Accueil E Veille médias E L’éviction discrète d’un fidèle serviteur du service public : le cas Nathanaël de Rincquesen

L’éviction discrète d’un fidèle serviteur du service public : le cas Nathanaël de Rincquesen

14 mai 2026 | Temps de lecture : 5 minutes

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Dans les couliss­es de France Télévi­sions, les car­rières se con­stru­isent et se défont sou­vent loin des pro­jecteurs. À 54 ans, après plus de trente ans au sein du groupe pub­lic, Nathanaël de Rinc­que­sen s’apprête à quit­ter défini­tive­ment l’antenne et l’entreprise. Son départ effec­tif est pro­gram­mé pour l’été, suite à un entre­tien préal­able au licen­ciement prévu le 15 mai.

L’info a fuité dans La Let­tre le 12 mai : Nathanaël de Rinc­que­sen quit­tera le 22 août France TV. Le Parisien l’a con­fir­mé, une procé­dure de licen­ciement a été engagée con­tre lui. « Il a négo­cié son départ depuis plusieurs mois », indique toute­fois une source du quo­ti­di­en : le futur ex-présen­ta­teur envis­agerait de lancer un cab­i­net de com­mu­ni­ca­tion. Une recon­ver­sion pro­fes­sion­nelle courante pour les jour­nal­istes… mais un peu forcée ?

Qui est Nathanaël de Rincquesen ?

Nathanaël de Wil­le­cot de Rinc­que­sen, né en 1972, est issu d’une famille de la haute noblesse qui remonte au XVIᵉ siè­cle d’après le site spé­cial­isé Point de vue. Sa famille est d’ailleurs inscrite à l’ANF (Asso­ci­a­tion d’entraide de la Noblesse Française). Fils d’Olivier de Rinc­que­sen, ancien jour­nal­iste à Europe 1, et frère de Vic­toire de Rinc­que­sen, elle-même jour­nal­iste et assis­tante de Thomas Sot­to sur RTL, il vit dans une famille de médias. For­mé à l’université Paris II Pan­théon-Assas, il est égale­ment diplômé de l’École supérieure de jour­nal­isme de Paris en 1995. En out­re, Nathanaël de Rinc­que­sen a été cham­pi­on de France junior d’escrime en 1990. Il a d’ailleurs cou­vert et com­men­té cette dis­ci­pline aux JO à cinq repris­es, entre 2008 et 2024.

Son arrivée à France Télévi­sions remonte à la fin des années 1990. Pen­dant dix-sept ans, il a présen­té les jour­naux de 7 heures et 8 heures dans Télé­matin. À par­tir de 2009, il devient le jok­er attitré du Jour­nal de 13 heures sur France 2, rem­plaçant Élise Lucet, puis Marie-Sophie Lacar­rau et Julian Bugi­er pen­dant les péri­odes de vacances sco­laires ou d’absences. Pen­dant seize ans, ce rôle l’a ren­du fam­i­li­er à des mil­lions de téléspec­ta­teurs. En par­al­lèle, il a ani­mé INAt­ten­du sur France Info depuis 2020 en parte­nar­i­at avec l’INA, effec­tué des rem­place­ments sur la chaîne d’information con­tin­ue, et eu l’opportunité d’interviewer Emmanuel Macron en juil­let 2023. Recon­nu par ses pairs, il a égale­ment siégé au con­seil d’administration de France 2 en tant que représen­tant des salariés. Il a mal­heureuse­ment souf­fert d’un sévère AVC en 2019, dont il s’est remis sans séquelles. Cet épisode l’a amené à ajuster son rythme de tra­vail, priv­ilé­giant des tranch­es horaires plus com­pat­i­bles avec une vie équilibrée.

Les raisons de son départ

Le licen­ciement de Nathanaël de Rinc­que­sen n’est pas une sur­prise. Selon Le Parisien, l’intéressé négo­cie son départ depuis plusieurs mois et compte ouvrir son cab­i­net en com­mu­ni­ca­tion. Néan­moins, c’est bien son engage­ment syn­di­cal et les con­traintes man­agéri­ales de France Télévi­sions qui ont fini par lui coûter son poste.

Dès l’été 2024, Alexan­dre Kara, alors directeur de l’information du groupe France Télévi­sions, a entre­pris une refonte du sys­tème des « jok­ers ». L’objectif affiché était d’améliorer la disponi­bil­ité et la réac­tiv­ité des rem­plaçants sur les jour­naux phares. Un point de ten­sion majeur con­cer­nait le manque de flex­i­bil­ité de cer­tains jok­ers, notam­ment Karine Baste-Régis pour le 20 heures. Le fait que deux représen­tants des salariés occu­pent ces postes stratégiques posait prob­lème à la direc­tion, révèle La Let­tre. Pen­dant les vacances d’été 2024, qua­tre jok­ers dif­férents s’étaient suc­cédé à l’antenne, révélant des dys­fonc­tion­nements. La hiérar­chie reprochait explicite­ment à ces pro­fils « pro­tégés » de ne pas offrir la disponi­bil­ité req­uise pour un ser­vice continu.

Le rôle de Nathanaël de Rinc­que­sen en tant que représen­tant des salariés, élu en 2020 avec le sou­tien du syn­di­cat Force ouvrière, aurait pesé dans la bal­ance, en sa défaveur selon Libéra­tion. Ce man­dat au con­seil d’administration lui con­férait une pro­tec­tion légale, sou­vent qual­i­fiée d’« assur­ance-vie » dans le secteur pub­lic, par­ti­c­ulière­ment utile dans un con­texte de départs accélérés des seniors. Cepen­dant, cette fonc­tion représen­ta­tive, qui implique des réu­nions, des négo­ci­a­tions et une charge de tra­vail par­al­lèle, rédui­sait mécanique­ment le temps con­sacré à ses mis­sions jour­nal­is­tiques opéra­tionnelles. Sa hiérar­chie lui reprochait pré­cisé­ment ce manque de disponi­bil­ité lié à son engage­ment syn­di­cal. Son appar­te­nance à Force ouvrière, syn­di­cat par­fois perçu comme moins aligné sur cer­taines ori­en­ta­tions man­agéri­ales dom­i­nantes à France Télévi­sions, n’a pas arrangé sa sit­u­a­tion. La direc­tion sem­blait vouloir flu­id­i­fi­er les équipes et priv­ilégi­er des jour­nal­istes plus « disponibles » et moins engagés dans des man­dats représen­tat­ifs qui lim­i­tent la flexibilité.

En novem­bre 2024, la déci­sion est tombée : Julien Arnaud, fraîche­ment arrivé de TF1, récupère le poste de jok­er du 20 heures. Pour Rinc­que­sen, c’est la fin de son rôle attitré au 13 heures dès les vacances de Noël 2024. Son man­dat syn­di­cal de cinq ans ter­miné, il a béné­fi­cié des six mois de pro­tec­tion légale post-man­dat. Cette péri­ode écoulée, la machine admin­is­tra­tive s’est enclenchée : let­tre pour entre­tien préal­able au licen­ciement prévu le 15 mai, puis départ programmé.

Qui pour le remplacer ?

Le rem­place­ment de Nathanaël de Rinc­que­sen s’inscrit dans un vaste mou­ve­ment de recom­po­si­tion des jok­ers et des équipes de France 2. Après son retrait pro­gres­sif fin 2024, mal vécu selon Le Parisien, plusieurs vis­ages ont pris le relais au Jour­nal de 13 heures. Maya Lauqué a d’abord assuré la tran­si­tion. Par la suite, Mélanie Tar­a­vant s’est imposée comme la nou­velle jok­er prin­ci­pale de Julian Bugi­er en semaine à par­tir d’octobre 2025. D’autres jour­nal­istes comme Julien Benedet­to ou Sonia Chi­roni inter­vi­en­nent égale­ment selon les péri­odes, notam­ment le week-end. Ce renou­velle­ment pose néan­moins la ques­tion du savoir-faire.

Rinc­que­sen appor­tait une expéri­ence de plus de trente ans, une con­nais­sance fine des rouages de la mai­son et une présen­ta­tion ras­sur­ante, rodée sur des mil­liers d’éditions. Les nou­veaux jok­ers devront démon­tr­er leur capac­ité à main­tenir la con­fi­ance d’un pub­lic attaché à la sta­bil­ité du 13 heures, ren­dez-vous quo­ti­di­en ancré dans les habi­tudes des Français.

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