, qui fonc­tionne grâce à une poignée de bénév­oles et à une armée informelle de lecteurs qui envoient liens, cap­tures d’écran, vidéos, archives locales. La stratégie est tou­jours la même : tra­vail de veille pour pub­li­er des con­tenus passés sous silence, accélér­er leur cir­cu­la­tion sur les réseaux soci­aux, inciter la presse nationale à s’en empar­er. Du par­tic­i­patif de la pre­mière heure. Cette méth­ode per­met à Sautarel de sor­tir des affaires avant les grands médias : con­cert de Black M à Ver­dun en 2016, agres­sions sex­uelles de Cologne la même année, scènes de vio­lences urbaines ou communautaires.

Ce 18 mai, Pierre Sautarel explique que « Fdes­ouche est né de l’écart entre ce qu’on racon­te aux Français et ce qu’ils voient, entre les dis­cours offi­ciels et la vie réelle ». Sans ce site, qui aurait enten­du par­ler des meurtres dra­ma­tiques de Lola et Thomas à Crépol ? Vingt ans après sa créa­tion, ces thèmes struc­turent une grande par­tie de la vie poli­tique française. Les chaînes d’information en con­tinu, CNews en tête, occu­pent désor­mais un espace que Sautarel a déci­sive­ment con­tribué à ouvrir. Bien sûr, Fdes­ouche n’est plus seul. Mais le site con­serve une fonc­tion par­ti­c­ulière : celle d’avant-poste. Il reste le lieu où cir­cu­lent en pre­mier cer­tains sig­naux faibles qui remon­teront ensuite vers les médias cen­traux. Et au-delà du for­mi­da­ble tra­vail de com­pi­la­tion, la valeur du site s’est con­sid­érable­ment accrue avec un véri­ta­ble tra­vail d’investigation.

… qui énerve les médias de gauche

L’évolution du débat pub­lic depuis vingt ans valide large­ment sa stratégie. Des sujets autre­fois con­finés aux marges, ou invis­i­bil­isés – « grand rem­place­ment », islami­sa­tion, insécu­rité – sont désor­mais débat­tus quo­ti­di­en­nement dans les médias général­istes. Les com­mis­saires idéologiques – agacés par la pop­u­lar­ité tou­jours gran­dis­sante du site – ont ten­té de le faire taire, en lui con­sacrant des por­traits à charge, et en inten­tant des procès (plaintes judi­ci­aires de Pierre Bergé en 2015, ou de France terre d’asile en 2011, qui finiront en non-lieu).

Dès les pre­mières années de son blog, le har­cèle­ment médi­a­tique com­mence. En 2009, le site d’actualité Le Post (appar­tenant au groupe Le Monde et qui devien­dra Le Huff­in­g­ton Post) dif­fuse le nom et les antécé­dents de Pierre Sautarel. L’information est reprise par les médias de gauche (Arrêts sur image en tête), qui parvi­en­nent enfin à met­tre un nom der­rière ce François de souche.

En 2017, la caste jour­nal­is­tique, par l’in­ter­mé­di­aire d’Arianne Chemin du Monde, fran­chit une étape sup­plé­men­taire en iden­ti­fi­ant son adresse et en allant même jusqu’à décrire sa mai­son dans un arti­cle sobre­ment inti­t­ulé « Pierre Sautarel, l’identitaire mono­ma­ni­aque der­rière « Fdes­ouche ». Dans ce por­trait empli de mau­vaise foi et d’inepties dont la grande presse est cou­tu­mière, Pierre Sautarel est décrit comme un geek qui se serait fait vol­er son goûter à la récréation…

Le 18 mai dernier, Fdes­ouche et Pierre Sautarel ont lancé une cam­pagne de don, pour assur­er la péren­nité du site et con­tin­uer leur com­bat métapoli­tique. La cen­sure ban­caire a immé­di­ate­ment sévi, et la cagnotte lancée sur la plate­forme maco­ti­sa­tion a été sup­primée 3 heures seule­ment après sa mise en ligne.

Le veilleur qui ridiculise la grande presse

Ce qui dérange les jour­nal­istes, c’est surtout que des lanceurs d’alerte con­cur­ren­cent leur mono­pole… voire exer­cent une influ­ence supérieure. Le rap­port de force est large­ment dis­pro­por­tion­né face à la grande presse, et pour­tant Fdes­ouche pro­duit beau­coup plus de scoops qu’eux, démon­trant ain­si que le jour­nal­iste tient moins à une com­pé­tence par­ti­c­ulière qu’à une posi­tion sociale recon­nue et à des normes de con­for­mité asseyant leur dom­i­na­tion. Lorsqu’on a une telle posi­tion dom­i­nante, de tels moyens, se faire damer le pion par un Français habi­tant la cam­pagne niver­naise et twee­t­ant depuis son jardin peut énerver.

Car dans cette guerre de l’in­for­ma­tion asymétrique, Sautarel excelle. Ce moine-sol­dat de la réin­for­ma­tion est un veilleur hors pair. Il sait flair­er les affaires avant les autres, capter les anom­alies, soulever des lièvres, iden­ti­fi­er les polémiques avant qu’elles ne per­cent médi­a­tique­ment. Il détecte, isole, recoupe, archive et ampli­fie jusqu’à ce qu’ils devi­en­nent impos­si­bles à ignor­er. Il révèle des scan­dales, dont le dernier en date – l’affaire Marie-Doha Besan­cenot – mon­tre les accoin­tances qataries de celle qui super­vise la cel­lule numérique du Quai d’Orsay. Ses tweets révè­lent des analy­ses sou­vent plus fines que celles des jour­nal­istes qui le snobent.

L’influence de Sautarel est réelle et dépasse large­ment l’audience de son site (plus de 100 000 vis­i­teurs uniques par jour en 2026) ou de ses comptes X (360 000 fol­low­ers pour Fdes­ouche et 182 000 pour son compte per­son­nel). Au-delà de la longévité de Fdes­ouche, la véri­ta­ble vic­toire de cet homme dis­cret, instal­lé loin de Paris, dans son Mor­van d’adoption, col­lec­tion­neur de vieux objets et ama­teur de vide-gre­niers, qui cul­tive son jardin et son indépen­dance, est d’avoir imposé des thèmes. Et si ce n’était pas ça, le « vrai journalisme » ?

Antho­ny Marinier

SOS

Cet article vous a plu ? Il a pourtant un coût. L’OJIM vous informe sur ceux qui vous informent. Son indépendance repose sur les dons de ses lecteurs. Après déduction fiscale, un don de 100 € revient à 34 €.