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L’affaire Mabrouk-Morandini, une analyse juridique sous forme de tribune

13 février 2026

Temps de lecture : 5 minutes
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L’affaire Mabrouk-Morandini, une analyse juridique sous forme de tribune

Temps de lecture : 5 minutes

L’affaire Mabrouk-Morandini, une analyse juridique sous forme de tribune

Nous pub­lions sous forme de tri­bune une analyse juridi­co-poli­tique due à un de nos lecteurs, ancien DRH de l’industrie des médias ayant égale­ment exer­cé des fonc­tions man­agéri­ales dans ce secteur. Cette libre tri­bune n’engage pas la rédac­tion de l’Observatoire du jour­nal­isme (OJIM). Dernière minute, Sonia Mabrouk a annon­cé son départ d’Europe 1, mar­quant la fin de sa col­lab­o­ra­tion avec les médias de Vin­cent Bolloré.

Mabrouk-Morandini : match pire que nul

Dis­ons-le claire­ment d’emblée : l’auteur de ces lignes ne se situe ni du côté de l’excuse des pré­da­teurs sex­uels, ni de celui des ligues de ver­tu. Il con­state seule­ment, avec regret et amer­tume, les rav­ages – qui ne font que com­mencer – pour l’un des rares pôles de la presse non alignée. Dégâts provo­qués par le con­flit entre ces deux jour­nal­istes, né essen­tielle­ment de l’intransigeance morale affichée par Madame Mabrouk.

En foot­ball, sport peu recom­mand­able mais assez pop­u­laire, ça s’appelle un but con­tre son camp. En théorie des jeux, on par­le de jeu à somme néga­tive. En tout cas, le résul­tat est effec­tive­ment pire que celui du partage des points.

Résumons les faits. Madame Mabrouk, au nom de principes respecta­bles de morale, a décidé de démis­sion­ner de CNews, dont elle était une des fig­ures de proue, tant en répu­ta­tion qu’en audi­ence. À cause du main­tien par la Direc­tion à l’antenne de son col­lègue jour­nal­iste, mon­sieur Moran­di­ni, lui aus­si cham­pi­on de notoriété et d’audience au sein de la même chaîne, lequel venait de voir sa con­damna­tion pénale pour mau­vais­es mœurs dev­enue défini­tive. Puis, Mon­sieur Moran­di­ni s’est retiré « volon­taire­ment » de l’antenne.

L’analyse juridique est évi­dente et formelle. La Direc­tion ne pou­vait pas se sépar­er de Mon­sieur Moran­di­ni en arguant de la con­damna­tion pénale du jour­nal­iste. Tout avo­cat le con­firmera, dans le cas d’espèce on sait que ce n’est pas un motif réel et sérieux. Toute rup­ture dans ces con­di­tions à l’initiative de l’employeur du con­trat de tra­vail, ain­si que des con­trats annex­es ou con­nex­es, serait néces­saire­ment jugée comme un licen­ciement abusif. Avec con­séquences de droit, telles qu’indemnités faramineuses et dis­pro­por­tion­nées par rap­port au préju­dice réel. Con­damna­tions de l’entreprise sys­té­ma­tique­ment aggravées par la Com­mis­sion arbi­trale des jour­nal­istes, par effet de rebelote.

Alors, ain­si coincée en droit, que pou­vait en pra­tique faire la chaîne de télévi­sion CNews ?

D’abord se pos­er la ques­tion de savoir s’il est légitime de sanc­tion­ner un salarié au seul motif qu’une de ses col­lègues ne sup­porte plus, du jour au lende­main, sa présence. Tout directeur général et tout DRH savent que dans le cas d’un con­flit inter­per­son­nel, quel que soit le salarié qui en est à l’origine, aus­si fondés que soient les raisons de l’un et de l’autre, à terme plus ou moins rap­proché ce sont les deux pro­tag­o­nistes qui dis­parais­sent de la scène.

Or, n’en déplaise aux puristes de la ver­tu et aux idéal­istes de l’information, une entre­prise de presse, comme son nom l’indique, est d’abord une entre­prise. Qui doit, comme toutes les entre­pris­es, ajuster en per­ma­nence les rôles entre action­naires, direc­tion et salariés (ici des jour­nal­istes). Dans une entre­prise, ce n’est pas le salarié qui choisit ses col­lègues. Si à un moment don­né il ressent la cohab­i­ta­tion impos­si­ble avec tel ou tel, il se tait ou il se démet, ce n’est pas lui qui com­mande, c’est la direc­tion mise en place par l’actionnaire. Sachant que, dans le cas des jour­nal­istes, il est très facile de maquiller une démis­sion en invo­quant une clause de con­science ou une mod­i­fi­ca­tion de la ligne édi­to­ri­ale. Avec tous les avan­tages, notam­ment les indem­nités, d’un licenciement.

On peut com­pren­dre les réserves morales de Madame Mabrouk quant à la présence à l’antenne de Mon­sieur Moran­di­ni. En notant toute­fois que sa répul­sion de la per­son­ne ne s’est man­i­festée publique­ment que sur injonc­tion de la gauche et de l’ex­trême-gauche, et ce juste après le car­ac­tère défini­tif de la con­damna­tion pénale de son col­lègue. On se sou­vient pas qu’elle ait mar­qué autant de dégoût pen­dant les longues années au cours desquelles un autre pré­da­teur sex­uel, de plus grande enver­gure et depuis plus longtemps encore, est resté jusqu’à la semaine dernière à la tête de l’institut d’un monde qu’elle con­naît bien. On com­prend plus mal encore que Madame Mabrouk ait cru devoir utilis­er sa notoriété – en grande par­tie acquise grâce à sa présence sur CNews – pour jeter l’opprobre pub­lic et surtout médi­a­tique sur Mon­sieur Moran­di­ni. Tout ceci aurait dû se jouer en interne, sans pub­lic­ité, sauf à ce que madame Mabrouk ait fait un autre cal­cul. Quoiqu’il en soit, le résul­tat est là : c’est la fameuse somme néga­tive déjà évo­quée plus haut, tout le monde y perd. Sauf la gauche, y com­pris extrême, ain­si que les médias de grand chemin, qui se frot­tent les mains d’avoir créé la zizanie et fait tomber dans leur piège dia­bolique le petit clan d’en face, qui com­mençait à leur faire sérieuse­ment de l’ombre.

On dit que CNews a con­sulté des con­seillers influ­ents avant de retir­er Moran­di­ni de l’antenne et de laiss­er par­tir Mabrouk à moitié, l’autre moitié restant sur Europe 1. Peut-être ont-ils poussé vers la moins mau­vaise solu­tion à court terme. Peut-être auraient-ils bien fait de se rap­pel­er deux proverbes : « les con­seilleurs ne sont pas les payeurs » d’une part, « le bien ne fait pas de bruit, le bruit ne fait pas de bien » d’autre part.

Marc Des­gorces-Roumil­hac
10 févri­er 2026