Militantisme et violence symbolique sur France Inter

19 février 2026 | Temps de lecture : 6 minutes

Peu importe une com­mis­sion d’en­quête sur la neu­tral­ité de l’au­dio­vi­suel pub­lic ! La radio numéro 1 en France per­siste et signe dans une ligne édi­to­ri­ale, qui appa­raît même à cer­tains égards de plus en plus engagée. Retour sur quelques séquences, afin de mieux cern­er une rad­i­cal­ité de plus en plus présente.

Culture et élections

À l’ap­proche des élec­tions munic­i­pales, le rappeur Grünt lance sa « tournée munic­i­pale », une tournée de con­certs « pour la survie de la cul­ture dans tous les ter­ri­toires où elle est men­acée par le pro­jet de société de l’ex­trême droite ». Une tournée relayée par le site d’extrême gauche Street­Press. France Inter fait bruyam­ment la pro­mo­tion de cette tournée et pro­duit un reportage sur la pre­mière qui s’est tenue à Joué-les-Tours, reportage que la radio a large­ment dif­fusé sur les réseaux sociaux.

Voir aus­si : Street­Press, site-vit­rine mais entre­prise réelle de for­matage Idéologique

Le reportage s’ou­vre sur un rappeur qui fait scan­der à la salle le slo­gan « la jeunesse emmerde le Front nation­al » ; puis Jean Morel, le cofon­da­teur de Grünt, explique que « des respon­s­ables asso­ci­at­ifs et des col­lec­tifs vien­nent racon­ter la réal­ité à l’échelle locale de ce que représente la mon­tée de l’ex­trême droite dans nos régions » ; un jeune spec­ta­teur est con­va­in­cu que « qui pré­tend faire du rap sans être poli­tique ne fait rien du tout en réal­ité » ; le directeur de la salle tente ensuite de nous con­va­in­cre « qu’il y a de plus en plus de pres­sions poli­tiques sur les acteurs culturels ».

Plus loin, une jeune fille de 19 ans racon­te avec un grand sourire que « la mon­tée de l’ex­trême droite, c’est quelque chose qui fait peur, quand on voit ce qui se passe aux États-Unis, déjà, et qu’on voit que les poli­tiques d’ex­trême droite en France veu­lent s’en inspir­er, ça fait peur ».

Obser­vons com­bi­en ce témoignage a par­faite­ment inté­gré le dis­cours des médias main­stream, qui se focalisent sur les out­rances de Don­ald Trump sans jamais évo­quer ses réus­sites, et qui essayent de faire un par­al­lèle avec la sit­u­a­tion française. Créer un sujet repous­soir et s’en servir con­tre « l’ex­trême droite », la méth­ode fonc­tionne, notam­ment chez les plus jeunes et les plus influençables.

L’humour comme prétexte

Tout comme la cul­ture, l’hu­mour sur France Inter est mis au ser­vice de la ligne offi­cielle du média. La nou­veauté est que cet humour glisse de plus en plus fréquem­ment vers une détes­ta­tion et une déshu­man­i­sa­tion de cer­taines per­son­nes ou adver­saires. En voici plusieurs exemples :

Dans l’émis­sion Char­line explose les faits du 15 jan­vi­er, Char­line Van­hoe­nack­er com­mente l’in­tro­n­i­sa­tion de Bernard Arnault à l’A­cadémie des sci­ences morales et politiques :

« C’é­tait une sorte de couron­nement, les plus grandes for­tunes de France étaient réu­nies, il y avait Rodolphe Saadé, Patrick Pouyan­né, Mar­tin Bouygues, Xavier Niel, Vin­cent Bol­loré… ils étaient tous là… Donc mar­di à la Coupole, c’é­tait la Bourse de Paris… Imag­inez, s’il y avait eu un prob­lème dans la salle, la fin du cap­i­tal­isme sans révo­lu­tion, par­don, je rêve à voix haute ».

La chronique de Mar­wan Ben­lazar dans l’émis­sion Zoom Zoom Zen du 7 jan­vi­er s’in­ti­t­u­lait « Trop gen­til avec l’ex­trême droite ». L’hu­moriste y dévoile sa con­cep­tion du plu­ral­isme dans les médias :

« On a été trop gen­tils avec l’ex­trême droite… Met­tre un facho au micro, c’est légitimer ses idées… Et sou­vent quand on donne la parole aux racistes, c’est sous cou­vert de « on reçoit tout le monde ici dans Leg­end ». Ça, c’est un truc qui me rend fou, à quel moment c’est devenu un bon argu­ment, à quel moment c’est devenu une bonne chose de recevoir tout le monde… T’es un média, t’as une respon­s­abil­ité et j’at­tends de toi que tu fass­es le tri avant de me présen­ter des gens, on vit dans une époque où si le dia­ble il sort un livre, Guil­laume Pley il le reçoit ! dans les médias belges fran­coph­o­nes, il y a ce qu’on appelle le cor­don san­i­taire, pas de parole don­née à l’ex­trême droite… on devrait s’en inspir­er ».

Une dia­boli­sa­tion, au sens pro­pre ! Les invités rient poli­ment. Pour­tant il n’y a rien de drôle dans cette chronique, mais plutôt l’ex­pres­sion d’une cer­taine fureur, l’en­vie d’in­timider, et la volon­té revendiquée d’at­ten­ter à la lib­erté d’expression.

Toujours revenir à ses obsessions

Restons sur l’émis­sion Zoom Zoom Zen, qui rece­vait le 30 jan­vi­er Kamel Ouali, met­teur en scène de la comédie musi­cale « Le Roi soleil ». Le bil­let humoris­tique de Camille Lorente démarre sur l’époque Louis XIV, un thème a pri­ori éloigné du RN.

Mais France Inter retourne tou­jours à ses obses­sions, et Camille Lorente par­le des mal­adies qui sévis­saient à l’époque pour mieux revenir au RN :

« Bal­ançons des poux pleins de typhus au siège du RN et voyons ce qui reste, je pro­pose des petites solu­tions, et je pense que ça ferait une super comédie musi­cale », et d’en­chaîn­er en chan­son : « Jor­dan a une var­i­ole mortelle, elle va le tuer en 3 jours, Mar­i­on Maréchal a les mêmes symp­tômes, si tu veux on l’achève ».

Nous sommes entre gens de bonne com­pag­nie, et l’in­vité Kamel Ouali est au dia­pa­son : « Ah, je veux met­tre en scène ce spec­ta­cle ! » Ce à quoi Camille Lorente rétorque : « J’é­tais sûre que ça vous plairait, moi c’est un spec­ta­cle que j’ai envie de voir per­son­nelle­ment, et si je peux jouer dedans encore mieux ».

Un appel à l’empoisonnement de Jor­dan Bardel­la et Mar­i­on Maréchal, une chan­son pour célébr­er l’événe­ment dans la joie, et l’en­vie de Kamel Ouali et Camille Lorente d’y par­ticiper active­ment. Des pro­pos d’une grande vio­lence symbolique.

2 questions pour l’ARCOM

L’ARCOM veille au respect du plu­ral­isme poli­tique à la télévi­sion et à la radio, avec des règles ren­for­cées en péri­ode élec­torale sur les temps de parole. Com­ment sont traités les humoristes et les acteurs cul­turels ? Suf­fit-il d’ha­biller des pro­pos mil­i­tants d’un ver­nis humoris­tique ou cul­turel pour con­tourn­er les règles ?

Les médias de la bien-pen­sance ont l’habi­tude de pra­ti­quer une cer­taine intim­i­da­tion morale en s’ef­forçant de ringardis­er et/ou de cul­pa­bilis­er les mau­vais­es opin­ions. Mais ce que nous enten­dons main­tenant sur France Inter va au-delà de l’habituelle intim­i­da­tion morale. Cela con­duit à fas­cis­er et à déshu­man­is­er des per­son­nes, et poten­tielle­ment à inspir­er des groupes ou des indi­vidus qui por­tent la cul­ture de la vio­lence ; l’exemple récent du meurtre de Quentin pour­rait faire réfléchir.

Au moment où l’AR­COM s’acharne sur CNEWS, France Inter peut-il, de manière répétée et tou­jours dans la même direc­tion, appel­er à la haine et même au meurtre, sous cou­vert d’un humour qui n’est ici qu’un arti­fice per­me­t­tant de martel­er le message ?

Voir aus­si : L’ARCOM s’acharne sur CNews et inflige deux nou­velles amendes à la chaîne

Francesco Bar­goli­no