À partir du dimanche 1ᵉʳ février 2026 à 12h, la chaîne T18 lancera « Puremédias L’Hebdo », un talk de 52 minutes coproduit avec Puremédias et Kiosco.TV (Webedia-Elephant). Un pari éditorial présenté comme « grand public et expert », mais qui interroge sur l’indépendance du regard.
T18 (groupe CMI) annonce un nouveau rendez-vous hebdomadaire dédié à l’actualité des médias, avec une promesse : décrypter « le nouvel espace médiatique » des usages aux enjeux économiques, en passant par les coulisses. Sur le papier, l’initiative répond à un manque réel dans le PAF. Dans la pratique, le montage industriel choisi risque de brouiller le message.
Un « décryptage » produit par ceux qu’il doit observer
Le programme est produit par Kiosco.TV, label de Webedia-Elephant (née de la fusion entre les deux entités en 2019), et coproduit avec T18 et Puremédias. Or Puremédias est précisément une marque éditée par le groupe Webedia-Elephant : autrement dit, l’acteur qui met en scène l’émission est aussi celui qui détient l’un des principaux « décodeurs » mobilisés à l’antenne. Un dispositif cohérent d’un point de vue marketing, beaucoup plus discutable si l’ambition affichée est de « poser un regard juste » sur un secteur où les intérêts croisés sont déjà une norme.
La « résonance digitale » comme argument central
Le communiqué insiste sur la puissance de relais de Puremédias : 4,5 millions de visiteurs uniques mensuels (Médiamétrie//NetRatings, moyenne janv.–nov. 2025) et plus de 40 millions de vues mensuelles sur les réseaux (ACPM Social Index, nov. 2025). Dit autrement : l’émission est pensée d’emblée comme un objet hybride, conçu pour circuler autant, sinon plus, en extraits et formats sociaux qu’en diffusion linéaire. Une logique efficace pour installer une marque qui répond à la désormais indispensable compatibilité réseau : séquences courtes, incarnations fortes, et angles consensuels avec les invités à forte capacité de buzz.
T18, une jeune chaîne qui cherche sa griffe… et des alliés
T18, jeune chaîne au lancement très laborieux, présente « Puremédias L’Hebdo » comme sa cinquième émission hebdomadaire. Le président Christopher Baldelli revendique un regard « concret » sur « ce qui se joue vraiment, à l’écran comme en coulisses », tandis que Webedia-Elephant met en avant un producteur « nouvelle génération » à la croisée de l’audiovisuel et du digital. Reste une question simple : une émission sur les médias coproduite par un grand groupe de contenus et adossée à une marque du même groupe saura-t-elle s’autoriser les angles qui fâchent, sur ses programmes, ses propres méthodes, ses propres dépendances publicitaires (Webedia est une régie publicitaire), ou ses propres réseaux d’influence ?
Selon Télé 7 Jours l’incarnation aurait été confiée à Virginie Guilhaume. Mais l’enjeu n’est pas seulement celui d’un visage : il est celui d’un cadre éditorial. Et, ici, le cadre ressemble surtout à une démonstration de force… d’acteurs qui structurent déjà le marché.
Rodolphe Chalamel


