Un an après Le racisme antiblanc. L’enquête interdite, le journaliste François Bousquet revient avec « Sale Blanc ! » pour documenter le racisme antiblanc, phénomène omniprésent mais invisibilisé par les médias centraux. Entre antiracisme élitiste, double standard orwellien et réponse aux attaques de Quotidien, il dresse un réquisitoire sans concession du climat médiatique contemporain.
Ojim : Vous publiez donc « Sale Blanc », second volet de votre enquête sur le racisme antiblanc, à retrouver bien sûr sur le site de La Nouvelle Librairie. Pourquoi avoir décidé de récidiver, avec un second volet ?
François Bousquet : il faudrait plusieurs volumes pour restituer toute la matière recueillie, tant elle est abondante, sinon surabondante. J’ai accumulé des centaines d’heures de témoignages. Le diptyque m’a paru être la bonne formule : suffisamment ample pour faire apparaître les structures profondes du phénomène, sans non plus se répéter. À travers ces deux livres, j’ai voulu dresser un tableau exhaustif pour dessiner le paysage contemporain de la haine antifrançaise et antiblanche : non pas un inventaire de faits divers – le fait divers fait diversion –, mais une cartographie du ressentiment.
Je voulais aussi rendre justice à mes témoins dont le sort n’a jusqu’ici guère ému les médias centraux. On pourrait ériger un monument d’hommage aux victimes silencieuses du racisme antiblanc dans la plupart des collèges où les Blancs sont minoritaires. Je les vois comme ces statues jugées « coloniales » qu’on a déboulonnées outre-Manche et outre-Atlantique dans un grand frisson d’expiation religieuse. Mais la comparaison s’arrête là.
Les adolescents dont je raconte l’histoire n’appartiennent pas aux classes dominantes, mais aux catégories populaires déclassées qui ont tout perdu, jusqu’au droit d’être considérées comme des victimes légitimes. On les a chassées de leur nid. Ainsi procède la stratégie du coucou : expulser les oisillons légitimes du nid pour élever à leur place des imposteurs qui nous détestent. Nous avons reproduit ce mécanisme à l’échelle de la société. Les parents légitimes symboliques (l’institution, le discours public, les professeurs) nourrissent l’intrus au détriment de leur progéniture, qui a été méthodiquement sacrifiée au nom de l’antiracisme idéologique. C’est peut-être la forme la plus raffinée et la plus cruelle de domination jamais inventée.
« Pensée unique, médias centraux, discours institutionnel, c’est un immense monologue qui déroule un récit univoque où le racisme ne peut venir que des Blancs. »
Récemment, de nombreux sondages (Ifop/Licra/JDD) sur le racisme — dont le racisme antiblanc — sont sortis dans la presse. Votre ouvrage est le premier du genre à évoquer ce sujet brûlant. On aurait pu penser que vous auriez naturellement été sollicité pour l’évoquer dans les médias centraux — ce qui n’a pas été le cas. Sur vos réseaux, vous parlez de censure médiatique. C’est-à-dire ?
F.B. : Avant même la propagande, il y a l’invisibilisation, la première des fausses nouvelles étant l’absence de nouvelles. Autrement dit, « no news » est la première des fake news. On est face à un immense dispositif de neutralisation de l’information qui fonctionne comme les murs antibruit sur les autoroutes. Ces murs ne suppriment pas la circulation, ils empêchent simplement qu’on l’entende. Même chose du racisme antiblanc : il s’agit de le maintenir hors du champ de perception afin qu’il demeure un phénomène sans existence médiatique.
La pensée unique a ainsi créé un récit à sens unique où toute critique de fond a été bannie. Pensée unique, médias centraux, discours institutionnel, c’est un immense monologue qui déroule un récit univoque où le racisme ne peut venir que des Blancs. Tout ce qui contredit ce discours est occulté : de la conjuration du silence au « shadow banning ». Ne reste plus qu’une parole orwellienne où les victimes du racisme antiblanc doivent se soumettre à des cultures et des religions qui leur sont résolument hostiles, où les étrangers ne doivent pas s’assimiler à nos mœurs, mais nous aux leurs. Si, dans le monde réellement renversé dépeint par Guy Debord, le vrai est un moment du faux, ce n’est plus le cas dans le nôtre : le faux est devenu l’horizon général.
« La censure contemporaine n’a plus les mains sales : elle est devenue propre, furtive, algorithmique. »
On remarque d’ailleurs que la censure se généralise : on censure des plateformes (Fdesouche) ou des sujets (Henry Nowak poignardé à mort en décembre 2025 en Grande-Bretagne, Iryna Zarutska égorgée à Charlotte en août dernier…) Dans le même temps, les journalistes et les politiques, dites-vous, exploitent sans vergogne les agressions racistes, celles des Blancs envers les extra-Européens. Comment analysez-vous ce deux poids deux mesures ?
F.B. : La censure contemporaine n’a plus les mains sales : elle est devenue propre, furtive, algorithmique. Un clic suffit, comme une nouvelle guillotine qui vous condamnerait à la mort médiatique. Déréférencement, démonétisation, fermeture de compte… La nouveauté, c’est que la censure se présente comme son contraire. Elle invoque le pluralisme pour restreindre la pluralité, elle brandit la liberté d’expression pour en fixer les limites. Telle est l’antiphrase, la grande figure rhétorique du totalitarisme selon George Orwell. Le ministère de la Vérité produit le mensonge, le ministère de la Paix organise la guerre et celui de l’Amour administre la peur. Notre époque a simplement perfectionné le procédé. À ce renversement accusatoire, correspond dans le champ des représentations l’asymétrie ou le double standard. C’est toujours le monde d’Orwell, mais cette fois-ci celui de La Ferme des animaux.
L’article premier de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 proclame que les hommes sont libres et égaux devant la loi. En vérité, seuls certains d’entre eux le sont, ou, comme le dit Orwell, « tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres ». Pas Henry Nowak ni Iryna Zarutska. Leur mort atroce n’a entraîné aucune vague de protestation mondiale, au contraire de celle de George Floyd. Leur casier judiciaire était pourtant vierge, pas celui de George Floyd. Ils étaient innocents, ce qui n’était pas le cas de George Floyd, qui venait de faire des achats avec de faux billets. Etc. La vérité, c’est qu’il n’y a pas de privilège blanc, seulement un handicap blanc.
Parmi les concepts que vous développez dans votre ouvrage, il y a celui du « Grand Blanc contre Petit Blanc ». Pouvez-vous nous l’expliquer ? Les journalistes ou les dirigeants des grands médias peuvent-ils être assimilés à des « Grands Blancs » ? (Exemple : Aymeric Caron prône le vivre-ensemble mais inscrit sa fille dans une école privée versaillaise).
Le grand Blanc est la seule catégorie de Blancs pour laquelle il y a un privilège : le privilège du grand Blanc. Le grand Blanc est le principal pourfendeur du petit Blanc présumé être xénophobe, populiste ou d’extrême droite. Le grand Blanc appartient à ce que l’historien américain Christopher Lasch appelait la « minorité civilisée », qui détient le monopole de production de la parole autorisée. Elle règne sur les universités, les rédactions, les maisons d’édition, les institutions culturelles, les parlements, les plateaux de télévision, les écoles de journalisme, le monde artistique. Le grand Blanc peut avoir un capital économique, mais son vrai pouvoir c’est le capital culturel. Il est surdiplômé (jusqu’aux intellos précaires). Il parle en chaire (jusque dans les terrasses des cafés). Il s’appelle indifféremment Virginie Despentes, Patrick Cohen ou Thomas Piketty, qui en a donné la définition la plus juste, lui qui un jour a parlé de « gauche brahmane ». Dans l’Inde traditionnelle, les brahmanes formaient la caste la plus élevée, celle des prêtres et des lettrés. De fait, le gauchisme s’est mué en aristocratie sacerdotale, une caste de clercs qui affecte de s’intéresser aux intouchables (les immigrés), tout en se gardant bien d’en partager le sort. Il est d’ailleurs révélateur que Piketty ait choisi cette analogie. Forts de leur peau blanche, les brahmanes méprisaient les peaux cuivrées et hiérarchisaient le monde selon une stricte échelle de pureté et d’impureté. Même chose des grands Blancs. On le voit à leurs stratégies résidentielles (gentrifiées) et scolaires pour leurs enfants (contournement de la carte scolaire). Posture du vivre-ensemble et imposture de l’entre-soi. C’est vrai de Sandrine Rousseau et de son frère qui arbore un T‑shirt « Eat the rich » devant sa piscine luxueuse, de Mathieu Kassovitz et son hôtel particulier, de Marina Foïs, enfant de la grande bourgeoisie, de Pap Ndiaye et de ses enfants à l’École alsacienne…
« Yann Barthès est un petit marquis audiovisuel infatué de lui-même, persuadé que le ricanement débile tient lieu de pensée. »
Hier soir, Quotidien a consacré de longues minutes à faire mon procès et celui de mon nouveau livre “Sale Blanc”. Le tout avec des informations erronées et biaisées mais surtout sans aucun contradictoire.
Et évidemment, impossible de faire valoir mon droit de réponse. @Qofficiel pic.twitter.com/rRSRuMtZH4
— François Bousquet (@Bousquet_FR) April 22, 2026
Récemment, Quotidien vous a consacré deux pastilles (à charge). Mathieu Pigasse en a profité pour railler votre combat et la critique que vous avez faite de la « bunkerisation » de ses locaux à Porte de Clignancourt. Votre demande de droit de réponse n’a par ailleurs pas été entendue. Qu’auriez-vous souhaité leur répondre ?
F.B. : Que l’élégance, la déontologie journalistique et la loi commandaient un droit de réponse, mais que le seul droit qu’on nous concède, c’est celui de nous taire. Yann Barthès est un petit marquis audiovisuel infatué de lui-même, persuadé que le ricanement débile tient lieu de pensée. Il faudra faire un jour le portrait de cet assortiment ridicule de costume-cravate et de tennis flashy, de morgue et de morve, d’arrogance et d’insignifiance. Roquet et perroquet, le premier aboie, le second répète. La suffisance qui marche au bras de l’insuffisance. Le néant qui se donne des airs de profondeur. Ses chroniqueurs ne dépareillent pas dans l’ensemble, ils marient l’art du fayotage médiatique et celui du léchage de pieds, toujours du bon côté du manche, tout en jouant les rebelles de plateau. Philippe Muray les avait épinglés d’une formule définitive : les « mutins de Panurge ». Ils ne se rebellent que pour mieux s’aligner. C’est la quintessence du festivisme et du conformisme.
Pour vous procurer l’essai : « Sale Blanc ! » Le racisme qu’on ne veut pas voir (éd. La Nouvelle Librairie, 2026).

