Deux hommes agonisent menottés, en répétant qu’ils ne peuvent plus respirer. L’un est devenu le symbole mondial du racisme systémique ; l’autre un fait divers traité avec gêne ou méfiance. Pourquoi certaines victimes deviennent-elles universelles quand d’autres demeurent invisibles ? Seule la première affaire correspondait parfaitement au récit médiatique dominant. Analyse d’un traitement à deux vitesses.
George Floyd, le symbole parfait
Lors de son arrestation le 25 mai 2020 à Minneapolis, aux États-Unis, George Floyd décède, après avoir été menotté et plaqué au sol par le policier Derek Chauvin. La vidéo de huit minutes durant lesquelles l’agent maintient son genou brutalement sur la nuque de Floyd, un toxicomane et délinquant afro-américain, explose alors sur les réseaux sociaux, faisant le tour des médias occidentaux en 24 heures. La scène, accablante, est devenue immédiatement un symbole mondial, en plein premier mandat de Donald Trump.
S’en est suivie une vague de soutien massive. Des manifestations – qui ont tourné à l’émeute aux États-Unis (32 morts) – organisées jusqu’en Europe, des chansons et des œuvres d’art produites, le prix Pulitzer décerné à la vidéaste qui a filmé l’agonie de Floyd, une pétition en ligne « Justice pour George Floyd » relayée par tous les grands médias, et des genoux à terre à chaque occasion (notamment pour des rencontres sportives : pendant plus de deux ans les joueurs du championnat anglais de football ont commencé tous les matchs par mettre un genou à terre).
En France, l’affaire a provoqué une déflagration médiatique. Débats en continu, unes de journaux, tribunes, importation du vocabulaire de Black Lives Matter : le nom de George Floyd s’est imposé partout. L’intoxication médiatique fut massive : sur le site de Libération, 111 articles mentionnent George Floyd entre le 26 mai et le 10 juin 2020 ; sur l’AFP, 11 571 dépêches évoquent George Floyd depuis 2020.
Henry Nowak, l’antiracisme tue
Le 3 décembre 2025, Henry Nowak, un étudiant britannique blanc de 18 ans, a été assassiné par Vickrum Digwa, un sikh de 23 ans, à Southampton, en Angleterre. Ce dernier s’est présenté aux policiers comme la victime d’une agression raciste. Lors de l’appel à la police passé par le frère du meurtrier, ce dernier affirme avoir été « attaqué racialement par une personne blanche ». Dans la vidéo, Digwa affirme que la victime lui a arraché son turban. Une accusation fausse visant à renverser la culpabilité, la famille Digwa ayant aidé à dissimuler le crime (sa mère ayant notamment caché le couteau utilisé).
Les policiers ont privilégié cette accusation de racisme avant même de comprendre la situation, menottant le jeune Nowak alors qu’il était déjà au sol, en train d’agoniser. Les images de la bodycam d’un policier montrent Nowak répétant à neuf reprises qu’il ne pouvait pas respirer, affirmant avoir été poignardé et implorant de l’aide. Un agent lui répond alors : « Je ne crois pas que vous ayez été poignardé, mon pote ». Henry mourra peu après avoir été menotté. L’agresseur a davantage été cru que la victime.
🇬🇧 Bodycam footage has been released showing Henry Nowak begging for an ambulance before being handcuffed behind his back.
Nowak: “I’ve been stabbed”
Officer: “I don’t think you have mate”
Follow: @europa pic.twitter.com/WqYV760Y14
— Europa.com (@europa) June 1, 2026
L’affaire n’a commencé à faire du bruit qu’au mois de mai 2025, quand des éléments du procès ont été diffusés ; et plus encore à partir du 1ᵉʳ juin, avec la condamnation du meurtrier à 21 ans de réclusion et la diffusion de la vidéo de l’arrestation de Henry. Relayée par Elon Musk sur X, fustigeant au passage le silence de mort des médias dominants, puis par une bonne partie des influenceurs de droite européenne, une vive émotion s’est propagée en Grande-Bretagne où l’affaire est devenue politique. Reprise par les médias britanniques et plusieurs partis politiques, elle a émergé dans la foulée, mais lentement, dans la grande presse française.
Send the video to everyone you know showing how heinously Nowak was treated by the police in his dying moments and how the police cravenly kowtowed to his murderer.
Legacy mainstream media, same ones who wrote about George Floyd millions of times, are dead silent about Nowak.
— Elon Musk (@elonmusk) June 2, 2026
Un traitement médiatique radicalement opposé
La comparaison des deux séquences médiatiques est éclairante. Car si les contextes diffèrent, les deux affaires présentent des images d’une puissance comparable : un homme menotté, agonisant, implorant les forces de l’ordre. Pourtant, les grands médias français n’ont pas traité ces deux morts de la même manière, ni selon les mêmes catégories morales et politiques.
L’écart de visibilité est spectaculaire. Depuis 2020, les médias, surtout ceux qui penchent à gauche (Radio France, France Télé, Le Monde, Libération ou L’Humanité), regorgent d’articles mentionnant George Floyd : reportages, analyses, éditoriaux, chroniques culturelles, entretiens, podcasts, critiques de films ou de livres. Dans Le Monde, le nom de Floyd apparaît même jusque dans des articles sur la photographie, la littérature ou les Oscars.
Pour l’heure, entre le 1ᵉʳ et le 3 juin, l’affaire Nowak n’a été traitée que par une trentaine d’articles dans les principaux médias, la majorité reprenant la dépêche AFP sur le verdict du procès. Les premiers articles substantiels proviennent de médias alternatifs, conservateurs ou identitaires, avant des reprises tardives via l’AFP ou des médias comme le JDD et CNews.
Pour les médias dominants, l’affaire est « alimentée par l’extrême droite »
Les médias centraux évoquent cette affaire tardivement, principalement pour critiquer les prises de positions politiques de Nigel Farage de Reform UK et de Rupert Lowe de Restore Britain.
Lorsqu’il a fallu couvrir les manifestations (qui tenaient davantage de l’émeute) pour George Floyd, le ton de France Info était bien sûr radicalement différent :

La couverture médiatique de l’affaire Nowak se limite donc, au mieux, à évoquer les retombées du drame, et non le drame en lui-même, au pire à fustiger l’instrumentalisation politique.

Le Monde a ainsi repris la dépêche AFP rapportant la condamnation du meurtrier du jeune Nowak le 1ᵉʳ juin, avant de publier 48 heures plus tard un article de sa correspondante à Londres Cécile Ducourtieux sur « l’instrumentalisation » de l’affaire par « l’extrême droite ». Le quotidien du soir n’avait pas accusé les mouvances antiracistes d’avoir instrumentalisé la mort de Georges Floyd :

George Floyd : le racisme systémique imaginaire
La différence essentielle tient au cadre idéologique des deux affaires. Dans le cas George Floyd, le récit médiatique s’est immédiatement structuré autour du racisme. Le narratif s’est imposé sans peine : un homme noir victime d’un policier blanc confirmait le racisme institutionnel américain. Floyd devenait un symbole mondial des violences policières, de l’histoire raciale américaine et, par extension, des discriminations occidentales.
Cette intention raciste n’a pourtant pas été retenue comme chef d’accusation ni comme circonstance aggravante lors du procès du policier Derek Chauvin. Aucun élément factuel (propos racistes, appartenance à un groupe suprémaciste) n’a été produit pour l’établir. Pourtant, dans les médias français, cette lecture des évènements s’est imposée. Tout comme ont été diffusées les notions de « racisme systémique » ou de « privilège blanc ».
Dès le 26 mai 2020, les journaux français titraient en soulignant la couleur de peau de la victime.

- Source : L’Obs
- Source : Le Monde
- Source : Libération
Henry Nowak, une victime avec la mauvaise couleur de peau
Le traitement de l’affaire Henry Nowak est inverse, alors que l’accusation raciale est centrale. L’accusation mensongère de racisme, le fait que les policiers aient immédiatement considéré la victime comme un suspect potentiel, ou encore la crainte d’être accusé de discrimination raciale seront-ils traités honnêtement par la presse de gauche, pourtant si prompte à dégainer l’accusation de racisme quand la situation est inverse ? Rappelons-nous l’édito sur France 5 de Patrick Cohen relativisant la culpabilité des meurtriers de Thomas Perrotto à Crépol en 2023, qui en est un cas d’école.
Cette différence de traitement révèle une hiérarchie explicite des victimes médiatiques, mais surtout le poids des narratifs. George Floyd s’inscrivait parfaitement dans les grilles narratives dominantes des médias occidentaux : minorité opprimée, violence policière, héritage racial, mobilisation progressiste mondiale. L’affaire offrait un récit cohérent, immédiatement intégrable dans le cadre idéologique des médias centraux. Le cas Nowak perturbe les catégories habituelles de ces derniers.
Henry Nowak n’aura droit à aucune reconnaissance, aucun genou à terre, rien d’autre que quelques articles venant critiquer la récupération de son calvaire par l’extrême droite. La vie des Blancs n’a manifestement guère d’importance pour les médias dominants.
Anthony Marinier

