Accueil E Veille médias E « Musique en résistance » : quand Politis s’invente des luttes pour assurer sa rente culturelle

« Musique en résistance » : quand Politis s’invente des luttes pour assurer sa rente culturelle

2 juillet 2026 | Temps de lecture : 6 minutes

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Tri­bune – Avec 2027 déjà dans les esprits, la gauche cul­turelle sonne la mobil­i­sa­tion générale. Dans son numéro de juin inti­t­ulé « La musique en résis­tance », le mag­a­zine Poli­tis orchestre un numéro spé­cial où artistes, tech­ni­ciens et acteurs du milieu musi­cal se posent en rem­part con­tre l’« extrême droite » fan­tas­mée. Der­rière les grands mots et les con­cepts ver­beux se révèle surtout un réflexe de défense cor­po­ratiste : celui d’une gauche extrême apeurée de per­dre son mono­pole cul­turel. Une mise au point de Xavier Eman. 

À l’approche de l’échéance de l’élection prési­den­tielle, c’est la bous­cu­lade pour rejoin­dre la fan­tas­ma­tique mais néan­moins pres­tigieuse « résis­tance à l’extrême droite ». Ain­si, après la presse « antifa » en rang ser­ré, c’est au tour de la « musique » de pren­dre le maquis ger­manopratin pour défendre la démoc­ra­tie, la lib­erté de créa­tion et plus glob­ale­ment le genre humain, c’est‑à la gauche. C’est en tout cas ce que nous explique le mag­a­zine Poli­tis dans son numéro 1919 de juin 2026, mar­tiale­ment titré « La musique en résis­tance ». On en frémit d’admiration.

En effet, vous ne le saviez peut-être pas, mais la créa­tion musi­cale n’est pas un art, ni un diver­tisse­ment, encore moins un loisir, mais un « révéla­teur des rap­ports de pou­voir, des mod­èles économiques et des imag­i­naires qui struc­turent nos sociétés men­acées par l’extrême droite ». Il était donc bien nor­mal, autant qu’urgent, d’interroger « ses con­di­tions con­crètes d’existence et ce qu’elles dis­ent de notre démoc­ra­tie ». Plongée dans un univers où la pré­ten­tion le dis­pute à la paranoïa.

Voir aus­si : Poli­tis, le jour­nal qui exploitait les clan­des­tins, en croisade con­tre CNews

L’Appel des 1000

En col­lab­o­ra­tion avec le Syn­di­cat des musiques actuelles (SAM) et le col­lec­tif Cul­tures Futures, le numéro s’ouvre sur une énième péti­tion de principe, « l’Appel des 1000 », « porté par des artistes, des tech­ni­cien-nes, des tra­vailleur-ses et des acteur-rices de l’ensemble de l’écosystème musi­cal », par­mi lesquels on retrou­ve, par exem­ple, les inévita­bles Renaud, Bernard Lav­il­liers, Gau­vain Sers ou Dominique A, tous chanteurs dont le pub­lic ne se sig­nale pas vrai­ment par ce grand « métis­sage » et cette indis­pens­able « diver­sité » qu’ils appel­lent tant de leurs vœux.

La ter­reur de tout ce beau monde : l’arrivée au pou­voir, en 2027, d’une « extrême droite » dont le pro­jet (non exprimé mais per­cé à jour par nos experts) est « d’imposer des représen­ta­tions fondées sur l’exclusion, le repli et la hiérar­chie des vies », de « tri­er les exis­tences, dis­ci­plin­er les corps, récupér­er les tra­di­tions, désign­er les indésir­ables » et, hor­reur absolue, de « s’attaquer aux espaces queers » qui, comme cha­cun sait, sont « des lieux d’émancipation ».

Face à cette per­spec­tive cauchemardesque, le mag­a­zine inter­roge notam­ment le très démoc­rate Médine, l’homme qui dans ses morceaux de rap veut « cru­ci­fi­er les laï­cards comme à Gol­go­tha », « met­tre des fat­was sur la tête des cons », et se plaît à explos­er à coups de bâtons, sur scène, des « pinatas » à l’effigie d’élus de la droite nationale.

Guitariste en transition de genre

On appréciera aus­si par­ti­c­ulière­ment la con­tri­bu­tion de la chanteuse et gui­tariste « Arti­e­fi­cielle » qui appelle à « une prise de con­science général­isée à par­tir de l’expérience des corps dif­férents » et dénonce un milieu « déjà vio­lent pour les corps valides mais exigeant un dou­ble tra­vail pour les per­son­nes hand­ies (invis­i­bles ou non) neu­ro­di­ver­gentes » (sic). Ras­surons-nous néan­moins, « Arti­e­fi­cielle » va bien mieux depuis qu’elle a entamé sa tran­si­tion de genre et est désor­mais prête à repar­tir au com­bat, con­clu­ant sa « carte blanche » par ce qui ressem­ble assez large­ment à une men­ace : « Faites-nous de la place, faites atten­tion à nous, écoutez-nous, si vous ne voulez pas que vos corps dis­parais­sent, car nous tra­vail­lons active­ment à faire appa­raître les nôtres. »

Enfin, pour le plaisir (masochiste) des yeux, on reli­ra avec gour­man­dise la con­clu­sion de l’article de la « philosophe écofémin­iste et décolo­niale », Myr­i­am Bahafou, con­sacré aux femmes noires dans l’industrie musi­cale : « Per­son­ne n’a dit de Theodo­ra qu’elle était « révo­lu­tion­naire » à part des médias main­stream qui ont dû aus­si googler la déf­i­ni­tion du BBL [N. D. L. R. : « Brazil­ian Butt Lift », lift­ing brésilien du postérieur] et qui ne con­nais­saient pas l’existence du bouy­on avant cette artiste [N. D. L. R. : genre musi­cal domini­quais]. Cielleux qui l’écoutent à gauche le fond (sic) de la même manière qu’iels écoutent Jul (c’est devenu cool), et à qui l’on doit une cri­tique plus fine et juste. Et les autres font large­ment par­tie des « jeunes » de quartiers pop­u­laires qui, elleux aus­si, ont un peu plus d’esprit cri­tique que ce que vous sem­blez sup­pos­er, et méri­tent plus que de se voir dire d’aller lire Marx et Fed­eri­ci pour être en « droit » de kiffer. »

Mer­ci d’écrire à la rédac­tion pour pro­pos­er une traduction.

Une grille de lecture obsessionnelle

Si plusieurs con­stats et analy­ses, bien qu’assez peu orig­in­aux, ne man­quent pas d’un cer­tain intérêt (con­cen­tra­tion monop­o­lis­tique de l’industrie musi­cale, fer­me­ture des petites salles de spec­ta­cle, dérive tar­i­faire des places de con­certs, développe­ment de l’IA…), ils se fra­cassent sys­té­ma­tique­ment sur la clef unique de com­préhen­sion du monde des divers inter­venants et jour­nal­istes : celle de la men­ace d’un « fas­cisme » jamais défi­ni et sys­té­ma­tique­ment con­fon­du avec l’ultra-libéralisme capitaliste.

Se gar­garisant de « diver­sité » et de « défense de la lib­erté », à aucun moment ils n’interrogent leur pro­pre con­formisme et l’incroyable unic­ité idéologique d’un « milieu musi­cal » tou­jours davan­tage coupé du peu­ple qui n’adhère pas plus à ses « expéri­men­ta­tions » psy­cho-sex­uel­lo-socié­tales qu’à son sys­té­ma­tisme xénophile et anti-national.

Ce qui ressort au final de la lec­ture de ce numéro spé­cial, ce n’est pas tant le sen­ti­ment d’une « entrée en résis­tance » face à une men­ace con­crète, mais bien plus le con­stat d’un réflexe d’autodéfense cor­po­ratiste d’une gauche extrême apeurée de voir son mono­pole sur la « cul­ture » (sub­ven­tion­née) remis en cause et de devoir partager le gâteau avec des mal-pen­sants ne partageant pas ses « valeurs » et sa « vision du monde », c’est-à-dire ayant l’outrecuidance de ne pas penser comme elle.

Le « plu­ral­isme », c’est tou­jours mieux entre-soi.

Xavier Eman
Rédac­teur en chef de la revue Élé­ments

Voir aus­si : L’union fait la farce, « Com­bat » : la presse d’extrême gauche à l’assaut du RN !

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