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Les « 50 qui vont faire demain » du Nouvel Obs : les figures médiatiques d’un futur très balisé

11 mai 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

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Dans son dossier « Les 50 qui vont faire demain », Le Nou­v­el Obs met en avant une généra­tion sup­posée incar­n­er l’avenir. Par­mi ces pro­fils, plusieurs jour­nal­istes, influ­enceurs ou per­son­nal­ités médi­a­tiques con­fir­ment surtout l’écosystème intel­lectuel que l’hebdomadaire entend promouvoir.

Le numéro du Nou­v­el Obs du 7 mai 2026 con­sacre son dossier spé­cial à « 50 per­son­nal­ités » français­es de moins de 40 ans, issues de « tous hori­zons », cen­sées bâtir une société « plus viv­able, plus diverse et plus juste ». L’éditorial assume d’ailleurs claire­ment la couleur : il s’agit d’un tra­vail de « média pro­gres­siste », des­tiné à con­tr­er le « déclin­isme » et les réc­its portés, selon le jour­nal, par les « médias réactionnaires ».

Salomé Saqué, Hugo Travers : les médiatiques assumés

Par­mi les fig­ures les plus directe­ment liées aux médias, Salomé Saqué occupe une place cen­trale. Le Nou­v­el Obs la présente comme une per­son­nal­ité déjà dotée d’une « forte notoriété » et comme une « jour­nal­iste per­cu­tante » et « porte-éten­dard d’une jeunesse mal­menée ». Son pro­fil cor­re­spond par­faite­ment à la ligne du jour­nal : « jour­nal­isme engagé » (de gauche), cri­tique sociale et dis­cours « générationnel ».

Autre nom incon­tourn­able : Hugo Tra­vers, plus con­nu sous le nom HugoDécrypte. Jour­nal­iste sur les nou­velles plate­formes, il incar­ne cette nou­velle caté­gorie de médi­a­teurs qui vul­garisent l’information sur les réseaux soci­aux et captent un pub­lic jeune. Son inté­gra­tion dans la sélec­tion illus­tre le brouil­lage désor­mais assumé entre jour­nal­isme, com­mu­ni­ca­tion et influ­ence. Hugo Décrypte totalise 20 mil­lions d’abonnés toutes plate­formes con­fon­dues et selon un rap­port 2025 de l’institut Reuters en col­lab­o­ra­tion avec l’université d’Oxford sur l’étude du jour­nal­isme, l’ancien élève de Sci­ences Po Paris est davan­tage cité que Le Monde, Le Figaro et Libéra­tion réunis.

Nastasia Hadjadji et son point Godwin version numérique

La réal­isatrice d’Arte Tracks Nas­ta­sia Had­jad­ji fig­ure dans la caté­gorie des « Vision­naires du numérique ». Le jour­nal la présente comme une essay­iste dénonçant l’expansion d’un cer­tain « tech­no­fas­cisme » ou les « colonisa­teurs ver­sion tech ». Là encore, le choix n’est pas neu­tre : Le Nou­v­el Obs val­orise une cri­tique de gauche assez super­fi­cielle de la tech­nolo­gie, se don­nant un ver­nis vague­ment intel­lo mais surtout très laborieux.

Son pro­fil est intéres­sant car il relève finale­ment assez peu de l’expertise mais plus d’un dis­cours répété en boucle avec des mots clefs (le prin­ci­pal étant « fas­cisme »), per­me­t­tant d’être invité sur des plateaux…

Serge Zaka, Mathilde Caillard : experts, militants et figures de réseaux

Serge Zaka est présen­té comme ingénieur agronome et décryp­teur du change­ment cli­ma­tique. Son cas mon­tre com­ment l’expertise sci­en­tifique devient médi­a­tique dès lors qu’elle se déploie dans l’espace pub­lic, notam­ment sur les réseaux soci­aux. Il n’est pas seule­ment un sci­en­tifique : il est aus­si un vul­gar­isa­teur recon­nu, dont la parole cir­cule large­ment dans les médias.

Mathilde Caillard, alias « MC danse pour le climat », relève davantage de l’activisme caricatural.

Le Nou­v­el Obs rap­pelle qu’elle s’est fait con­naître le 7 jan­vi­er 2023 dans une man­i­fes­ta­tion con­tre la réforme des retraites, avec le slo­gan « Retraites, cli­mat : même com­bat ! Pas de retraités sur une planète brûlée », avant que la séquence ne cumule plusieurs mil­lions de vues sur les réseaux soci­aux. Elle illus­tre par­faite­ment l’époque : une per­son­nal­ité devient médi­a­tique par la viral­ité mil­i­tante, ici en se déhan­chant sur un char dans une manifestation.

50 nuances de gauche : une sélection moins pluraliste que prescriptive

On pour­rait ajouter à cette galax­ie Camille Eti­enne, décrite comme mil­i­tante « incon­tourn­able autant sur Insta­gram qu’en librairie », l’influenceuse mode Lena Mah­fouf (5 mil­lions d’abonnés sur Insta­gram, près de 4 sur Tik­Tok), l’ex-journaliste de France 2 Vic­toire Tuail­lon, fon­da­trice du pod­cast « Les couilles sur la table » (créé en 2017 et ayant dépassé les 30 mil­lions d’écoutes) ou encore l’humoriste en sur­poids assumé (on appelle ça le « body pos­i­tivism ») Marie de Brauer, toutes présentes dans la liste.

L’ensemble des­sine moins un panora­ma neu­tre de la jeunesse française qu’une car­togra­phie des fig­ures jugées com­pat­i­bles avec l’imaginaire du Nou­v­el Obs : cli­mat, égal­ité, cri­tique sociale, numérique respon­s­able, fémin­isme, dénon­ci­a­tion des « médias réac­tion­naires » voire du « fas­cisme » qui doit prob­a­ble­ment débuter avec Le Point. Le jour­nal pré­tend mon­tr­er ceux qui « fer­ont demain ». Il mon­tre surtout ceux qu’il souhaite voir occu­per demain dans une célébra­tion de l’entre-soi. La démarche n’est cepen­dant pas isolée et Le Figaro avait aus­si pub­lié, pour ses 200 ans : « les 200 jeunes qui fer­ont la France de demain » ; mais le jour­nal deux fois cen­te­naire avait eu l’élégance, ou la faib­lesse, d’intégrer des per­son­nal­ités de gauche.

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