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Henri Rochefort, un précurseur du combat de réinformation

17 janvier 2017

Temps de lecture : 3 minutes
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Henri Rochefort, un précurseur du combat de réinformation

17 janvier 2017

Temps de lecture : 3 minutes

« Rochefort, c’est l’homme qui fut l’artisan majeur de la lib­erté de la presse, par son style, sa vie prodigieuse, sa pop­u­lar­ité inouïe ! »

Entretien avec Richard Dessens, auteur de Henri Rochefort ou la véritable liberté de la presse (éditions Dualpha) (propos recueillis par Fabrice Dutilleul).

Henri Rochefort fut-il un journaliste ou un politique ?

À une époque où la presse poli­tique est très encadrée par la loi, les jour­nal­istes sont surtout des pam­phlé­taires dans la mesure où ils mènent un com­bat poli­tique pour la lib­erté de la presse, en frap­pant fort sur les régimes en place. D’ailleurs la grande loi de 1881, très libérale pour la presse, ver­ra déclin­er les pam­phlets au prof­it d’un jour­nal­isme poli­tique plus struc­turé. Rochefort entre dans ce con­texte et en est même le pio­nnier le plus célèbre puisque La Lanterne, en 1868, pam­phlet cor­rosif con­tre l’Empire, con­naît un suc­cès iné­galé et lui apporte une notoriété extraordinaire.

Mais Rochefort utilise aus­si la poli­tique pour la lib­erté de la presse. Il se fait élire 3 fois député, il est mem­bre du Gou­verne­ment de la Défense Nationale en 1870, par­ticipe à la Com­mune. Après 1881, il pour­suit son com­bat pour la lib­erté d’une presse non inféodée au nou­veau pou­voir de la République. Il est boulangiste, dénonce les nom­breux scan­dales de la IIIe République nais­sante, est anti-drey­fusard. Tou­jours pour affirmer son indépen­dance et sa lib­erté de parole.

Quelles sont les idées politiques de Rochefort ?

Son indi­vid­u­al­isme forcené et son refus de tout pou­voir con­sti­tué posent le fonde­ment de ses choix poli­tiques. C’est pourquoi il ne fut jamais un homme de par­ti – on le lui reprochera sou­vent – et fut tou­jours fidèle à son idéal de défense du peu­ple con­tre les « grands » et les élites auto­proclamées de son époque. Ses attaques per­ma­nentes con­tre tous les gou­verne­ments avaient pour but d’informer – ou plutôt de « ré-informer » – le peu­ple qu’il con­sid­ère trompé par les élites de l’Empire d’abord, puis par celles, à géométrie vari­able en plus oppor­tunistes comme Rochefort les dénomme, de la IIIe République.

Toute­fois, il y a beau­coup de l’esprit proud­honien chez Rochefort : il priv­ilégie les actions con­crètes aux idées, il s’inspire du réel pour con­stru­ire un sys­tème et non l’inverse comme Marx ou ses suiveurs social­istes de la IIIe République. Rochefort est un homme de 1848 et surtout de la Com­mune qu’il qual­i­fie comme le « meilleur régime poli­tique » que la France ait con­nu, avec un brin de provo­ca­tion ! Bien sûr, la Com­mune c’est le lib­er­tarisme de Proud­hon et son souci des mesures con­crètes plus que des grandes idées. On y retrou­ve le pein­tre Courbet, ami de Rochefort et proud­honien lui aus­si. Proud­hon est un anar­chiste sans anar­chie. Il déteste le pou­voir, mais respecte l’ordre. C’est cet ordre sans pou­voir qu’incarne Rochefort, héri­ti­er aus­si des pou­voirs inter­mé­di­aires de la Fronde nobil­i­aire du XVIIe siè­cle, mélange déton­nant aux fonde­ments proches concrètement.

Qu’est-ce qui fait qu’on peut encore parler de Rochefort plus d’un siècle après sa mort ?

Rochefort, c’est l’homme qui fut l’artisan majeur de la lib­erté de la presse, par son style, sa vie prodigieuse, sa pop­u­lar­ité inouïe ! La pres­sion qu’il exerça pen­dant plus de vingt ans surtout sur les gou­ver­nants, dans une atmo­sphère en out­re très boulever­sée des années 1865/1880, très riche en évène­ments de toutes sortes, fut déter­mi­nante. Son style incisif fai­sait rire toute la France ; il est sans cesse con­damné, jeté en prison, envoyé au bagne, faisant de son com­bat un dra­peau pour beau­coup de petites gens ; il s’évade du bagne, mène une vie d’aventures, tou­jours dans la cri­tique des Pou­voirs. Toute cette vie lui apporte une pop­u­lar­ité qui mobilise des cen­taines de mil­liers de Parisiens à cha­cun de ses retours en France après ses exils et con­damna­tions ! Il est l’ami – le « troisième fils » – de Vic­tor Hugo. Rochefort laisse un sou­venir dans le peu­ple en forme d’espoir et d’émancipation, quels qu’aient été ses choix poli­tiques de circonstances.

Et puis le sou­venir de l’incroyable suc­cès de Rochefort est peut-être aus­si le sym­bole d’une lib­erté de la presse dis­parue, noyée dans le poli­tique­ment cor­rect d’intellectuels désor­mais soumis. Le con­traire de Rochefort !

Hen­ri Rochefort ou la véri­ta­ble lib­erté de la presse de Richard Dessens, 240 pages, 29 euros, édi­tions Dual­pha, col­lec­tion « Vérités pour l’Histoire », dirigée par Philippe Randa.

Pho­to : Hen­ri Rochefort peint par Manet (détail). Kun­sthalle de Hambourg.

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