Prétendue agression raciste de Pontivy : France Bleu en difficulté

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Comme nous nous en étions déjà fait écho, suite à la manifestation de nationalistes bretons opposés à l’accueil de migrants à Pontivy le 14 novembre, la radio France Bleu Armorique avait annoncé qu’une agression raciste en réunion avait été perpétrée par les manifestants sur un maghrébin.

Mais plusieurs médias locaux présents lors de cette manifestation passablement tendue avaient démenti cette information. Après que le coup de grâce ait été donné par les pouvoirs publics, France Bleu, forcée de se déjuger – en partie – est en porte-à-faux.

La presse locale indépendante de réinformation a-t-elle à nouveau eu raison contre les médias « mainstream » ? Alors que la presse nationale, dont aucun représentant ne couvrait pourtant la manifestation, reprenait sans vérifier les allégations de France Bleu, le média breton de réinformation Breizh Info qui couvrait la manifestation, infirmait cette nouvelle. La chaîne de télévision publique France 3 se distinguait cependant en s’appuyant sur des sources officielles : « par ailleurs, ni Georges-Yves Guillot, l’élu de Pontivy qui était sur place, ni les gendarmes ne confirment le tabassage d’une personne d’origine maghrébine par les manifestants d’extrême droite ».

Sapée par plusieurs médias et l’OJIM, la position de France Bleu est devenue tout à fait intenable lorsque les pouvoirs publics – en la personne du préfet du Morbihan – révélaient qu’aucune plainte liée à une infraction à caractère raciste n’avait été déposée. France Bleu a été obligée de se déjuger en retirant son article, inaccessible depuis mercredi 18 novembre, et ce, sans que la radio n’ait pris la peine de s’excuser devant son public ou au moins de s’expliquer.

La radio ne s’est cependant déjugée qu’en partie, reportant le feu sur les plaintes déposées – quatre, pour violences – et en changeant son récit de la « ratonnade », qui était censé concerner cette fois, selon le même témoignage de la commerçante, « un monsieur (NDLR : d’origine antillaise) », une précision ajoutée par la rédaction. De deux choses l’une : soit cette précision est entièrement inventée par l’auteur de l’article, soit la commerçante a changé son témoignage, ce qui indique pour le moins qu’il n’est ni sûr ni probant.

Pour toute explication de ces variations de versions et d’accusations que France Bleu s’est permis de proférer, puis de retirer, un court nota bene en fin du nouveau article : « Cet article a été publié dans une première version dimanche, le 15 novembre, sur la foi de plusieurs témoins et nous l’avons modifié après avoir obtenu de nouveaux témoignages et les précisions du parquet de Lorient ». Une phrase sèche, insuffisante, qui en dit long sur le rapport qu’entretient la presse subventionnée à l’égard de l’information – si l’on se plante, un clou chasse l’autre comme une information fausse peut être remplacée par une autre – ce qui est d’autant plus grave pour un média public qui reflète, en partie, l’attachement de la République au caractère véridique et à la fiabilité de l’information.