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Pub­lié le 31 décembre 2014 | Éti­quettes :

Interview de Poutine : la traduction manipulée ?

Le meilleur de l’Ojim en 2014 (11) - Pendant les fêtes, l’Ojim fait relâche et se rallie à la trêve des confiseurs. L’occasion de vous faire revivre les grands moments de l’année 2014 du point de vue de la critique des médias. Cette année, l’Ojim s’est particulièrement attaché à décrypter le discours produit par les médias par une analyse exhaustive de certaines émissions ou de certains supports de presse. Mais l’Ojim continue également de débusquer petites et grosses manipulations dont se rendent coupables certains journalistes, et tente de mettre à jour les enjeux qui se cachent derrière ce combat de la parole. N’oubliez pas que l’Ojim est un site entièrement indépendant qui ne vit que grâce à vos dons. Aidez-nous à remplir notre rôle d’Observatoire des médias et à exercer librement notre critique du système médiatique. Tout don nous est utile.

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Depuis l’entretien que Vladimir Poutine a accordé à TF1 et Europe 1, mercredi 5 juin, il est de bon ton de répéter que le chef d’État russe, en plus de tout ce que lui reprochent les occidentaux, est un affreux misogyne. Interrogé sur les déclarations de l’ex-secrétaire d’État américaine Hillary Clinton, qui avait comparé ses méthodes à celles d’Hitler, celui-ci n’a-t-il pas déclaré qu’« il était préférable de ne pas débattre avec les femmes » ?

Autrement dit : les femmes, et en particulier, Hillary Clinton, ne sont pas assez intelligentes pour que l’on puisse débattre avec elles et il vaut donc mieux les traiter avec mépris. Le message, on le voit, est clairement misogyne.

Le problème, c’est qu’en russe, le verbe « спорить » employé par le président Poutine, ne signifie pas « débattre », au sens courant de « discuter », mais plutôt « se disputer » ou « se chamailler ». Il existe un verbe spécifique pour débattre qui est « обсуждать ».

La véritable traduction du propos de Poutine serait ainsi : « il est préférable de ne pas se chamailler avec les femmes » ou « il est préférable de ne pas se disputer avec les femmes ». Le propos s’entend ainsi davantage comme l’expression d’une galanterie, certes un rien surannée et paternaliste, que comme une tirade misogyne et méprisante. « Traduttore traditore » (traducteur traitre) disent les Italiens !

La question qui demeure est évidemment celle du caractère volontaire ou non de cette faute de traduction. Imprécision dans le feu de l’action ? Volonté de noircir le tableau ? Impossible à savoir.

Mais ce qui est sûr, c’est que la plupart des médias ont foncé tête baissé, ainsi que l’inénarrable Valérie Trierweiler, « heureuse de ne pas avoir à serrer la main de Poutine », comme elle écrivait sur son compte Twitter quelques heures après l’interview. Il est vrai que Valérie Trierweiler n’a jamais semblé particulièrement apprécier les hommes galants…

Crédit photo : unisgeneva via Flickr (cc)

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