Dans son dossier « Les 50 qui vont faire demain », Le Nouvel Obs met en avant une génération supposée incarner l’avenir. Parmi ces profils, plusieurs journalistes, influenceurs ou personnalités médiatiques confirment surtout l’écosystème intellectuel que l’hebdomadaire entend promouvoir.
Le numéro du Nouvel Obs du 7 mai 2026 consacre son dossier spécial à « 50 personnalités » françaises de moins de 40 ans, issues de « tous horizons », censées bâtir une société « plus vivable, plus diverse et plus juste ». L’éditorial assume d’ailleurs clairement la couleur : il s’agit d’un travail de « média progressiste », destiné à contrer le « déclinisme » et les récits portés, selon le journal, par les « médias réactionnaires ».
Salomé Saqué, Hugo Travers : les médiatiques assumés
Parmi les figures les plus directement liées aux médias, Salomé Saqué occupe une place centrale. Le Nouvel Obs la présente comme une personnalité déjà dotée d’une « forte notoriété » et comme une « journaliste percutante » et « porte-étendard d’une jeunesse malmenée ». Son profil correspond parfaitement à la ligne du journal : « journalisme engagé » (de gauche), critique sociale et discours « générationnel ».
Autre nom incontournable : Hugo Travers, plus connu sous le nom HugoDécrypte. Journaliste sur les nouvelles plateformes, il incarne cette nouvelle catégorie de médiateurs qui vulgarisent l’information sur les réseaux sociaux et captent un public jeune. Son intégration dans la sélection illustre le brouillage désormais assumé entre journalisme, communication et influence. Hugo Décrypte totalise 20 millions d’abonnés toutes plateformes confondues et selon un rapport 2025 de l’institut Reuters en collaboration avec l’université d’Oxford sur l’étude du journalisme, l’ancien élève de Sciences Po Paris est davantage cité que Le Monde, Le Figaro et Libération réunis.
Nastasia Hadjadji et son point Godwin version numérique
La réalisatrice d’Arte Tracks Nastasia Hadjadji figure dans la catégorie des « Visionnaires du numérique ». Le journal la présente comme une essayiste dénonçant l’expansion d’un certain « technofascisme » ou les « colonisateurs version tech ». Là encore, le choix n’est pas neutre : Le Nouvel Obs valorise une critique de gauche assez superficielle de la technologie, se donnant un vernis vaguement intello mais surtout très laborieux.
Son profil est intéressant car il relève finalement assez peu de l’expertise mais plus d’un discours répété en boucle avec des mots clefs (le principal étant « fascisme »), permettant d’être invité sur des plateaux…
Serge Zaka, Mathilde Caillard : experts, militants et figures de réseaux
Serge Zaka est présenté comme ingénieur agronome et décrypteur du changement climatique. Son cas montre comment l’expertise scientifique devient médiatique dès lors qu’elle se déploie dans l’espace public, notamment sur les réseaux sociaux. Il n’est pas seulement un scientifique : il est aussi un vulgarisateur reconnu, dont la parole circule largement dans les médias.
Mathilde Caillard, alias « MC danse pour le climat », relève davantage de l’activisme caricatural.
Le Nouvel Obs rappelle qu’elle s’est fait connaître le 7 janvier 2023 dans une manifestation contre la réforme des retraites, avec le slogan « Retraites, climat : même combat ! Pas de retraités sur une planète brûlée », avant que la séquence ne cumule plusieurs millions de vues sur les réseaux sociaux. Elle illustre parfaitement l’époque : une personnalité devient médiatique par la viralité militante, ici en se déhanchant sur un char dans une manifestation.
🔴 Pendant ce temps, le collectif militant de gauche radicale “Planète Boum Boum” est invité et mis à l’honneur sur France Inter.
👉 Le rapport indique que la célèbre meneuse du collectif a été assistante d’une députée LFI ⬇️ https://t.co/0WDGv5Rpqx
— Marc Vanguard (@marc_vanguard) May 5, 2026
50 nuances de gauche : une sélection moins pluraliste que prescriptive
On pourrait ajouter à cette galaxie Camille Etienne, décrite comme militante « incontournable autant sur Instagram qu’en librairie », l’influenceuse mode Lena Mahfouf (5 millions d’abonnés sur Instagram, près de 4 sur TikTok), l’ex-journaliste de France 2 Victoire Tuaillon, fondatrice du podcast « Les couilles sur la table » (créé en 2017 et ayant dépassé les 30 millions d’écoutes) ou encore l’humoriste en surpoids assumé (on appelle ça le « body positivism ») Marie de Brauer, toutes présentes dans la liste.
L’ensemble dessine moins un panorama neutre de la jeunesse française qu’une cartographie des figures jugées compatibles avec l’imaginaire du Nouvel Obs : climat, égalité, critique sociale, numérique responsable, féminisme, dénonciation des « médias réactionnaires » voire du « fascisme » qui doit probablement débuter avec Le Point. Le journal prétend montrer ceux qui « feront demain ». Il montre surtout ceux qu’il souhaite voir occuper demain dans une célébration de l’entre-soi. La démarche n’est cependant pas isolée et Le Figaro avait aussi publié, pour ses 200 ans : « les 200 jeunes qui feront la France de demain » ; mais le journal deux fois centenaire avait eu l’élégance, ou la faiblesse, d’intégrer des personnalités de gauche.

