Accueil E Veille médias E Présidentielle : Mélenchon promet de démanteler les médias qui lui déplaisent

Présidentielle : Mélenchon promet de démanteler les médias qui lui déplaisent

23 mai 2026 | Temps de lecture : 5 minutes

Faire un don à l'OJIM

Faire un don à l'OJIM
Levé 22 067,98€
Objecif 30 000,00€
Donateurs 233
73,6%

S’il accède à l’Élysée en 2027, Jean-Luc Mélen­chon entend faire du déman­tèle­ment des grands groupes de médias privés l’une de ses pri­or­ités absolues dès les pre­mières semaines de son man­dat. Chose intéres­sante : le leader de la gauche rad­i­cale a déclaré vouloir « con­tourn­er le par­ti médi­a­tique ». Mais tenir un tel engage­ment n’est pas aisé. 

Il fal­lait s’y atten­dre après les travaux de Charles Allon­cle sur l’audiovisuel pub­lic : les médias sont d’ores et déjà un enjeu pour la cam­pagne présidentielle.

L’entourage du leader de La France insoumise a con­fir­mé le 20 mai dernier qu’un pro­jet de loi serait déposé en procé­dure accélérée si Jean-Luc Mélen­chon est élu en 2027. Dans son viseur : les « empires médi­a­tiques » détenus par neuf mil­liar­daires, accusés de nuire au plu­ral­isme et à la lib­erté d’expression.

Démanteler le groupe Bolloré : une priorité pour les Insoumis

Bien sûr, le leader de La France insoumise cible par­ti­c­ulière­ment Vin­cent Bol­loré et sa chaîne CNews. Il lui reproche de men­er un « com­bat civil­i­sa­tion­nel » et l’attaque n’est pas nou­velle. Durant une con­férence de presse en févri­er, Mélen­chon avait déjà promis de « con­fis­quer » et de « ven­dre à la découpe » le groupe. Une approche rad­i­cale ana­logue selon lui à… celle menée après la Sec­onde Guerre mon­di­ale, lorsque des jour­naux accusés de col­lab­o­ra­tion avaient été sai­sis. « Il ne sera plus pos­si­ble de pos­séder deux télés ou deux jour­naux ou deux radios, et pire que tout, en même temps », a‑t-il déclaré, assumant vouloir « libér­er les médias » et « bris­er les monopoles ».

Rap­pelons que les insoumis avaient aus­si mobil­isé leur mou­vance après la polémique sur CNews autour du nou­veau maire de Saint-Denis Bal­ly Bagayoko, mul­ti­pli­ant les appels à la fer­me­ture pure et sim­ple de CNews. « Est-ce que nous sommes oblig­és d’avoir une offre médi­a­tique avec des chaînes racistes comme CNews et d’autres ? Moi, je dis que non », avait déclaré l’édile dans une vidéo AFP le 2 avril dernier.

Mélenchon affirme vouloir la « libération des médias »

Mais d’autres grands patrons sont égale­ment dans le viseur : Bernard Arnault (Les Échos, Le Parisien, Radio Clas­sique, Paris Match), Rodolphe Saadé (La Provence, Altice Média, La Tri­bune, La Tri­bune du Dimanche, Corse Matin) ou encore Xavier Niel (Le Monde, Nou­v­el Obs, Huff­Post). Même Matthieu Pigasse, pour­tant classé à l’extrême-gauche avec son groupe Com­bat (Radio Nova, Les Inrocks) et proche de Jean-Luc Mélen­chon, n’échapperait pas à la règle… même si la députée Clé­mence Guet­té a nuancé l’ampleur des com­para­isons : « Dans la pro­por­tion des médias détenus (entre Vin­cent Bol­loré et Matthieu Pigasse), on n’est pas du tout dans le même monde », rel­a­tivi­sait-elle, citée par Libéra­tion.

Au-delà d’une sim­ple lim­i­ta­tion de la con­cen­tra­tion, Mélen­chon pro­pose d’élargir dras­tique­ment les règles anti-con­cen­tra­tion « sans tenir compte du sup­port ». Il veut inter­dire qu’un même groupe pos­sède à la fois des rédac­tions de presse écrite, de radio et de télévi­sion, tout en y asso­ciant d’autres activ­ités cul­turelles (ciné­ma, édi­tion, pub­lic­ité). La mesure vis­erait aus­si à sépar­er les organes de pro­duc­tion et de dis­tri­b­u­tion de con­tenus, des box inter­net jusqu’aux points de vente.

Pour l’entourage du can­di­dat, cette ques­tion con­stitue « une urgence pour le fonc­tion­nement démoc­ra­tique du pays », les grands groupes ren­forçant selon lui la méfi­ance des Français envers les médias et con­traig­nant les imag­i­naires dans les secteurs cul­turels. Reste que cette offen­sive, si elle se con­créti­sait, mar­querait une inter­ven­tion sans précé­dent de l’État sur la pro­priété privée des médias en France.

« Je t’aime moi non plus » : Mélenchon face aux médias

Mal­gré cette offen­sive rad­i­cale con­tre les « empires médi­a­tiques », Jean-Luc Mélen­chon entre­tient avec le paysage médi­a­tique une rela­tion net­te­ment plus nuancée, voire oppor­tuniste. « Je n’ai pas de prob­lème avec les médias. Ce sont les médias qui ont un prob­lème avec moi », tem­pê­tait-il en févri­er dernier, jouant savam­ment de la vic­tim­i­sa­tion. Ain­si avait-il vio­lem­ment cri­tiqué la Une de Mar­i­anne, qui avait titré en jan­vi­er 2026 « LFI, la folie racial­iste », qual­i­fi­ant les jour­nal­istes de « fachos ». LFI est aus­si engagée dans une lutte con­tre France Info, un « égout » à la remorque de CNews selon la députée Danielle Obono.

Mais il n’est pas à une con­tra­dic­tion près : le quadru­ple can­di­dat à la prési­den­tielle n’hésite pas à utilis­er les grandes chaînes qu’il dénonce par ailleurs. Le 3 mai dernier, c’est sur le plateau du 20 heures de TF1 − chaîne appar­tenant au groupe Bouygues, régulière­ment dans son col­li­ma­teur − qu’il a offi­cielle­ment lancé sa can­di­da­ture à la prési­den­tielle, en déclarant sobre­ment « Oui, je suis candidat ».

Quelques heures plus tard, il enchaî­nait avec une longue inter­view sur Brut (média récem­ment racheté par Saadé), afin de max­imiser sa vis­i­bil­ité auprès des jeunes. Quelques jours après, il accor­dait une inter­view exclu­sive à LCI, autre chaîne du groupe TF1.

Aus­si affirme-t-il vouloir « con­tourn­er le par­ti des médias ». LFI organ­ise ain­si des con­férences de presse réservées aux médias indépen­dants. Il est vrai que la com­mu­ni­ca­tion du par­ti passe par YouTube (1,24 mil­lion d’abonnés), Tik­Tok, X et bien sûr Twitch. Il faut dire qu’il a sou­vent été un pio­nnier en matière numérique : en 2017, son meet­ing en holo­gramme, à défaut d’imposer un nou­veau mod­èle, avait au moins créé le buzz.

Bref, Mélen­chon agit en pirate : il attaque et impose son nar­ratif, cul­ti­vant son image de can­di­dat anti­sys­tème, sans se couper des audi­ences encore mas­sives des médias traditionnels.

Autre signe d’ambivalence : ses rela­tions avec cer­tains patrons de presse. Mélen­chon a longtemps entretenu un lien ami­cal avec Serge Das­sault, pro­prié­taire du Figaro. « Je suis un fan du Rafale dans l’aviation mon­di­ale », avait lancé en jan­vi­er dernier celui-ci lors d’une vis­ite d’une usine du groupe, ajoutant même : « J’admire beau­coup la mai­son Das­sault, le tra­vail qui a été fait pen­dant toutes ces années. » Une ambiva­lence qui pour­rait devenir une vul­néra­bil­ité d’ici 2027 ?

SOS

Cet article vous a plu ? Il a pourtant un coût. L’OJIM vous informe sur ceux qui vous informent. Son indépendance repose sur les dons de ses lecteurs. Après déduction fiscale, un don de 100 € revient à 34 €.

Mots-clefs :