Ultra-gauche : deux médias dans le collimateur de la justice

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Deux médias d’« ultra-gauche », dits aussi médias libertaires ou auto-médias, sont actuellement dans le collimateur de la justice. L’un d’eux est situé à Toulouse et l’autre dans le Jura.

À Toulouse, l’auteur présumé d’un article faisant le compte-rendu de la manifestation du 21 février 2015 sur le site IAATA.info a été interpellé le 6 mai, placé en garde à vue et mis en examen pour “provocation publique à la commission d’un délit ou d’un crime“. Il sera jugé le 29 juin. L’individu est soupçonné par les policiers d’être un administrateur du site IAATA.info (information anti-autoritaire Toulouse et alentours), un média proche de l’extrême-gauche toulousaine.

Dans son article plein de ressentiment envers les “bakeux qui ont rapidement transformé la manifestation en désordre intégral, l’auteur donne quelques conseils pour que les manifestations soient plus réussies à l’avenir. Par exemple, “il est inutile de paniquer lorsque les lacrymos tombent à proximité; on peut plutôt les relancer vers les flics”. Ou, un peu plus loin : “il est possible de dés-arrêter une personne qui s’est fait choper. Une arrestation aurait pu être évitée si tous-tes ensemble on était retourné chercher la personne”. Un paragraphe plus loin, il donne des conseils pour retenir la police avec des banderoles, tandis que “d’autres s’attaquent à des cibles, dépavent la rue, montent des barricades etc.” Dernier petit conseil fumant : “à plusieurs, on peut rapidement mettre une voiture en travers de la route, voire l’enflammer”.

Bien que les faits soient établis, IAATA.info crie à la censure et à la répression policière dans un communiqué qui a été contresigné par le ban et l’arrière-ban des sites d’informations de l’ultra-gauche. Le mis en cause, âgé de 40 ans, clame son innocence en affirmant que près de 150 contributeurs alimentent le site participatif.

Dans le même temps, un autre média d’ultra-gauche est dans le collimateur de la justice, pour des faits qui datent de… 2010. A l’époque, Le Jura Libertaire, et son annexe Indymedia Grenoble publient une enquête mettant en cause la BAC qui avait abattu un braqueur, Karim Boudouda dans une cité sensible de Grenoble. Ce qui avait donné lieu à plusieurs nuits d’émeutes où les policiers avaient notamment essuyé des tirs à balle réelles. Suite à la publication de cet article, le ministre de l’Intérieur – alors Brice Hortefeux – avait annoncé le 26 juillet qu’il portait plainte contre les deux sites pour “injure et diffamation publiques envers une administration publique”.

Du fait de l’impossibilité de repérer les auteurs d‘Indymedia Grenoble, dont l’hébergement est dispersé à travers le monde, c’est le seul responsable légal du Jura Libertaire, un chômeur déjà condamné en 2008 pour outrage, qui passe cinq ans après les faits devant la 17ème chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris. Le procès du “blog qui nique la police” est d’une certaine façon aussi celui des forces de l’ordre puisque y témoignent par exemple le chercheur en sciences sociales et « militant anti-sécuritaire » Matthieu Rigouste ou encore la sœur d’un homme tué par la police, Amal Bentoussi, elle-même poursuivie par Manuel Valls pour diffamation contre la police et relaxée.

Tranchant avec la lourdeur de la machine judiciaire, qui tourne depuis bientôt cinq ans, le procureur a requis une amende de… 200 euros dont la modestie cadre cependant avec les revenus du prévenu. Le verdict sera rendu le 16 juin. En revanche Le Jura Libertaire a déjà annoncé qu’il mettra fin aux publications une fois le jugement rendu.

Crédit photo : DR