Accueil E Veille médias E Réseaux sociaux « interdits » aux moins de 15 ans : l’Élysée rattrapé par le droit, l’Australie tient tête à Meta

Réseaux sociaux « interdits » aux moins de 15 ans : l’Élysée rattrapé par le droit, l’Australie tient tête à Meta

12 mars 2026 | Temps de lecture : 3 minutes

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En France, la promesse prési­den­tielle d’interdire les réseaux soci­aux aux moins de 15 ans se heurte déjà à un obsta­cle majeur : le Con­seil d’État a forte­ment raboté le dis­posi­tif par­lemen­taire dont l’exécutif s’inspire. Pen­dant ce temps, l’Australie applique sa loi… et Meta organ­ise la riposte.

Emmanuel Macron avait fait de la « majorité numérique » un objec­tif de sa déli­cate fin de man­dat, en annonçant un texte gou­verne­men­tal visant une entrée en vigueur au 1ᵉʳ sep­tem­bre 2026.

Mais, à peine le débat relancé, l’architecture juridique vac­ille : l’avis du Con­seil d’État a con­duit à une réécri­t­ure pro­fonde de la propo­si­tion de loi exam­inée mi-jan­vi­er à l’Assemblée, frag­ilisant par ric­o­chet le pro­jet du président.

Le Conseil d’État rappelle une évidence : Bruxelles a la main

Dans son avis ren­du pub­lic, la plus haute juri­dic­tion admin­is­tra­tive souligne que le DSA (Dig­i­tal Ser­vices Act) procède à une « har­mon­i­sa­tion exhaus­tive » des oblig­a­tions pesant sur les plate­formes : les États peu­vent fix­er des règles de poli­tique sociale (par exem­ple un âge min­i­mal), mais « ne peu­vent pas impos­er d’obligations sup­plé­men­taires aux plateformes ».

Autrement dit : l’idée sim­ple d’obliger Tik­Tok, Insta­gram ou X à véri­fi­er l’âge, par la seule loi française, se heurte au mur européen.

Le Con­seil d’État pro­pose donc un ren­verse­ment de logique : rem­plac­er l’obligation imposée aux plate­formes par une inter­dic­tion for­mulée côté usager (« Il est inter­dit au mineur de quinze ans d’accéder… »). Il note ensuite qu’une telle inter­dic­tion pour­rait ren­dre l’accès des moins de 15 ans à ces ser­vices « illicite » au sens du DSA, déclen­chant les mécan­ismes de retrait de « con­tenus illicites ». Sur le papi­er, l’objectif demeure mais le levi­er change, et le réc­it poli­tique s’en trou­ve sérieuse­ment dégonflé.

Une fin de règne conflictuelle

Au-delà des résis­tances juridiques et européennes, l’affaire dévoile des frac­tures poli­tiques internes au par­ti prési­den­tiel dans un con­texte de macro­nisme cré­pus­cu­laire. En effet, l’annonce du dépôt d’un texte gou­verne­men­tal par Emmanuel Macron a suivi de trois semaines le dépôt à l’Assem­blée d’une propo­si­tion de loi visant aus­si à inter­dire les réseaux soci­aux pour les moins de 15 ans. À l’origine du texte : Lau­re Miller, députée macro­niste fidèle au prési­dent de Renais­sance Gabriel Attal.

Ce cré­page de chignon entre Emmanuel Macron et son ancien Pre­mier min­istre Gabriel Attal ne favorise pas l’avancée d’un texte pour lequel le cen­tre pour­rait pour­tant trou­ver des sou­tiens hors de sa base par­lemen­taire. S’investissant con­sid­érable­ment dans la ques­tion de l’information, qui s’apparente à un de ses derniers com­bats à l’Élysée, Emmanuel Macron a même entre­pris un tour de France pour prêch­er la bonne parole dans le pays à ce sujet et devrait ten­ter de par­venir coûte que coûte à un résul­tat, fût-il en demi-teinte.

L’exemple Australie : la loi s’applique, Meta contre-attaque

L’Australie, pays qui a eu recours à une poli­tique de restric­tion des réseaux soci­aux pour les plus jeunes, elle, est allée au bout : l’interdiction des comptes pour les moins de 16 ans est entrée en vigueur le 10 décem­bre 2025, avec des amendes pou­vant attein­dre 49,5 mil­lions de dol­lars aus­traliens en cas de man­que­ments. Un pre­mier bilan fait état d’environ 4,7 mil­lions de comptes de mineurs sup­primés ou restreints.

Mais la bataille con­tin­ue. Meta a publique­ment appelé l’Australie à « recon­sid­ér­er » l’interdiction, plaidant pour une « meilleure solu­tion » cen­trée sur la véri­fi­ca­tion d’âge au niveau des bou­tiques d’applications et l’autorisation parentale. Le géant améri­cain ne devrait pas en rester là.

Un bras de fer qui illus­tre qu’une fois la pre­mière manche poli­tique accom­plie, la bataille avec les plate­formes ne fait que commencer.

Rodolphe Cha­la­mel