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Patrick Sébastien fait tourner les serviettes à l’Assemblée, Drucker tient la boutique

4 avril 2026 | Temps de lecture : 3 minutes

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Audi­tion­né le 31 mars par la com­mis­sion d’enquête sur l’audiovisuel pub­lic, Patrick Sébastien a trans­for­mé son pas­sage en réquisi­toire con­tre Del­phine Ernotte. À ses côtés, Michel Druck­er a joué l’exact con­tre­point : défense fidèle d’une « mai­son » dont les vedettes vivent, par­fois très bien, depuis des décennies.

À l’Assemblée, Patrick Sébastien n’a pas seule­ment rou­vert une querelle per­son­nelle. Il a mis en scène, avec son sens habituel de l’effet, une con­tra­dic­tion de plus en plus vis­i­ble à France Télévi­sions : un ser­vice pub­lic cen­sé rompre avec les vieilles rentes, mais qui con­tin­ue de fonc­tion­ner par fidél­ités, réseaux et incar­na­tions instal­lées. Sur ce ter­rain, Del­phine Ernotte est attaquée pour sa bru­tal­ité sup­posée. Michel Druck­er, lui, s’est chargé de rap­pel­er que la bou­tique mérite encore d’être défendue… après plus de six décen­nies passées dans la boîte et tou­jours sur les plateaux à 83 ans passés.

Le règlement de comptes d’un évincé

Patrick Sébastien, tou­jours très remon­té con­tre son ancien employeur depuis son départ fin 2018, a accusé la prési­dente de France Télévi­sions de s’être com­portée en « pro­prié­taire » du groupe, a dénon­cé son évic­tion dans des con­di­tions « très par­ti­c­ulières » et a repris le procès qu’il mène depuis des années con­tre la fameuse phrase sur les « hommes blancs de plus de 50 ans ». Il a aus­si attaqué l’émission Com­plé­ment d’enquête, qu’il accuse d’avoir mené con­tre lui un « procès avec l’argent public ».

Le trait est vio­lent, par­fois brouil­lon, mais poli­tique­ment effi­cace : il per­son­nalise sur Ernotte tout ce que beau­coup reprochent à l’audiovisuel pub­lic, de l’idéologie au mépris social des fig­ures populaires.

Reste qu’il y a une ironie dans l’histoire. Car Patrick Sébastien a longtemps été l’un des grands béné­fi­ci­aires du sys­tème qu’il fustige aujourd’hui. Devant les députés, il a lui-même rap­pelé qu’il dis­po­sait autre­fois de seize prime times annuels avant de voir ses cas­es se réduire. Pen­dant un quart de siè­cle, le ser­vice pub­lic lui a offert une expo­si­tion max­i­male, des ren­dez-vous récur­rents le same­di soir et une instal­la­tion durable dans le paysage télévi­suel français.

Après la rup­ture, la cour d’appel de Paris a con­damné en mai 2024 France Télévi­sions à lui vers­er 331 825 euros pour rup­ture bru­tale des rela­tions com­mer­ciales. Sébastien a certes des raisons d’en vouloir à Ernotte ; il a aus­si, objec­tive­ment, beau­coup gag­né grâce à la machine publique.

Drucker, la fidélité du dernier notable

Face à cette charge, Michel Druck­er a tenu une ligne inverse. Le vétéran a assuré n’avoir « pas sen­ti un change­ment idéologique » à l’arrivée de Del­phine Ernotte et défendu un ser­vice pub­lic qui serait, selon lui, « une grande réus­site ». De son point de vue, con­sid­érant sa longévité, il serait dif­fi­cile de lui don­ner tort.

En quelques phras­es, Druck­er a rap­pelé une vérité anci­enne : les grandes fig­ures de France Télévi­sions ne s’opposent pas toutes à la direc­tion, surtout lorsqu’elles sont encore à l’antenne. Sa défense n’est pas anodine. Elle mon­tre qu’au sein de l’audiovisuel pub­lic, les statuts diver­gent. Sébastien par­le en sor­tant amer, Druck­er en sur­vivant protégé.

Nagui, tou­jours très remon­té con­tre la com­mis­sion d’enquête sur l’audiovisuel, a lui été audi­tion­né le lende­main, en pro­duc­teur puis­sant som­mé de s’expliquer sur l’argent pub­lic et ses liens avec Banijay.

Autrement dit, Ernotte a peut-être mod­ernisé les vis­ages, mais elle n’a pas sup­primé la cour. Elle l’a réor­gan­isée. Et quand un ancien obligé se reb­iffe, un autre est tou­jours là pour rap­pel­er que la « mai­son » doit rester debout.

Pho­to : Serge Otta­viani (CC BY-SA 4.0)

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