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Saint-Nazaire : un directeur de média indépendant en garde à vue pour… 37,60 €

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24 mars 2015

Temps de lecture : 4 minutes
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Saint-Nazaire : un directeur de média indépendant en garde à vue pour… 37,60 €

Temps de lecture : 4 minutes

Un journaliste indépendant, directeur d’un média libre nazairien, a été mis en garde à vue au début de la semaine dernière pour 37,60 €. L’homme, âgé de 65 ans, a été retenu pendant près de 20 heures pour une histoire somme toute très légère. Mais cette garde à vue incongrue pourrait être liée à des intrigues politiques beaucoup plus profondes.

Jean-Bap­tiste Rochard est directeur du média libre nazairien Medi­aweb. Avec la radio bauloise Kernews, Medi­aweb, décliné en sites com­mu­naux (Saint-Nazaire infos, Por­nichet Infos, etc…) est le seul média libre de la presqu’île. L’o­rig­ine de l’af­faire est presque anec­do­tique : en décem­bre, alors qu’il récupère d’un infarc­tus, Jean-Bap­tiste Rochard doit pay­er un petit com­merçant et prend le pre­mier chéquier qui lui tombe sous la main pour émet­tre un chèque de 37,60 € qu’il lui envoie. Mais le com­merçant con­state, en essayant de l’en­caiss­er, que ce chèque est émis sur un compte clô­turé. Et pour cause : le chéquier qui traî­nait sur la table avait près de dix ans. Impos­si­bil­ité de join­dre l’émet­teur ? Énerve­ment ? Il dépose une plainte. Une con­vo­ca­tion est envoyée en let­tre recom­mandée avec AC au directeur de média, qui se déplace, le lun­di 16 mars vers 14h45. Et se voit sig­ni­fi­er par la police de Saint-Nazaire une garde à vue pour ce motif. On prévient son avo­cat habituel, Me Denis Lambert.

L’in­téressé est car­diaque. Si bien qu’à l’hôpi­tal de Saint-Nazaire, une bat­terie d’ex­a­m­ens lui sont faits pour véri­fi­er qu’il est en bonne san­té. À son retour, on lui dit que l’af­faire finan­cière est trop impor­tante pour qu’il soit enten­du par n’im­porte quel Offici­er de police judi­ci­aire. Pensez, 37 euros 60 cen­times ! Si bien qu’il passera la nuit, sur une planche, sans cou­ver­ture, puis sera enten­du le lende­main matin. Il ne sor­ti­ra que le mar­di 17 vers 11 h 30. À la fin, on lui con­seillera d’aller pay­er le plaig­nant sous 36 heures, afin que l’af­faire soit classée. L’af­faire — qui ne méri­tait peut-être pas 20 heures de garde à vue — aura coûté bien plus cher à la jus­tice, c’est à dire à tous, entre le for­fait de l’av­o­cat (360 euros) et les exa­m­ens à l’hôpital.

Ce qui sur­prend, c’est que les policiers aient jus­ti­fié cette garde à vue par l’im­pos­si­bil­ité de join­dre le directeur de média — ce qui est dif­fi­cile à croire, les jour­nal­istes (et lui en par­ti­c­uli­er) étant joignables qua­si­ment 24 heures sur 24. Sor­ti des geôles nazairi­ennes, Rochard a accusé l’UMP d’être respon­s­able de sa garde à vue, qu’il qual­i­fie de “brimade” due à “une cabale de l’UMP”. Une accu­sa­tion qui n’est pas anodine, car à Saint-Nazaire il n’y a pas que l’his­toire des Mis­trals pour défray­er la chronique.

À Saint-Nazaire, l’inim­i­tié entre Gatien Meu­nier, le chef local de l’UMP, et Medi­aweb (et plus générale­ment tous les jour­nal­istes qui n’en­tre­ti­en­nent pas au moins une neu­tral­ité bien­veil­lante à son égard) est un secret de polichinelle ; elle remonte d’ailleurs à la fin du man­dat de Sarkozy. “Mais il faut remon­ter plus loin”, nous pré­cise un habi­tant de la Presqu’île bien au courant du dessous des cartes : “pour des raisons liées à son passé, Jean-Bap­tiste Rochard a beau­coup de con­tacts au sein de la droite locale et notam­ment avant l’ar­rivée de la famille Pinte, voire de Guichard ; il est au courant de bien des choses” On nous a con­fir­mé par ailleurs que le fait que Medi­aweb donne la parole à des gens de droite mécon­tents de la ges­tion de l’UMP à Saint-Nazaire et dans le départe­ment, comme ce mil­i­tant, ne plaît pas beau­coup en haut lieu au sein de ce par­ti, dont les décideurs locaux dépen­dent de François Fillon.

Par ailleurs le sous-préfet actuel de Saint-Nazaire, Emmanuel Bor­deau, est réputé être un proche de Nico­las Sarkozy qui l’a nom­mé à ce poste. Dans ce thriller poli­tique de sous-pré­fec­ture appa­raît aus­si le vice-pro­cureur Blin, qui con­naît déjà M. Rochard ; ce dernier l’é­gratigne dans son accu­sa­tion : “le vice-pro­cureur Blin qui s’acharne con­tre moi dans la liq­ui­da­tion de la régie pub­lic­i­taire iNou­velles pronon­cée en févri­er 2013″. Société effec­tive­ment en cours de liq­ui­da­tion qui était la régie pub­lic­i­taire de Medi­aweb, un média lui-même très mal en point. “Leur but, c’est de me faire taire”, estime Jean-Bap­tiste Rochard lui-même.

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