Pour la journée mondiale du climat, la Macif a coordonné une opération baptisée « On parle climat » avec Brut, Konbini, Loopsider et HugoDécrypte, pilotée par l’agence Novad. Quatre contenus, un logo commun, des mentions croisées : une démonstration de force narrative et un narratif qui élude toute forme de contradiction.
La Macif a choisi, le 8 décembre, de parler « aux jeunes » via quatre marques médiatiques très installées sur les réseaux sociaux. L’objectif affiché est clair : rappeler que « le changement climatique est l’affaire de tous » et que la « solidarité collective ne peut plus attendre », en harmonisant langage, habillage et circulation des vidéos tout au long de la journée.
Quatre formats, une même voix
Sur le papier, la mécanique est efficace. Konbini ouvre avec des échanges entre enfants et le directeur de l’Engagement de la Macif. Brut s’attarde sur le réemploi et l’économie circulaire dans l’habitat. Loopsider illustre les effets concrets d’aléas climatiques à travers des témoignages d’habitants. HugoDécrypte clôture en s’interrogeant sur la neutralité carbone à l’horizon 2050. Le tout a été tourné en une quinzaine de jours, signe d’une opération fortement cadrée dans ce qui s’apparente à un thème qui reste une chasse gardée de la gauche.
La justification stratégique est connue : les 15–25 ans se disent très sensibles aux enjeux environnementaux, mais l’engagement associatif reste limité, témoignant de l’aspect très superficiel de cet « engagement ».
Une enquête de l’Ademe, association très partisane, rappelait déjà en 2023 que seuls 9 % d’entre eux s’impliquaient dans une association de défense de l’environnement, ce qui apparaît déjà très élevé. La Macif entendait donc « rencontrer les jeunes là où ils sont », à travers des formats courts et identifiables sous le haut patronage de l’agence Novad dont le fond de commerce est la responsabilité sociale des entreprises, sorte de catéchisme contemporain à destination du privé pour monnayer une place au paradis écolo-sociétal.
Le risque d’un entre-soi éditorial
C’est ici que l’opération mérite une lecture plus critique. En réunissant quatre médias au positionnement socioculturel largement convergent, la Macif maximise la portée d’un message consensuel, mais réduit mécaniquement la diversité des angles et ne s’encombre pas de pluralisme. L’« alliance inédite » mise en avant ressemble moins à un débat d’idée qu’à une synchronisation de sensibilités déjà compatibles.
Rien d’illégitime, évidemment, à ce qu’un assureur mutualiste finance une prise de parole sur la question de l’écologie qui le concerne directement. L’architecture commune de l’évènement : logo, narration unifiée, relais croisés, brouille clairement la frontière entre information, pédagogie et dispositif de marque. À force de vouloir « faire entendre une seule voix », le climat devient aussi un terrain d’affichage vertueux où l’unanimisme tient parfois lieu de preuve.
Rodolphe Chalamel


