Trois ans après son passage sous pavillon AMTD, L’Officiel se retrouve au cœur d’un affrontement judiciaire et patrimonial. La famille Jalou, propriétaire historique, dénonce une opération de « prédation » et des montages destinés à siphonner marques et actifs. Une enquête financière est ouverte à Paris.
Derrière les couvertures glamour et l’image d’une institution née en 1921, le feuilleton révèle une bataille très contemporaine : celle du contrôle d’une marque média mondialisée, de ses licences et de ses archives… Avec en toile de fond, un acquéreur chinois alors que l’Empire du Milieu s’est toujours montré discret, mais pas inactif, dans le secteur médiatique.
De la reprise en 2022 à la rupture
En 2022, le conglomérat chinois AMTD entre au capital du groupe éditorial Jalou, alors en redressement judiciaire, avec un récit de relance à l’international et d’accélération digitale. FashionNetwork, plateforme internationale d’information B2B (business-to-business) spécialisée dans l’actualité de la mode, décrivait une stratégie tournée vers les franchises, le Web3 et la rationalisation du papier.
Dans sa communication, AMTD mettait en avant l’ampleur internationale de la marque (éditions internationales, audiences numériques), tout en présentant l’opération comme une consolidation. (Ces chiffres sont déclaratifs, non des données d’audit de diffusion.)
Une plainte, puis une enquête financière
Le 6 janvier 2026, l’AFP rapporte que le parquet de Paris a confié une enquête à la BRIF après une plainte déposée le 5 mars 2025. La famille Jalou vise des faits allégués de « contrefaçon, fraude fiscale et abus de biens sociaux ». Elle évoque un préjudice « d’au moins 40 millions d’euros » pour les créanciers et conteste un montage autour d’une marque valorisée à près de 85 millions d’euros dans des documents boursiers.
Le point central d’achoppement concerne le plan de redressement courant jusqu’en 2028 qui interdirait de céder ou transférer des fonds de commerce et des marques, ce que les plaignants estiment contourné via des enregistrements à l’étranger et des transferts de licences.
Marques, licences, archives : la bataille des actifs immatériels
Selon l’AFP, les griefs portent sur des montages entre plusieurs places (Paris, Hong Kong, New York, etc.) visant à « dilapider » les actifs, tandis que des partenaires internationaux auraient été invités à traiter directement avec les nouveaux propriétaires. Plus sensible encore, la question des archives photographiques qui seraient « portées disparues » constitue un enjeu patrimonial majeur pour un titre qui capitalise sur un siècle d’images.
À ce stade, il s’agit d’allégations au cœur d’une procédure et le conglomérat AMTD demeure discret, mais dans une période de crise du papier, la vente des titres prestigieux peut être tentante pour des groupes en déclin. Des investisseurs étrangers en mal de renom pourraient bien poursuivre leurs emplettes en France avec le risque de voir des affaires analogues se reproduire avec toujours des suspicions d’ingérences étrangères.
Rodolphe Chalamel


