Dans les coulisses de France Télévisions, les carrières se construisent et se défont souvent loin des projecteurs. À 54 ans, après plus de trente ans au sein du groupe public, Nathanaël de Rincquesen s’apprête à quitter définitivement l’antenne et l’entreprise. Son départ effectif est programmé pour l’été, suite à un entretien préalable au licenciement prévu le 15 mai.
L’info a fuité dans La Lettre le 12 mai : Nathanaël de Rincquesen quittera le 22 août France TV. Le Parisien l’a confirmé, une procédure de licenciement a été engagée contre lui. « Il a négocié son départ depuis plusieurs mois », indique toutefois une source du quotidien : le futur ex-présentateur envisagerait de lancer un cabinet de communication. Une reconversion professionnelle courante pour les journalistes… mais un peu forcée ?
Qui est Nathanaël de Rincquesen ?
Nathanaël de Willecot de Rincquesen, né en 1972, est issu d’une famille de la haute noblesse qui remonte au XVIᵉ siècle d’après le site spécialisé Point de vue. Sa famille est d’ailleurs inscrite à l’ANF (Association d’entraide de la Noblesse Française). Fils d’Olivier de Rincquesen, ancien journaliste à Europe 1, et frère de Victoire de Rincquesen, elle-même journaliste et assistante de Thomas Sotto sur RTL, il vit dans une famille de médias. Formé à l’université Paris II Panthéon-Assas, il est également diplômé de l’École supérieure de journalisme de Paris en 1995. En outre, Nathanaël de Rincquesen a été champion de France junior d’escrime en 1990. Il a d’ailleurs couvert et commenté cette discipline aux JO à cinq reprises, entre 2008 et 2024.
Son arrivée à France Télévisions remonte à la fin des années 1990. Pendant dix-sept ans, il a présenté les journaux de 7 heures et 8 heures dans Télématin. À partir de 2009, il devient le joker attitré du Journal de 13 heures sur France 2, remplaçant Élise Lucet, puis Marie-Sophie Lacarrau et Julian Bugier pendant les périodes de vacances scolaires ou d’absences. Pendant seize ans, ce rôle l’a rendu familier à des millions de téléspectateurs. En parallèle, il a animé INAttendu sur France Info depuis 2020 en partenariat avec l’INA, effectué des remplacements sur la chaîne d’information continue, et eu l’opportunité d’interviewer Emmanuel Macron en juillet 2023. Reconnu par ses pairs, il a également siégé au conseil d’administration de France 2 en tant que représentant des salariés. Il a malheureusement souffert d’un sévère AVC en 2019, dont il s’est remis sans séquelles. Cet épisode l’a amené à ajuster son rythme de travail, privilégiant des tranches horaires plus compatibles avec une vie équilibrée.
Les raisons de son départ
Le licenciement de Nathanaël de Rincquesen n’est pas une surprise. Selon Le Parisien, l’intéressé négocie son départ depuis plusieurs mois et compte ouvrir son cabinet en communication. Néanmoins, c’est bien son engagement syndical et les contraintes managériales de France Télévisions qui ont fini par lui coûter son poste.
Dès l’été 2024, Alexandre Kara, alors directeur de l’information du groupe France Télévisions, a entrepris une refonte du système des « jokers ». L’objectif affiché était d’améliorer la disponibilité et la réactivité des remplaçants sur les journaux phares. Un point de tension majeur concernait le manque de flexibilité de certains jokers, notamment Karine Baste-Régis pour le 20 heures. Le fait que deux représentants des salariés occupent ces postes stratégiques posait problème à la direction, révèle La Lettre. Pendant les vacances d’été 2024, quatre jokers différents s’étaient succédé à l’antenne, révélant des dysfonctionnements. La hiérarchie reprochait explicitement à ces profils « protégés » de ne pas offrir la disponibilité requise pour un service continu.
Le rôle de Nathanaël de Rincquesen en tant que représentant des salariés, élu en 2020 avec le soutien du syndicat Force ouvrière, aurait pesé dans la balance, en sa défaveur selon Libération. Ce mandat au conseil d’administration lui conférait une protection légale, souvent qualifiée d’« assurance-vie » dans le secteur public, particulièrement utile dans un contexte de départs accélérés des seniors. Cependant, cette fonction représentative, qui implique des réunions, des négociations et une charge de travail parallèle, réduisait mécaniquement le temps consacré à ses missions journalistiques opérationnelles. Sa hiérarchie lui reprochait précisément ce manque de disponibilité lié à son engagement syndical. Son appartenance à Force ouvrière, syndicat parfois perçu comme moins aligné sur certaines orientations managériales dominantes à France Télévisions, n’a pas arrangé sa situation. La direction semblait vouloir fluidifier les équipes et privilégier des journalistes plus « disponibles » et moins engagés dans des mandats représentatifs qui limitent la flexibilité.
En novembre 2024, la décision est tombée : Julien Arnaud, fraîchement arrivé de TF1, récupère le poste de joker du 20 heures. Pour Rincquesen, c’est la fin de son rôle attitré au 13 heures dès les vacances de Noël 2024. Son mandat syndical de cinq ans terminé, il a bénéficié des six mois de protection légale post-mandat. Cette période écoulée, la machine administrative s’est enclenchée : lettre pour entretien préalable au licenciement prévu le 15 mai, puis départ programmé.
Qui pour le remplacer ?
Le remplacement de Nathanaël de Rincquesen s’inscrit dans un vaste mouvement de recomposition des jokers et des équipes de France 2. Après son retrait progressif fin 2024, mal vécu selon Le Parisien, plusieurs visages ont pris le relais au Journal de 13 heures. Maya Lauqué a d’abord assuré la transition. Par la suite, Mélanie Taravant s’est imposée comme la nouvelle joker principale de Julian Bugier en semaine à partir d’octobre 2025. D’autres journalistes comme Julien Benedetto ou Sonia Chironi interviennent également selon les périodes, notamment le week-end. Ce renouvellement pose néanmoins la question du savoir-faire.
Rincquesen apportait une expérience de plus de trente ans, une connaissance fine des rouages de la maison et une présentation rassurante, rodée sur des milliers d’éditions. Les nouveaux jokers devront démontrer leur capacité à maintenir la confiance d’un public attaché à la stabilité du 13 heures, rendez-vous quotidien ancré dans les habitudes des Français.

