Le milliardaire tchèque Daniel Křetínský a accordé un nouveau prêt de 17 millions d’euros au quotidien Libération. Depuis 2022, ses apports financiers atteignent près de 60 millions d’euros. Une dépendance qui relance les questions sur la viabilité économique du journal et sur les logiques d’influence dans la presse française.
Kretinsky/Libé : 60 millions d’euros !
Daniel Křetínský sort une nouvelle fois le carnet de chèques pour soutenir Libération. L’homme d’affaires tchèque vient d’accorder un nouveau prêt de 17 millions d’euros au quotidien de la gauche de la gauche, portant à près de 60 millions d’euros le total de son soutien financier depuis 2022.
Si la direction du journal assure que ces prêts sont accordés « sans condition », cette situation nourrit des interrogations sur la dépendance économique du titre qui ne se dérange pas pour dénoncer l’influence réelle ou supposée d’autres milliardaires chez ses confrères.
Un quotidien toujours déficitaire
Le nouveau prêt de Daniel Křetínský intervient alors que Libération se trouve dans une situation financière fragile. Le journal réalise environ 30 millions d’euros de chiffre d’affaires pour des pertes annuelles proches de 10 millions d’euros. L’équilibre financier, annoncé un temps pour 2023, a été repoussé à plusieurs reprises et n’est désormais envisagé qu’à l’horizon 2028.
Depuis 2022, le milliardaire tchèque a multiplié les soutiens : un premier prêt de 15 millions d’euros, puis plusieurs refinancements successifs, auxquels s’ajoute désormais cette nouvelle injection de 17 millions. Au total, l’exposition financière de l’homme d’affaires atteint près de 60 millions d’euros et il paraît évident que Libération ne sera jamais en mesure de rembourser de telles sommes. Autrement dit, le quotidien fonctionne sous perfusion financière permanente.
L’éternelle question de l’influence
Officiellement, Daniel Křetínský n’est pas actionnaire de Libération. Le capital du journal est abrité depuis 2020 dans un fonds de dotation censé garantir son indépendance. Les prêts accordés par le milliardaire ne peuvent pas être convertis en actions et ne lui donnent donc aucun pouvoir formel sur la ligne éditoriale.
Pourtant, la dépendance financière demeure un sujet sensible. En plus des sacro-saintes aides à la presse, en quatre ans, le magnat tchèque est devenu l’acteur central du financement du quotidien. Dans ces conditions, la question de l’influence, directe ou indirecte, ne peut être totalement écartée.
Certains analystes y voient également une stratégie d’image. Dans le paysage médiatique français, soutenir un titre emblématique de la gauche peut offrir à un industriel étranger un précieux réseau d’influence et une respectabilité dans les cénacles politiques, économiques et culturels. Un petit monde parisien où tout se monnaye, même la vertu !
Les paradoxes du débat médiatique : à chacun son Bolloré
L’affaire souligne également un paradoxe fréquent dans le débat public français. Une partie de la gauche médiatique, dont Libération, critique régulièrement l’influence supposée de certains industriels, au premier rang desquels Vincent Bolloré et les médias qui lui sont associés.
Dans le même temps, plusieurs titres emblématiques de ce même camp politique survivent grâce à l’intervention de riches mécènes ou de grands groupes. Libération n’échappe pas à cette logique : sans les financements successifs de Daniel Křetínský, l’avenir économique du quotidien apparaîtrait bien plus incertain.
La question dépasse donc le seul cas du journal fondé en 1973. Elle renvoie plus largement à la transformation du modèle économique de la presse française, où les difficultés structurelles du secteur conduisent de nombreux médias à dépendre du soutien de milliardaires alors même que ces médias se revendiquent d’une certaine gauche anticapitaliste…
Voir aussi : Daniel Křetínský, le tycoon tchèque des médias français
Rodolphe Chalamel

