La vive altercation entre la Cour des comptes et la commission d’enquête sur l’audiovisuel public à l’Assemblée nationale marque une nouvelle étape dans la guerre médiatique qui agite le pays.
L’institution a été mise en difficulté la veille du passage de Delphine Ernotte devant la même commission.
Mis en cause par le député UDR Charles Alloncle sur le calendrier et les conditions d’un rapport très critique sur France Télévisions, les « Sages » de la rue Cambon ont publié un rare communiqué pour réaffirmer leur indépendance, tout en dénonçant les méthodes du rapporteur sans pour autant parvenir à dénier l’existence d’un mail de pression envoyé par la direction de France Télévisions aux membres de la Cour pour retarder un rapport accablant sur le groupe.
Une mise au point très rare de la rue Cambon
Dans un communiqué diffusé sur ses réseaux sociaux, la Cour des comptes répond aux interrogations du député UDR (ciottiste) Charles Alloncle sur un possible report de la publication de son rapport très sévère sur la « situation financière critique » de France Télévisions, rapport qui réclame des « réformes structurelles » « sans délai ».
Les magistrats affirment n’avoir subi « aucune pression », n’avoir reçu « aucun courriel » du secrétaire général de France Télévisions leur demandant un report, et assurent qu’un tel mail aurait été « sans incidence » sur la procédure.
Le président de la 3ᵉ chambre de la Cour des comptes n’a, à aucun moment, répondu à la question qui lui a été posée.
⚠️🚨Scandale : sous serment, le président de la 3ᵉ chambre de la Cour des comptes n’a pas pu nier qu’un mail de pression ait été envoyé par la direction de France Télévisions aux membres de la Cour pour retarder un rapport accablant sur le groupe.
Et ce rapport n’est sorti…… pic.twitter.com/7Uo0z6jMIK
— Charles Alloncle (@CHAlloncle) December 4, 2025
Autrement dit, la Cour répond sur l’honneur de ses membres, beaucoup moins sur la chronologie précise du rapport : un choix défensif qui laisse intactes les suspicions politiques autour de France Télévisions.
Une commission d’enquête qui documente les dérives éditoriales
Car la commission d’enquête ne se limite pas à des querelles de procédure. L’épisode du compte Slash de France Télé illustre la méthode : le secrétaire général Christophe Tardieu affirme sous serment qu’il n’a « jamais » été question de relayer un appel aux dons pour le comité « Justice pour Adama ». Quelques minutes plus tard, le rapporteur produit la publication Instagram de 2020, appel clair à financer ce comité, obligeant Tardieu à reconnaître un « post tout à fait inapproprié », finalement supprimé.
Interrogée sur des contenus problématiques de la plateforme Slash, comme l’énonciation récurrente du “privilège blanc”, des injonctions à consulter des contenus pornographiques transsexuels ou encore un appel aux dons pour le comité “Justice pour Adama Traoré”, Delphine Ernotte… pic.twitter.com/RAi1nDisuL
— Charles Alloncle (@CHAlloncle) December 10, 2025
Ce cas, parmi d’autres contenus jugés « problématiques » sur Slash (militantisme racial, militantisme LGBT, etc.), montre que la commission explore concrètement les zones grises d’un service public supposé neutre, mais parfois engagé dans des causes très situées. Dans ce contexte, la mise au point de la Cour des comptes, qui s’en prend au ton du député plus qu’elle ne nourrit le débat de fond, ressemble à un réflexe de corps plutôt qu’à une contribution à la transparence.
Delphine Ernotte entre « exigence absolue » et réponses incomplètes
Auditionnée le 10 décembre, Delphine Ernotte, pas très à l’aise, a martelé que le débat sur la neutralité de l’audiovisuel public était « légitime » et que cette neutralité constituait pour France Télévisions une « exigence absolue ». Elle rappelle que le groupe est « financé par tous » et doit donc « s’adresser à tous », quelles que soient leurs opinions ou leurs revenus.
Sur le terrain concret, la présidente met en avant des « efforts massifs » de gestion et annonce la création d’une « nouvelle direction de la déontologie ». Mais face aux questions sur les biais idéologiques, certaines décisions de programmation, les liens avec des élus parisiens comme l’a montré l’affaire Legrand/Cohen ou encore le niveau de rémunération de ses proches collaborateurs, elle renvoie souvent à la « tutelle » ou promet des réponses écrites ultérieures.
Longtemps habitués à agir sans aucune opposition, les médias publics sont, avec cette commission, confrontés à leur biais idéologique et peinent à accepter un véritable examen contradictoire de ses pratiques, devant les représentants de ceux qui le financent.
Rodolphe Chalamel


