À l’occasion de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public qui dure depuis fin 2025, Vincent Bolloré a été auditionné le mardi 24 mars. Il possède en effet à travers le groupe Vivendi 5% de la société Banijay, ce qui en fait l’un des principaux actionnaires. Cette société produit la plupart des programmes pour France Télévisions, notamment ceux animés par Nagui.
La plupart des médias de grand chemin haïssent l’homme qui permet à leurs adversaires – Cnews, Europe 1 et Le Journal du Dimanche – d’exister. Les articles sont donc peu amènes. Le Nouvel Obs ne quitte pas un ton grinçant. « Il ne s’est pas écoulé trente secondes que, déjà, Vincent Bolloré fait son arbre généalogique et, comme toujours, convoque la mémoire de ses oncles résistants » ; « On n’échappe pas non plus aux 204 ans du groupe industriel familial ». On trouve également dans divers articles le lot habituel de descriptions peu flatteuses, notamment « milliardaire conservateur » chez Radio France.
Le pilori pour l’homme d’entreprise, de droite et catholique
Le titre du Nouvel Observateur cite les mots suivants de Vincent Bolloré : « Je ne hais personne et je prie pour mes ennemis. » Des mots qui, s’ils paraissent louables aux catholiques, sont ridicules et niais pour les autres, notamment les lecteurs du Nouvel Obs. Marianne reprend la même citation et affirme que « Vincent Bolloré la joue catho raisonnable contre la “caste” ». Le Nouvel Obs précise par ailleurs que lors de la commission, « on a parlé du Puy du Fou, de miséricorde et de Jean-Marc Morandini ».
Jean-Marc Morandini est justement l’un des reproches principaux que l’on fait à Vincent Bolloré. Condamné en janvier 2026 à deux ans de prison avec sursis et 20 000 euros d’amende pour corruption de mineurs, l’animateur a pourtant été maintenu à l’antenne jusqu’à ce qu’il démissionne quelques jours plus tard. Il avait envoyé des messages de nature sexuelle à trois adolescents entre 2009 et 2016. Interrogé, Vincent Bolloré dit selon Le Monde qu’il « pardonne », que « miséricorde doit passer », mots repris par le Dauphiné Libéré, qui revient longuement sur cet aspect. La bienveillance de Vincent Bolloré s’applique aussi à l’audiovisuel public, ce qui ne plaît guère. Libération affirme que « le milliardaire a fait mine d’épargner en partie le service public et s’est posé en défenseur de “l’empathie” et du “pardon”… jusqu’au ridicule. » Le Point note quant à lui qu’il « fait mine de ne pas juger » les contenus diffusés.
La droite s’affirme, les médias progressistes se déchaînent
Le combat politique se gagne sur plusieurs plans, parmi lesquels la justice, la politique proprement dite et la culture. Une commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public réunit les trois. Or, ici, la commission est rapportée par Charles Alloncle, de droite, et l’audition dont il est question concerne Vincent Bolloré, de droite aussi. Autant dire que la gauche se voit obligée de partager un terrain de jeu où elle avait l’habitude de régner en maître incontesté. Le Nouvel Obs déclare que l’audition de Vincent Bolloré est pour Charles Alloncle un « moment de gloire ». Le Monde cite Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), président de la commission d’enquête, qui s’est félicité que Vincent Bolloré ait répondu « “directement, sans aucune forme d’entrave et très spontanément” à sa convocation », « comme honoré de la disponibilité du retraité », grince l’article.
De son côté, Marianne note que « le milliardaire breton a déroulé, sans être inquiété, ses recettes de patron de médias raisonnable pour redresser le service public. » Libération évoque une « comédie » qui ne serait qu’un prétexte pour donner à Vincent Bolloré une « tribune » pour donner son avis. Médiapart est tout à fait d’accord et fustige des « courbettes et faux-semblants ». « Bien aidé par l’attitude révérencieuse du président et du rapporteur de la commission, l’audition du milliardaire d’extrême droite s’est muée par moments en café du commerce, où le Breton a pu tranquillement se poser en défenseur de l’« empathie », de la « liberté », et pérorer sur l’usage des deniers publics. » Radio France décrit un « échange beaucoup plus feutré que les précédents » où Vincent Bolloré a paru « très peu bousculé ». Ce ne sont pas les politiques de gauche qui démentiront les médias de gauche : Sophie Taillé-Polian, écologiste, et Aurélien Saintoul, Insoumis, ont tous deux quitté l’audition en signe de protestation.
La recette Bolloré, la peur bleue des médias publics
Lors de son audition, Vincent Bolloré s’est surtout appliqué à énoncer des solutions pour réduire les coûts de l’audiovisuel public, qui coûte 4 milliards d’euros par an. Le Point prend des notes lorsqu’il « déroule ce qu’il présente comme une méthode simple, presque brutale » et « [banalise] ce qui relève en réalité d’une politique de réduction drastique des coûts. » Pour Vincent Bolloré, on pourrait observer dans le service public les mêmes dérives que celles qu’il a trouvées à Canal. L’hypothèse n’a rien de farfelu. On trouve bien des exemples de sociétés qui gonflent leurs prix pour augmenter leurs marges lorsqu’elles sont assurées de recevoir les commandes publiques.
Adélaïde Motte

