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« Sale Blanc ! » : l’enquête que les grands médias ne veulent pas voir

4 juin 2026 | Temps de lecture : 9 minutes

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Un an après Le racisme antiblanc. L’en­quête inter­dite, le jour­nal­iste François Bous­quet revient avec « Sale Blanc ! » pour doc­u­menter le racisme antiblanc, phénomène omniprésent mais invis­i­bil­isé par les médias cen­traux. Entre antiracisme éli­tiste, dou­ble stan­dard orwellien et réponse aux attaques de Quo­ti­di­en, il dresse un réquisi­toire sans con­ces­sion du cli­mat médi­a­tique contemporain.

Ojim : Vous pub­liez donc « Sale Blanc », sec­ond volet de votre enquête sur le racisme antiblanc, à retrou­ver bien sûr sur le site de La Nou­velle Librairie. Pourquoi avoir décidé de récidiv­er, avec un sec­ond volet ?

François Bous­quet : il faudrait plusieurs vol­umes pour restituer toute la matière recueil­lie, tant elle est abon­dante, sinon surabon­dante. J’ai accu­mulé des cen­taines d’heures de témoignages. Le dip­tyque m’a paru être la bonne for­mule : suff­isam­ment ample pour faire appa­raître les struc­tures pro­fondes du phénomène, sans non plus se répéter. À tra­vers ces deux livres, j’ai voulu dress­er un tableau exhaus­tif pour dessin­er le paysage con­tem­po­rain de la haine antifrançaise et antiblanche : non pas un inven­taire de faits divers – le fait divers fait diver­sion –, mais une car­togra­phie du ressentiment.
Je voulais aus­si ren­dre jus­tice à mes témoins dont le sort n’a jusqu’ici guère ému les médias cen­traux. On pour­rait ériger un mon­u­ment d’hommage aux vic­times silen­cieuses du racisme antiblanc dans la plu­part des col­lèges où les Blancs sont minori­taires. Je les vois comme ces stat­ues jugées « colo­niales » qu’on a déboulon­nées out­re-Manche et out­re-Atlan­tique dans un grand fris­son d’expiation religieuse. Mais la com­para­i­son s’arrête là.
Les ado­les­cents dont je racon­te l’histoire n’appartiennent pas aux class­es dom­i­nantes, mais aux caté­gories pop­u­laires déclassées qui ont tout per­du, jusqu’au droit d’être con­sid­érées comme des vic­times légitimes. On les a chas­sées de leur nid. Ain­si procède la stratégie du coucou : expulser les oisil­lons légitimes du nid pour élever à leur place des impos­teurs qui nous détes­tent. Nous avons repro­duit ce mécan­isme à l’échelle de la société. Les par­ents légitimes sym­bol­iques (l’institution, le dis­cours pub­lic, les pro­fesseurs) nour­ris­sent l’intrus au détri­ment de leur progéni­ture, qui a été méthodique­ment sac­ri­fiée au nom de l’antiracisme idéologique. C’est peut-être la forme la plus raf­finée et la plus cru­elle de dom­i­na­tion jamais inventée.

« Pen­sée unique, médias cen­traux, dis­cours insti­tu­tion­nel, c’est un immense mono­logue qui déroule un réc­it uni­voque où le racisme ne peut venir que des Blancs. »

Récem­ment, de nom­breux sondages (Ifop/Licra/JDD) sur le racisme — dont le racisme antiblanc — sont sor­tis dans la presse. Votre ouvrage est le pre­mier du genre à évo­quer ce sujet brûlant. On aurait pu penser que vous auriez naturelle­ment été sol­lic­ité pour l’évoquer dans les médias cen­traux — ce qui n’a pas été le cas. Sur vos réseaux, vous par­lez de cen­sure médi­a­tique. C’est-à-dire ?

F.B. : Avant même la pro­pa­gande, il y a l’invisibilisation, la pre­mière des fauss­es nou­velles étant l’absence de nou­velles. Autrement dit, « no news » est la pre­mière des fake news. On est face à un immense dis­posi­tif de neu­tral­i­sa­tion de l’information qui fonc­tionne comme les murs antibruit sur les autoroutes. Ces murs ne sup­pri­ment pas la cir­cu­la­tion, ils empêchent sim­ple­ment qu’on l’entende. Même chose du racisme antiblanc : il s’agit de le main­tenir hors du champ de per­cep­tion afin qu’il demeure un phénomène sans exis­tence médiatique.
La pen­sée unique a ain­si créé un réc­it à sens unique où toute cri­tique de fond a été ban­nie. Pen­sée unique, médias cen­traux, dis­cours insti­tu­tion­nel, c’est un immense mono­logue qui déroule un réc­it uni­voque où le racisme ne peut venir que des Blancs. Tout ce qui con­tred­it ce dis­cours est occulté : de la con­ju­ra­tion du silence au « shad­ow ban­ning ». Ne reste plus qu’une parole orwelli­enne où les vic­times du racisme antiblanc doivent se soumet­tre à des cul­tures et des reli­gions qui leur sont résol­u­ment hos­tiles, où les étrangers ne doivent pas s’assimiler à nos mœurs, mais nous aux leurs. Si, dans le monde réelle­ment ren­ver­sé dépeint par Guy Debord, le vrai est un moment du faux, ce n’est plus le cas dans le nôtre : le faux est devenu l’horizon général.

« La cen­sure con­tem­po­raine n’a plus les mains sales : elle est dev­enue pro­pre, furtive, algorithmique. »

On remar­que d’ailleurs que la cen­sure se généralise : on cen­sure des plate­formes (Fdes­ouche) ou des sujets (Hen­ry Nowak poignardé à mort en décem­bre 2025 en Grande-Bre­tagne, Iry­na Zarut­ska égorgée à Char­lotte en août dernier…) Dans le même temps, les jour­nal­istes et les poli­tiques, dites-vous, exploitent sans ver­gogne les agres­sions racistes, celles des Blancs envers les extra-Européens. Com­ment analy­sez-vous ce deux poids deux mesures ?

F.B. : La cen­sure con­tem­po­raine n’a plus les mains sales : elle est dev­enue pro­pre, furtive, algo­rith­mique. Un clic suf­fit, comme une nou­velle guil­lo­tine qui vous con­damn­erait à la mort médi­a­tique. Déréférence­ment, démonéti­sa­tion, fer­me­ture de compte… La nou­veauté, c’est que la cen­sure se présente comme son con­traire. Elle invoque le plu­ral­isme pour restrein­dre la plu­ral­ité, elle bran­dit la lib­erté d’expression pour en fix­er les lim­ites. Telle est l’antiphrase, la grande fig­ure rhé­torique du total­i­tarisme selon George Orwell. Le min­istère de la Vérité pro­duit le men­songe, le min­istère de la Paix organ­ise la guerre et celui de l’Amour admin­istre la peur. Notre époque a sim­ple­ment per­fec­tion­né le procédé. À ce ren­verse­ment accusatoire, cor­re­spond dans le champ des représen­ta­tions l’asymétrie ou le dou­ble stan­dard. C’est tou­jours le monde d’Orwell, mais cette fois-ci celui de La Ferme des animaux.
L’article pre­mier de la Déc­la­ra­tion des droits de l’homme et du citoyen de 1789 proclame que les hommes sont libres et égaux devant la loi. En vérité, seuls cer­tains d’entre eux le sont, ou, comme le dit Orwell, « tous les ani­maux sont égaux, mais cer­tains sont plus égaux que d’autres ». Pas Hen­ry Nowak ni Iry­na Zarut­ska. Leur mort atroce n’a entraîné aucune vague de protes­ta­tion mon­di­ale, au con­traire de celle de George Floyd. Leur casi­er judi­ci­aire était pour­tant vierge, pas celui de George Floyd. Ils étaient inno­cents, ce qui n’était pas le cas de George Floyd, qui venait de faire des achats avec de faux bil­lets. Etc. La vérité, c’est qu’il n’y a pas de priv­ilège blanc, seule­ment un hand­i­cap blanc.

Par­mi les con­cepts que vous développez dans votre ouvrage, il y a celui du « Grand Blanc con­tre Petit Blanc ». Pou­vez-vous nous l’expliquer ? Les jour­nal­istes ou les dirigeants des grands médias peu­vent-ils être assim­ilés à des « Grands Blancs » ? (Exem­ple : Aymer­ic Caron prône le vivre-ensem­ble mais inscrit sa fille dans une école privée versaillaise).

Le grand Blanc est la seule caté­gorie de Blancs pour laque­lle il y a un priv­ilège : le priv­ilège du grand Blanc. Le grand Blanc est le prin­ci­pal pour­fend­eur du petit Blanc pré­sumé être xéno­phobe, pop­uliste ou d’extrême droite. Le grand Blanc appar­tient à ce que l’historien améri­cain Christo­pher Lasch appelait la « minorité civil­isée », qui détient le mono­pole de pro­duc­tion de la parole autorisée. Elle règne sur les uni­ver­sités, les rédac­tions, les maisons d’édition, les insti­tu­tions cul­turelles, les par­lements, les plateaux de télévi­sion, les écoles de jour­nal­isme, le monde artis­tique. Le grand Blanc peut avoir un cap­i­tal économique, mais son vrai pou­voir c’est le cap­i­tal cul­turel. Il est sur­diplômé (jusqu’aux intel­los pré­caires). Il par­le en chaire (jusque dans les ter­rass­es des cafés). Il s’appelle indif­férem­ment Vir­ginie Despentes, Patrick Cohen ou Thomas Piket­ty, qui en a don­né la déf­i­ni­tion la plus juste, lui qui un jour a par­lé de « gauche brah­mane ». Dans l’Inde tra­di­tion­nelle, les brah­manes for­maient la caste la plus élevée, celle des prêtres et des let­trés. De fait, le gauchisme s’est mué en aris­to­cratie sac­er­do­tale, une caste de clercs qui affecte de s’intéresser aux intouch­ables (les immi­grés), tout en se gar­dant bien d’en partager le sort. Il est d’ailleurs révéla­teur que Piket­ty ait choisi cette analo­gie. Forts de leur peau blanche, les brah­manes mépri­saient les peaux cuiv­rées et hiérar­chi­saient le monde selon une stricte échelle de pureté et d’impureté. Même chose des grands Blancs. On le voit à leurs straté­gies rési­den­tielles (gen­tri­fiées) et sco­laires pour leurs enfants (con­tourne­ment de la carte sco­laire). Pos­ture du vivre-ensem­ble et impos­ture de l’entre-soi. C’est vrai de San­drine Rousseau et de son frère qui arbore un T‑shirt « Eat the rich » devant sa piscine lux­ueuse, de Math­ieu Kasso­vitz et son hôtel par­ti­c­uli­er, de Mari­na Foïs, enfant de la grande bour­geoisie, de Pap Ndi­aye et de ses enfants à l’École alsacienne…

« Yann Barthès est un petit mar­quis audio­vi­suel infatué de lui-même, per­suadé que le ricane­ment débile tient lieu de pensée. »

Récem­ment, Quo­ti­di­en vous a con­sacré deux pastilles (à charge). Math­ieu Pigasse en a prof­ité pour railler votre com­bat et la cri­tique que vous avez faite de la « bunkeri­sa­tion » de ses locaux à Porte de Clig­nan­court. Votre demande de droit de réponse n’a par ailleurs pas été enten­due. Qu’auriez-vous souhaité leur répondre ?

F.B. : Que l’élégance, la déon­tolo­gie jour­nal­is­tique et la loi com­mandaient un droit de réponse, mais que le seul droit qu’on nous con­cède, c’est celui de nous taire. Yann Barthès est un petit mar­quis audio­vi­suel infatué de lui-même, per­suadé que le ricane­ment débile tient lieu de pen­sée. Il fau­dra faire un jour le por­trait de cet assor­ti­ment ridicule de cos­tume-cra­vate et de ten­nis flashy, de morgue et de morve, d’arrogance et d’insignifiance. Roquet et per­ro­quet, le pre­mier aboie, le sec­ond répète. La suff­i­sance qui marche au bras de l’insuffisance. Le néant qui se donne des airs de pro­fondeur. Ses chroniqueurs ne dépareil­lent pas dans l’ensemble, ils mari­ent l’art du fay­otage médi­a­tique et celui du léchage de pieds, tou­jours du bon côté du manche, tout en jouant les rebelles de plateau. Philippe Muray les avait épinglés d’une for­mule défini­tive : les « mutins de Panurge ». Ils ne se rebel­lent que pour mieux s’aligner. C’est la quin­tes­sence du fes­tivisme et du conformisme.

Pour vous pro­cur­er l’essai : « Sale Blanc ! » Le racisme qu’on ne veut pas voir (éd. La Nou­velle Librairie, 2026).

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