Peu importe une commission d’enquête sur la neutralité de l’audiovisuel public ! La radio numéro 1 en France persiste et signe dans une ligne éditoriale, qui apparaît même à certains égards de plus en plus engagée. Retour sur quelques séquences, afin de mieux cerner une radicalité de plus en plus présente.
Culture et élections
À l’approche des élections municipales, le rappeur Grünt lance sa « tournée municipale », une tournée de concerts « pour la survie de la culture dans tous les territoires où elle est menacée par le projet de société de l’extrême droite ». Une tournée relayée par le site d’extrême gauche StreetPress. France Inter fait bruyamment la promotion de cette tournée et produit un reportage sur la première qui s’est tenue à Joué-les-Tours, reportage que la radio a largement diffusé sur les réseaux sociaux.
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Le reportage s’ouvre sur un rappeur qui fait scander à la salle le slogan « la jeunesse emmerde le Front national » ; puis Jean Morel, le cofondateur de Grünt, explique que « des responsables associatifs et des collectifs viennent raconter la réalité à l’échelle locale de ce que représente la montée de l’extrême droite dans nos régions » ; un jeune spectateur est convaincu que « qui prétend faire du rap sans être politique ne fait rien du tout en réalité » ; le directeur de la salle tente ensuite de nous convaincre « qu’il y a de plus en plus de pressions politiques sur les acteurs culturels ».
Plus loin, une jeune fille de 19 ans raconte avec un grand sourire que « la montée de l’extrême droite, c’est quelque chose qui fait peur, quand on voit ce qui se passe aux États-Unis, déjà, et qu’on voit que les politiques d’extrême droite en France veulent s’en inspirer, ça fait peur ».
Observons combien ce témoignage a parfaitement intégré le discours des médias mainstream, qui se focalisent sur les outrances de Donald Trump sans jamais évoquer ses réussites, et qui essayent de faire un parallèle avec la situation française. Créer un sujet repoussoir et s’en servir contre « l’extrême droite », la méthode fonctionne, notamment chez les plus jeunes et les plus influençables.
L’humour comme prétexte
Tout comme la culture, l’humour sur France Inter est mis au service de la ligne officielle du média. La nouveauté est que cet humour glisse de plus en plus fréquemment vers une détestation et une déshumanisation de certaines personnes ou adversaires. En voici plusieurs exemples :
Dans l’émission Charline explose les faits du 15 janvier, Charline Vanhoenacker commente l’intronisation de Bernard Arnault à l’Académie des sciences morales et politiques :
« C’était une sorte de couronnement, les plus grandes fortunes de France étaient réunies, il y avait Rodolphe Saadé, Patrick Pouyanné, Martin Bouygues, Xavier Niel, Vincent Bolloré… ils étaient tous là… Donc mardi à la Coupole, c’était la Bourse de Paris… Imaginez, s’il y avait eu un problème dans la salle, la fin du capitalisme sans révolution, pardon, je rêve à voix haute ».
La chronique de Marwan Benlazar dans l’émission Zoom Zoom Zen du 7 janvier s’intitulait « Trop gentil avec l’extrême droite ». L’humoriste y dévoile sa conception du pluralisme dans les médias :
« On a été trop gentils avec l’extrême droite… Mettre un facho au micro, c’est légitimer ses idées… Et souvent quand on donne la parole aux racistes, c’est sous couvert de « on reçoit tout le monde ici dans Legend ». Ça, c’est un truc qui me rend fou, à quel moment c’est devenu un bon argument, à quel moment c’est devenu une bonne chose de recevoir tout le monde… T’es un média, t’as une responsabilité et j’attends de toi que tu fasses le tri avant de me présenter des gens, on vit dans une époque où si le diable il sort un livre, Guillaume Pley il le reçoit ! dans les médias belges francophones, il y a ce qu’on appelle le cordon sanitaire, pas de parole donnée à l’extrême droite… on devrait s’en inspirer ».
Une diabolisation, au sens propre ! Les invités rient poliment. Pourtant il n’y a rien de drôle dans cette chronique, mais plutôt l’expression d’une certaine fureur, l’envie d’intimider, et la volonté revendiquée d’attenter à la liberté d’expression.
Toujours revenir à ses obsessions
Restons sur l’émission Zoom Zoom Zen, qui recevait le 30 janvier Kamel Ouali, metteur en scène de la comédie musicale « Le Roi soleil ». Le billet humoristique de Camille Lorente démarre sur l’époque Louis XIV, un thème a priori éloigné du RN.
Mais France Inter retourne toujours à ses obsessions, et Camille Lorente parle des maladies qui sévissaient à l’époque pour mieux revenir au RN :
« Balançons des poux pleins de typhus au siège du RN et voyons ce qui reste, je propose des petites solutions, et je pense que ça ferait une super comédie musicale », et d’enchaîner en chanson : « Jordan a une variole mortelle, elle va le tuer en 3 jours, Marion Maréchal a les mêmes symptômes, si tu veux on l’achève ».
Nous sommes entre gens de bonne compagnie, et l’invité Kamel Ouali est au diapason : « Ah, je veux mettre en scène ce spectacle ! » Ce à quoi Camille Lorente rétorque : « J’étais sûre que ça vous plairait, moi c’est un spectacle que j’ai envie de voir personnellement, et si je peux jouer dedans encore mieux ».
Un appel à l’empoisonnement de Jordan Bardella et Marion Maréchal, une chanson pour célébrer l’événement dans la joie, et l’envie de Kamel Ouali et Camille Lorente d’y participer activement. Des propos d’une grande violence symbolique.
2 questions pour l’ARCOM
L’ARCOM veille au respect du pluralisme politique à la télévision et à la radio, avec des règles renforcées en période électorale sur les temps de parole. Comment sont traités les humoristes et les acteurs culturels ? Suffit-il d’habiller des propos militants d’un vernis humoristique ou culturel pour contourner les règles ?
Les médias de la bien-pensance ont l’habitude de pratiquer une certaine intimidation morale en s’efforçant de ringardiser et/ou de culpabiliser les mauvaises opinions. Mais ce que nous entendons maintenant sur France Inter va au-delà de l’habituelle intimidation morale. Cela conduit à fasciser et à déshumaniser des personnes, et potentiellement à inspirer des groupes ou des individus qui portent la culture de la violence ; l’exemple récent du meurtre de Quentin pourrait faire réfléchir.
Au moment où l’ARCOM s’acharne sur CNEWS, France Inter peut-il, de manière répétée et toujours dans la même direction, appeler à la haine et même au meurtre, sous couvert d’un humour qui n’est ici qu’un artifice permettant de marteler le message ?
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Francesco Bargolino

