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Affaire Marie-Doha Besancenot : la cellule numérique du Quai d’Orsay dans la tourmente

17 mai 2026 | Temps de lecture : 22 minutes

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Crise médi­a­tique au Quai d’Orsay. Les révéla­tions du lanceur d’alerte Pierre Sautarel (fon­da­teur du site FdeS­ouche) con­cer­nant Marie-Doha Besan­cenot, qui super­vise la cel­lule numérique du Quai d’Orsay « French Response », ont provo­qué une tem­pête sur les réseaux. Le min­istre Jean-Noël Bar­rot est mon­té au créneau. Mais qui est-elle ? Nous avons mené l’enquête.

« La meute d’ex­trême droite déverse son dis­cours de haine sur l’une de mes con­seil­lères du fait… de son prénom », s’est offusqué le chef de la diplo­matie français Jean-Noël Bar­rot sur X le 13 mai. « Ce com­plo­tisme dégénéré est affligeant de médi­ocrité et d’indig­nité », a‑t-il pour­suivi, avant d’ajouter :

« C’est inad­mis­si­ble. Plein sou­tien à Marie-Doha Besan­cenot et à son tra­vail de lutte con­tre les manip­u­la­tions de l’information, au ser­vice de notre diplomatie »

Ne se lais­sant pas démon­ter, le lanceur d’alerte Pierre Sautarel lui a répondu :

« Non, on ne lui reproche pas son seul prénom. Nous dénonçons un risque d’ingérence sur la base d’informations publiques, ce qui n’est inter­dit que dans les dic­tatures et les démoc­ra­ties illibérales. »

Il est vrai, l’affaire n’a rien d’anecdotique, elle révèle plusieurs choses. Elle inter­roge sur l’orientation du Quai d’Orsay en général, et notam­ment sur cette cel­lule numérique « French Response », qui se fait remar­quer sur les réseaux soci­aux pour des posts sar­cas­tiques et décon­trac­tés, fort peu diplo­ma­tiques. Un style peut être plag­ié sur Don­ald Trump que le compte s’empresse pour­tant sou­vent de cri­ti­quer. Qui a voulu cela ? La polémique nous incite ain­si à nous pencher sur les gens tra­vail­lant directe­ment pour cet organe, comme Marie-Doha Besan­cenot, et sur leur stratégie numérique et infor­ma­tion­nelle avec cer­tains influenceurs.

Les Besancenot, une famille proche du Qatar

Marie-Doha Besan­cenot est bien née. Sa mère est Maud de Tin­guy du Pouët, une infir­mière, et elle-même fille de l’ancien séna­teur de Vendée Lionel de Tin­guy du Pouët, bref min­istre de la Marine en 1950. Son père est le diplo­mate Bertrand Besan­cenot, qui a été con­seiller d’Em­manuel Macron pour le Moyen-Ori­ent après avoir été ambas­sadeur au Qatar puis en Ara­bie saou­dite. Elle a con­nu enfant le siège brux­el­lois de l’OTAN, où son père offi­ci­ait en tant que con­seiller à la mis­sion française entre 1988 et 1991.

Bertrand Besan­cenot a mul­ti­plié les cas­quettes. Il est ain­si asso­cié-fon­da­teur de Lavoisi­er Con­seil, Senior Advi­sor chez ESL Rving­ton, et pro­fesseur à Sci­ences Po. En 2019, Bertrand Besan­cenot lance sa société de con­seil « Palmelys », « con­trac­tion de palmi­er et de lys, l’emblème des rois de France », lit-on dans Chal­lenges cette année-là. Il est aus­si mem­bre du con­seil d’administration du Comité d’études de défense (CEDH). Pour la Revue Défense nationale, en 2024, Bertrand Besan­cenot signe par exem­ple un arti­cle com­mun avec Jacques Attali.

Dans un arti­cle-entre­tien pour Van­i­ty Fair, titré « Besan­cenot, le Français préféré des princes du Golfe », la jour­nal­iste Sophie des Déserts dépeint ain­si le diplo­mate en 2018 :

« Il vient de l’ancien monde, ambas­sadeur à cra­vate soyeuse et cheval­ière, pieux catholique, de droite, engagé pour François Fil­lon durant la cam­pagne présidentielle. »

Son enfance se passe du côté du Liban, avec un père qui dirige une com­pag­nie d’assurances à Bey­routh. Après des études à Sci­ences Po Paris, il décroche son con­cours du Quai d’Orsay – où il entre en 1977. « À 26 ans, racon­te Sophie des Déserts, Bertrand atter­rit au Qatar, ce con­fet­ti d’État récem­ment libéré du joug anglais. […] Aux com­man­des, « un notaire de province », le cheikh Khal­i­fa Al-Thani, père de l’ancien émir, Hamad, et grand-père de l’actuel, Tamim. […] Le cheikh Khal­i­fa, soucieux de se détach­er des Bri­tan­niques, se rap­proche de la France. Les pre­miers accords mil­i­taires datent de cette époque, les ventes d’armes décol­lent. Bertrand Besan­cenot fait la con­nais­sance de Hamad Al-Thani, alors jeune min­istre de la Défense. Il fréquente les pontes de Lagardère et Das­sault qui, plus tard, ten­teront de l’embaucher. »

Lors de ses mis­sions, Besan­cenot devient un intime du pou­voir qatari. Une anec­dote encore rap­portée par Van­i­ty Fair nous ren­seigne sur cette rela­tion : « Un jour, le cheikh Khal­i­fa le con­vie sur son trône, entouré de gardes à longs sabres, d’eunuques à plumes, d’oiseaux majestueux. « Vous m’avez ren­du ser­vice, choi­sis­sez ce que vous voulez », dit-il en ordon­nant qu’on ouvre sa cav­erne étince­lante de bijoux, de bibelots, de dorures. Le jeune diplo­mate mur­mure qu’il ne peut rien accepter. « Mais vous êtes un ori­en­tal­iste, insiste le sou­verain. Vous savez que, chez nous, on ne refuse pas un cadeau. Allez, prenez ce qu’il y a de plus petit ! » Va pour une mon­tre Omega, seul présent de valeur accep­té à ce jour, note Besan­cenot. » À côté de son tra­vail, l’homme agit en catholique con­va­in­cu. Il per­suade ain­si l’émir de recevoir l’évêque d’Abou Dabi et surtout de faire con­stru­ire une église dans le pays. Dans Mar­i­anne, on apprend en jan­vi­er 2024 que cela lui « vau­dra d’être décoré de l’insigne de Grand-Croix de l’Ordre de Saint-Gré­goire le Grand – plus haute dis­tinc­tion attribuée par le Vatican ».

Bertrand Besan­cenot va aus­si con­naître la grande poli­tique du Golfe, de la « diplo­matie du car­net de chèques, offrant à tout-va des valis­es de cra­vates, de mon­tres, et même du cash ». À l’époque, les mem­bres de l’ambassade s’inquiètent :

« Avec tous ces cadeaux, on va être noyés sous les vis­ites de parlementaires. »

Selon les sources, Bertrand Besan­cenot garde une dis­tance avec ces pra­tiques, mais cela ne l’empêche pas d’entretenir des liens forts avec le pou­voir local et le pays. Ain­si, avec sa femme, « ils bap­tisent leur pre­mier enfant Marie-Doha, joli sou­venir du Qatar, avant de s’envoler vers d’autres postes : New York, Brux­elles, puis Genève, à la con­férence du désarme­ment de l’ONU. »

En 1998, il revient en tant qu’ambassadeur de France au Qatar, dans un con­texte dif­fi­cile après que les rela­tions entre les deux pays se soient détéri­orées. Mais peu à peu les liens se réchauf­fent – Total exploite, par exem­ple, le champ gazier partagé avec l’Iran, North Field. C’est aus­si à ce moment pré­cis que le Qatar se développe et mène une stratégie de soft pow­er avec en pointe Al-Jazeera, créée en 1996, et qui prône un « wah­habisme éclairé » – on par­le aus­si déjà de la future coupe du monde de foot­ball et du Grand Prix de For­mule 1. L’émir et le diplo­mate se ren­con­trent fréquem­ment. Lors de l’enterrement du mag­nat Jean-Luc Lagardère, à Paris, l’ambassadeur va même jusqu’à pro­pos­er que l’émir « donne un fils à Saint-Cyr ». Ce sera chose faite avec Joaan. Selon Sophie des Déserts, Mayas­sa, une fille de l’émir, a passé des vacances dans une pro­priété vendéenne des Besancenot.

Ces liens se trans­met­tent en famille. « Les Al-Thani reçoivent l’ambassadeur de France et son épouse au mariage de leur fils, Tamim, et aus­si sur leur yacht, le Con­stel­la­tion, au large de Cannes, ou dans les ter­res, sur la ter­rasse de leur domaine de Mouans-Sar­toux. Marie-Doha fête ses 20 ans au palais roy­al du Qatar. » Nom­mé en 2007 en Ara­bie saou­dite, Bertrand Besan­cenot prend de la dis­tance avec le pou­voir qatari. Il regarde de loin, lors de la prési­dence Sarkozy, l’« open bar pour les investisse­ments qataris en France, du PSG à Veo­lia, de Vin­ci à Accor, immo­bili­er de luxe avec fis­cal­ité avantageuse ».

Après de longues années au ser­vice de la France, env­i­ron quar­ante et un ans de mai­son, dont qua­tre comme ambas­sadeur au Qatar (1998–2002) puis neuf – un record – en Ara­bie saou­dite (2007–2016), Bertrand Besan­cenot prend sa retraite du Quai d’Orsay. Il part alors dans le privé.

Une femme au cœur du pouvoir

De manière assez clas­sique, avec des va-et-vient entre le privé et le pub­lic, la car­rière de Marie-Doha Besan­cenot est celle d’un haut fonc­tion­naire français d’aujourd’hui, dont la car­rière est tein­tée de pan­tou­flage. « Après avoir enseigné la lit­téra­ture améri­caine, nous apprend Matthieu Fau­roux, dans La Let­tre en 2024, cette nor­mali­enne agrégée d’anglais passée par la pres­tigieuse Cor­nell Uni­ver­si­ty de l’É­tat de New York rejoint en 2009 le cab­i­net du pre­mier min­istre François Fil­lon, dont elle sera la plume pen­dant trois ans. Elle y croise notam­ment le directeur de cab­i­net Jean-Paul Faugère, qui devien­dra prési­dent du con­seil d’ad­min­is­tra­tion de CNP Assurances. »

Sa car­rière dans le pub­lic lui per­met d’étoffer son car­net d’adresses. Tou­jours dans La Let­tre, on apprend qu’elle côtoie le « chef du cab­i­net mil­i­taire, le général Pierre de Vil­liers, qui devien­dra chef d’é­tat-major des armées sous Nico­las Sarkozy puis François Hol­lande. » Elle est aus­si un temps attachée cul­turelle à l’am­bas­sade du Roy­aume-Uni auprès de l’am­bas­sadeur Bernard Émié, futur patron de la DGSE entre 2017 et 2024. Après ces expéri­ences, Marie-Doha se tourne vers le privé et rejoint en 2014 le géant alle­mand de l’as­sur­ance Allianz. Elle devient alors la direc­trice de cab­i­net de Jacques Richi­er, PDG d’Allianz France jusqu’au 31 décem­bre 2020. Elle reste toute­fois liée au pub­lic par son tra­vail, rap­porte encore La Let­tre :

« Adoubée par le patron, valeur mon­tante de l’as­sur­ance française, elle prend ain­si la tête des affaires publiques d’Al­lianz France, négo­ciant la loi Pacte (Plan d’ac­tion pour la crois­sance et la trans­for­ma­tion des entre­pris­es) avec le gou­verne­ment d’É­douard Philippe. Elle dis­cute en par­ti­c­uli­er avec des par­lemen­taires spé­cial­istes de la fis­cal­ité : les députés Jean-Noël Bar­rot et Amélie de Montchalin, tous deux devenus min­istres du gou­verne­ment de Gabriel Attal. »

Cofondatrice du club d’influence « Les Ponts neufs »

En 2021, Marie-Doha cofonde Les Ponts neufs avec Edouard Tétreau, un homme de réseau qui a par­ticipé à la cam­pagne de François Bay­rou en 2007 et à celle d’Em­manuel Macron en 2017, mais aus­si avec l’ex-plume d’Em­manuel Macron, Syl­vain Fort, ou encore avec le vice-prési­dent à la stratégie de Veo­lia, Sébastien Daziano. Le club est créé au moment où Le Siè­cle est miné par les soupçons d’avoir fer­mé les yeux sur les crimes sex­uels du con­sti­tu­tion­nal­iste Olivi­er Duhamel. Récem­ment, en 2025, Édouard Tétreau, qui se présente sur X comme « con­seiller de dirigeants d’entreprise et chroniqueur au Figaro », a décidé de relancer ce club d’influence. « Nous avons peu à peu com­pris que nous viv­ions dans une société polar­isée, frac­turée par des archipels de plus en plus dis­joints, comme si les Français deve­naient étrangers au des­tin des autres, ne s’intéressant qu’aux gens de leur tribu », explique-t-il au Figaro. L’objectif du club : fournir des propo­si­tions con­crètes aux can­di­dats à l’élection présidentielle.

Les ren­con­tres des 260 mem­bres se font au dernier étage de La Samar­i­taine. Selon La Let­tre, on retrou­ve par­mi les mem­bres des poli­tiques comme Louis Mar­gueritte, ex-directeur adjoint du cab­i­net de François Bay­rou à Matignon, ou Vir­ginie Duby-Muller, « une députée des Répub­li­cains favor­able de longue date à un rap­proche­ment avec la Macronie » ; des agents de l’État comme le « secré­taire général de la sécu­rité et de la défense nationale (SGDSN), Stéphane Bouil­lon, ou la pro­cureure de la République de Ver­sailles Maryvonne Cail­li­botte » ; ain­si que des per­son­nal­ités comme « le dessi­na­teur Joann Sfar, l’as­tronome Meriem Cha­did et la prési­dente du Musée nation­al Picas­so-Paris, Cécile Debray ».

Chaque dîn­er se déroule avec un « grand témoin ». On y retrou­ve alors Syl­vain Tes­son ou Guil­iano da Empoli, en pas­sant par le Grand Rab­bin de France ou Ghalen Benche­ick, le prési­dent de la Fon­da­tion de l’Islam de France. « Nous sommes des patri­otes, engagés dans le siè­cle, ouverts sur le monde et les autres », décrit Édouard Tétreau au Figaro, « croy­ant farouche­ment à notre des­tinée com­mune ». C’est « la belle voca­tion du Siè­cle en 1944 : recon­stru­ire un pays, d’où que vous veniez », renchérit l’un des mem­bres de l’association. Sans tomber dans les « tra­vers » de l’« entre-soi », assure-t-il.

En par­al­lèle, tou­jours en 2021, elle mène une for­ma­tion à l’École de guerre (29ᵉ pro­mo­tion). À l’époque, la France souhaite miser sur le poste de la diplo­matie publique au som­met de l’Alliance, d’autant que Camille Grand, secré­taire général adjoint chargé des investisse­ments de défense, doit bien­tôt par­tir. « Pour faire la dif­férence à l’heure de la fémin­i­sa­tion de l’Al­liance, Paris se met en quête d’une femme offrant un pro­fil de spé­cial­iste de la com­mu­ni­ca­tion. C’est Anne-Claire Legendre, alors porte-parole du Quai d’Or­say, dev­enue depuis con­seil­lère Afrique du Nord et Moyen-Ori­ent d’Em­manuel Macron, qui souf­fle le nom de Marie-Doha Besan­cenot », relate encore La Let­tre. C’est d’ailleurs cette même Anne-Claire Legendre qui a été élue récem­ment à la prési­dence de l’In­sti­tut du monde arabe (IMA) en rem­place­ment de Jack Lang, poussé vers la sor­tie en rai­son de ses liens avec Jef­frey Epstein.

C’est encore au cours de l’année 2021 qu’elle est sélec­tion­née par l’Aspen Insti­tute. Elle devient alors une Young Leader du réseau Aspen Insti­tute France, fil­iale du célèbre insti­tut améri­cain. Mem­bre de la pro­mo­tion de 2021, elle côtoie des per­son­nes comme Oth­mann Nas­rou (secré­taire général du par­ti Les Répub­li­cains), Matthias Groli­er (directeur général France Muse­ums) ou Romain Marsi­ly (directeur général du par­ti Nou­velle Énergie fondé par David Lis­nard). Dans le cadre de l’Aspen Insti­tute, elle par­ticipe au forum de 2023 à Bucarest.

Après sa nom­i­na­tion à l’OTAN, en sep­tem­bre 2023, elle met sur pied une Task Force con­sacrée aux men­aces informationnelles :

« En neuf mois, elle a amor­cé un change­ment cul­turel de la Pub­lic Diplo­ma­cy Divi­sion (PDD) qu’elle dirige dans la grosse machine otani­enne. Le prin­ci­pal chal­lenge de cette anci­enne des cabs min­istériels : rac­cour­cir le temps entre la détec­tion des men­aces par ses ser­vices et la réponse publique des poli­tiques » (La Let­tre).

L’objectif de l’Alliance atlan­tique est clair : « que le mes­sage de l’OTAN imprime dans l’opin­ion, notam­ment dans les pays du Sud, de plus en plus sen­si­bles aux mes­sages anti-atlantistes poussés par Moscou. » Au cours de ce poste, Marie-Doha rompt avec les codes en postant « chaque jour des dizaines de posts sur LinkedIn et X (ex-Twit­ter), en anglais et en français, arbo­rant fière­ment des robes bleu-OTAN ».

Au même moment, en 2024, Jean-Noël Bar­rot lance la réforme de la direc­tion de la com­mu­ni­ca­tion et de la presse du min­istère des Affaires étrangères. En effet, « les résul­tats mit­igés du Quai d’Or­say sur le sujet de la guerre infor­ma­tion­nelle, bien qu’élevé au rang de pri­or­ité stratégique en 2022, ont, d’après Matthieu Fau­roux et Elsa Tru­ji­lo, pour La Let­tre, sus­cité de vives cri­tiques au som­met de l’É­tat et légitimé la créa­tion d’une fonc­tion spé­ci­fique auprès du min­istre. » Marie-Doha est alors débauchée pour con­duire le ser­vice chargé de bâtir un con­tre-dis­cours face aux nar­rat­ifs étrangers, de déjouer les cam­pagnes de dés­in­for­ma­tion, et d’en­ray­er la perte d’in­flu­ence de la France dans le monde.

Selon Politi­co, en jan­vi­er 2026, c’est dans cette optique que la jeune femme « impulse » la créa­tion du compte French Response, dans le cadre d’une stratégie gou­verne­men­tale d’influence et de « guerre infor­ma­tion­nelle » – d’ailleurs, elle revendique elle-même ses liens sur son pro­pre compte LinkedIn.

French Response, l’arme informationnelle de la diplomatie française

Le pas­sage de Marie-Doha Besan­cenot de l’OTAN au Quai d’Orsay est d’une par­faite logique : « À l’époque, rap­pelle Matthieu Fau­roux dans La Let­tre, Paris sait que c’est le secré­taire général Jens Stoltenberg, devenu tout-puis­sant après une décen­nie à la tête de l’OTAN, qui décidera désor­mais du nom de son prochain adjoint. Le pro­fil de la Française, par­faite­ment anglo­phone et ger­manophone en plus d’être issue d’un grand groupe privé, per­met de don­ner des gages au monde très anglo-sax­on de l’Alliance. »

Avec un compte offi­ciel qui rassem­ble 207 000 abon­nés, le compte X « French Response » incar­ne la nou­velle stratégie de com­mu­ni­ca­tion du Quai d’Orsay. Lancé en sep­tem­bre 2025, il a pour objec­tif de « con­tr­er les attaques fal­lac­i­euses dont [la France est] la cible », selon les mots du min­istre des Affaires étrangères, Jean-Noël Bar­rot, dans Le Monde. En reprenant des codes d’internet, le ton du compte dénote avec les canaux insti­tu­tion­nels habituels de la diplomatie.

Par­mi les cibles favorites du compte, la Russie, bien évidem­ment, mais aus­si la Chine et surtout le camp MAGA – et par­ti­c­ulière­ment Elon Musk. « La bru­tal­i­sa­tion des rela­tions inter­na­tionales a fait du champ infor­ma­tion­nel un nou­veau champ de con­fronta­tion », expli­quait en jan­vi­er 2026 à Chal­lenges Pas­cal Con­favreux, le porte-parole du Quai d’Or­say. Récem­ment, lors du voy­age d’Emmanuel Macron en Afrique, un gros compte améri­cain de X (Wall Street Mav/1,7 mil­lion d’abonnés) prend à par­tie le prési­dent français en expli­quant que la mort de la cul­ture se fai­sait par plusieurs étapes, dont le fait d’« inon­der la France de pop­u­la­tions du tiers-monde et de leur don­ner des trucs gra­tu­its, et de refuser d’en ren­voy­er un seul ». Le compte French response rétorque alors par un tweet mon­trant la chanteuse Aya Naka­mu­ra lors de l’ouverture des JO de Paris 2024, en expli­quant que « les gens con­tin­u­aient d’enrichir la cul­ture française ».

Der­rière French Response – directe­ment « instal­lé au rez-de-chaussée du min­istère », nous révèle Politi­co –, il y a une vraie « révo­lu­tion cul­turelle du Quai d’Orsay ». « À la manœu­vre : une poignée de diplo­mates et de com­mu­ni­cants, décrit Amaelle Gui­ton, pour Libéra­tion, et une par­tie des effec­tifs de la sous-direc­tion “veille et stratégie” du min­istère – qui comp­tait, en décem­bre 2025, une trentaine de per­son­nes, dont une douzaine chargée de pro­duire des con­tenus pour répon­dre aux menées numériques hos­tiles. Réac­tiv­ité oblige, le cir­cuit de val­i­da­tion est moins formel que pour une déc­la­ra­tion offi­cielle, mais il passe, de source diplo­ma­tique, par le cab­i­net du min­istre, Jean-Noël Bar­rot. » Au cours des négo­ci­a­tions budgé­taires de l’hiver 2025, le min­istre a réus­si à négoci­er une hausse du bud­get com­mu­ni­ca­tion, et un reci­blage des crédits vers les nou­velles men­aces, comme la lutte con­tre les ingérences étrangères.

Cette stratégie médi­a­tique doit aus­si répon­dre à d’autres enjeux, plus poli­tiques. À l’approche de plusieurs scruti­ns cru­ci­aux, et en par­ti­c­uli­er des élec­tions prési­den­tielle et lég­isla­tive de 2027, la diplo­matie française a en tout cas l’intention de se démul­ti­pli­er en s’appuyant sur des relais citoyens. Le Quai envis­age ain­si de mobilis­er une réserve diplo­ma­tique pour « fournir des appuis numériques ponctuels pour la créa­tion de con­tenus, la for­ma­tion, l’assistance à la riposte », détaille l’ex-ambassadrice en Alle­magne Anne-Marie Descôtes, en sep­tem­bre 2025.

C’est dans ce tableau idyllique d’une haute fonc­tion publique très fière de ses menées numériques qu’a été déclenchée l’« affaire Marie-Doha ».

Quand Pierre Sautarel soulève un lièvre

Un tweet de Pierre Sautarel a donc mis le feu aux poudres, incité par des posts qu’il jugeait « immi­gra­tionnistes » de la part du compte French response. Creu­sant rapi­de­ment, Pierre Sautarel tombe alors sur le pro­fil de Marie-Doha Besan­cenot. Et il attaque sans tarder :

« Marie-Doha Besan­cenot n’est pas une mil­i­tante anonyme surgie de nulle part. C’est une com­mu­ni­cante passée par Allianz, puis par l’OTAN. Elle est surtout la fille de Bertrand Besan­cenot, ancien ambas­sadeur de France au Qatar et fig­ure cen­trale des rela­tions fran­co-qataries. Le lien avec Doha n’est pas seule­ment sym­bol­ique. Marie-Doha Besan­cenot est née à Doha, cap­i­tale du Qatar, et son prénom est un hom­mage à cet émi­rat. […] À par­tir de là, le tableau devient intéres­sant : d’un côté, un compte offi­ciel très act­if dans la lutte con­tre les ingérences ; de l’autre, sa dirigeante, qui porte l’ingérence jusque dans son prénom. »

Sautarel men­tionne aus­si des con­nex­ions avec Dominique de Villepin, ce qui est con­fir­mé dans un arti­cle de Mar­i­anne de décem­bre 2025.

Suite à ce post, le réseau social X se déchaîne. Le min­istre Jean-Noël Bar­rot essaie d’intervenir. En face, des per­son­nal­ités poli­tiques pren­nent alors le par­ti du lanceur d’alerte. « Quand on répond aux ingérences pour le Quai d’Orsay tout en étant née au Qatar, fille d’un ambas­sadeur proche du pou­voir qatari, et qu’on a fêté ses 20 ans au palais roy­al, le sujet n’est pas le prénom. C’est le con­flit d’intérêts », analyse le député RN de Belfort, Guil­laume Big­ot. « Qui imag­ine appel­er son fils Jean-Berlin ou Mau­rice-Moscou ? Surtout quand le géni­teur est ambas­sadeur », iro­nise Jérôme Besnard, élu à Saint-Malo.

Le « cas » de Marie-Doha s’aggrave lorsque des per­son­nes font remar­quer qu’elle retweete des posts des Sleep­ing Giants, « organ­i­sa­tion améri­caine qui cherche à bâil­lon­ner les médias français de droite, et a col­laboré en 2024 avec Glob­sec, think tank dont l’un des dirigeants est aus­si mem­bre du con­seil d’administration de l’Open Soci­ety Foun­da­tions du très influ­ent George Soros », comme l’indique Jean Kast, pour Boule­vard Voltaire. Par ailleurs, en 2024, Marie-Doha par­ticipe à deux tables ron­des du Forum Glob­sec Prague 2024. Gogue­nard, Sautarel répond à ces informations :

« Marie-Doha est aus­si liée aux officines de Soros. C’est assez par­fait, au fond. L’ingérence incar­née qui pré­tend posé­ment qu’elle lutte con­tre les ingérences ».

En tout cas, la branche française de Sleep­ing Giants sait ren­dre la pareille et sou­tient Marie-Doha, dans un tweet, pour ce « har­cèle­ment de masse venu de l’extrême droite ».

D’autres sou­tiens à Marie-Doha méri­tent notre attention :

– On retrou­ve, par exem­ple, Jean-Bap­tiste Gué­gan, un spé­cial­iste du sport s’étant fait con­naître pour lut­ter con­tre le boy­cott de la Coupe du monde au Qatar.

– Intéres­sons-nous aus­si à la réponse d’Arthur Kenigs­berg, qui rend hom­mage à Marie-Doha « d’avoir su faire évoluer les men­tal­ités au Quai d’Orsay ». Co-fon­da­teur d’Euro Créa­tive, un think tank européiste, Kenigs­berg est aus­si mem­bre du cab­i­net Iron Bridge, qui « prospecte en Europe cen­trale et ori­en­tale pour y raf­fer­mir les con­nex­ions de Paris ».

– Par ailleurs un autre mem­bre d’Euro Cre­ative, Aurélien Duchêne, « chroniqueur réguli­er de la chaîne LCI, enseignant, auteur (il a récem­ment cosigné L’Europe et ses armées, aux édi­tions Eyrolles) », a pris aus­si la défense de Marie-Doha en dénonçant une « suc­ces­sion de rac­cour­cis pour salir une servi­teure de l’État ». Fait à not­er : comme il l’a annon­cé sur les réseaux, Duchêne présidera le som­met Y7 2026 (évène­ment inter­na­tion­al annuel qui rassem­ble des délégués entre 18 et 30 ans issus des pays du G7), qui se tient du 17 au 20 mai à Paris, en amont du G7 d’Évian.

Bref : des influ­enceurs ou fig­ures du bloc cen­tral se sont mobil­isés pour l’un des leurs.

Des « fermes à trolls » pilotées par le Quai d’Orsay

Au-delà d’un cor­pus idéologique com­mun, ces sou­tiens ne sont pas éton­nants. Sous Emmanuel Macron, la France s’est décidée à lut­ter con­tre les « fake news » pilotées par des pays étrangers, en s’ef­forçant de rat­trap­er son retard. Tout débute dès l’élection prési­den­tielle de 2017, qui aurait été, selon l’exécutif, mar­quée par une opéra­tion de piratage et de divul­ga­tion dirigée con­tre Emmanuel Macron par le ren­seigne­ment mil­i­taire russe. En 2021, le gou­verne­ment crée Vig­inum, agence d’État chargée de débus­quer les manip­u­la­tions d’information pilotées depuis l’étranger. Le ser­vice compte aujour­d’hui 60 agents, qui tra­vail­lent unique­ment sur des don­nées « en source ouverte », donc publiques.

Tout s’accélère à l’automne 2024 avec l’arrivée au Quai d’Orsay de Jean-Noël Bar­rot. Comme le rap­porte Libéra­tion, Amaelle Gui­t­ton, le tour­nant à 90 degrés est assumé : « ambas­sades incitées à com­mu­ni­quer, con­tacts avec des fact-check­ers et des influ­enceurs, dimen­sion numérique de la nou­velle “réserve diplo­ma­tique citoyenne”… Avec l’objectif, expli­quait l’entourage du min­istre, d’être « plus réac­t­ifs » et « plus vis­i­bles », dans un cli­mat de « bru­tal­ité » accrue sur les réseaux soci­aux. Dix mois plus tard, le mantra est celui de la « bataille des réc­its » – titre d’un événe­ment mis sur orbite par le min­istère ce jeu­di 7 mai à la Gaîté lyrique, à Paris, pour faire phos­pho­r­er chercheurs, médias ou ONG. »

Pour nouer ces liens, comme nous l’avons vu avec son expéri­ence à l’OTAN, Marie-Doha Besan­cenot a le pro­fil par­fait. Pen­dant des mois, elle s’active et réu­nit au Quai d’Orsay une bro­chette d’influenceurs. Le strat­a­gème est ébruité par Intel­li­gence Online en juil­let 2025. Selon L’Express, en décem­bre 2025, y par­tic­i­paient Louis Duc­los (62 000 abon­nés), spé­cial­isé dans “l’analyse géopoli­tique”, et « Le Zelenkyste » (32 000 abon­nés), « ex-col­lab­o­ra­teur macro­niste sous pseu­do­nyme en décem­bre 2025 ». Les influ­enceurs se font alors porte-voix de la posi­tion offi­cielle de l’exécutif : « Le Quai nous envoie des élé­ments pour nous aider à véri­fi­er une infor­ma­tion. Par­fois, il nous demande si on a vu telle ou telle fake news, pour voir si l’on peut réa­gir sur nos comptes », admet Le Zelen­skyste. Autre per­son­nal­ité « dans la boucle médias du min­istère de la Défense », l’ex-aviateur pro-Kiev Xavier Tytel­man, habitué des plateaux de LCI.

Récem­ment, le 7 mai 2026, se tenait la journée con­sacrée à la « bataille des réc­its ». Organ­isée par le Quai d’Orsay et à laque­lle l’Agence de l’innovation de défense s’est jointe, cette journée a pour but de lancer le cycle 2 des ate­liers « Lutte con­tre les manip­u­la­tions de l’information ». À cette occa­sion, le min­istre Jean-Noël Bar­rot annonce la créa­tion d’une réserve diplo­ma­tique dédiée à la guerre infor­ma­tion­nelle et com­posée de plusieurs dizaines d’agents. Sur le post LinkedIn du min­istère de l’Europe et des Affaires étrangères, on retrou­ve Aurélien Duchêne, Marie-Doha Besan­cenot ou encore Viginum.

Le Quai voulait lui éviter une tempête numérique

L’atlantisme (bien sûr vis­cérale­ment anti-trumpi­en) et l’européisme sont les moteurs qui tien­nent ce micro­cosme. « Les piques les plus acerbes sur Inter­net en ce moment vien­nent de bureau­crates français », salu­ait The Wall Street Jour­nal en févri­er 2025 dans un arti­cle sur French Response, s’amusant de la préférence française pour le trolling plutôt que pour les com­mu­niqués de presse. « Le min­istère français des Affaires étrangères a refusé de met­tre à dis­po­si­tion [les con­cep­teurs de cette stratégie infor­ma­tion­nelle] pour une inter­view, invo­quant un risque de har­cèle­ment en ligne », relate le quo­ti­di­en améri­cain, pré­cisant toute­fois que Marie-Doha Besan­cenot super­vise ce compte. Une tor­nade numérique qui a finale­ment atteint l’intéressée, révélant un pro­fil d’une grande cohérence. Son par­cours reflète en effet une élite intrin­sèque­ment atlantiste et brux­el­loise, héri­tière de la généra­tion ayant rompu entre 2005 et 2015 avec l’héritage gaul­lo-mit­ter­ran­di­en et soumet­tant l’outil diplo­ma­tique français à sa ligne. Jusqu’au bout de leurs tweets.

Rodolphe Cart

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