Observatoire du journalisme (OJIM)

En vacances à l’étranger, Xenia Fedorova ne pourra pas être expulsée

4 août 2026 Temps de lecture : 4 min
CNews

Xenia Federova, visée par des arrêtés d’expulsion et de gel des avoirs, a vu son recours en référé-liberté rejeté par la justice. La chroniqueuse russe de CNews a indiqué être déjà à l’étranger. Dans le JDD, Philippe de Villiers et Robert Ménard dénoncent l’absurdité et la disproportion des décisions à son encontre.

« Étant déjà hors de France, je n’y reviendrai que lorsque ces mesures auront été suspendues ou annulées », a fait savoir Xenia Fedorova ce 3 août. Des propos identiques à ceux tenus par son avocat auprès de l’AFP.

La chroniqueuse de CNews et ex-directrice de RT France était donc déjà en vacances à l’étranger quand l’exécutif a pris, la semaine passée, deux arrêtés, d’expulsion et de gel de ses avoirs, assortis d’une… assignation à résidence. Une injonction qui aura donc déjà échoué. Et qui pourrait expliquer la précipitation du gouvernement à s’attaquer à ses ressources financières.

L’information risque de décevoir ses détracteurs. Le matin même, le tribunal administratif a rejeté le recours en référé-liberté déposé par son avocat. Selon Euronews qui a eu accès à la décision, le juge a estimé que la requête ne présentait pas de caractère « d’urgence » puisqu’il n’existe pas de perspective raisonnable d’exécution à très brève échéance de la mesure d’éloignement, rendant nécessaire le prononcé d’une mesure dans un délai de quarante-huit heures.

Ils voulaient la voir expulsée

L’influenceur lié au Quai d’Orsay, Louis Duclos, se réjouissait sur X de la décision du juge des référés : « Il semblerait que l’heure approche enfin de quitter la France… Tic tac, tic tac, vous avez un avion à prendre, Mme Fedorova ». « Le charter approche », abondait le journaliste pro-Kiev Cyrille Amoursky. L’eurodéputée macroniste Nathalie Loiseau, qui avait réclamé sa mise sous sanctions au mois de juin, a aussi réagi : « Sans vouloir être grossière, Madame Fedorova, les autorités françaises n’envisagent absolument pas que vous reveniez en France », accusant celle-ci d’en avoir « abusé de l’hospitalité ».

Le duel judiciaire ne fait toutefois que commencer, le contentieux pourrait se poursuivre devant le Conseil d’État. Vendredi dernier, Xenia Fedorova avait fustigé une « forme entièrement nouvelle de pression politique ».

De leur côté, les médias de Vincent Bolloré sont montés au créneau pour défendre leur chroniqueuse. Les observateurs ont vu dans la publication d’une interview de Iuliia Mendel une réaction aux attaques la visant. Journaliste et ancienne porte-parole de Volodymyr Zelensky (2019-21) devenue opposante expatriée aux États-Unis, elle désormais le pouvoir en place de faire du conflit l’essence de sa survie.

Philippe de Villiers s’est maintes fois fait le défenseur de Xenia Fedorova depuis qu’elle est visée par ses détracteurs. Le 2 août dans le JDD, il fustigeait une décision « absurde et scandaleuse » d’un « régime [français] de plus en plus faible et paranoïaque », de mèche avec la « fuite en avant de l’UE », qui a tout misé sur la guerre en Ukraine, « jetant des milliards dans cette guerre où nous sommes devenus cobelligérants ».

Selon Villiers, CNews est visé par le pouvoir

Villiers dénonce par ailleurs « l’illégalité » des décisions d’expulsion et de gel des avoirs, décrit une femme « journaliste dans l’âme », aussi curieuse que dépourvue de violence, et bien sûr francophile. Et d’interroger : « Peut-être en arrivera-t-on à prononcer des déchéances de nationalité pour ceux qui disent qu’ils ne veulent pas de la guerre en Ukraine ? » Le fondateur du Puy-du-Fou n’a aucun doute : l’expulsion de Xenia Fedorova est « la première étape pour fermer CNews avant l’élection présidentielle ».

Dans la colonne voisine, Robert Ménard, le maire de Béziers, fondateur de RSF, dénonçait quant à lui la « disproportion » de l’arrêté d’expulsion. « J’étais en Ukraine récemment », dit-il, soulignant sa ligne favorable à Volodymyr Zelensky : « J’ai senti de près ce conflit où un peuple se bat pour sa terre contre une agression infâme. ». Mais de conclure, y voyant une dérive du pouvoir : « s’il vous plaît, ne cédons pas à la tentation d’imiter nos ennemis. Nous ne sommes pas la Russie pour expulser des journalistes ».

Edouard Chanot

 

Édouard Chanot
Édouard Chanot

Édouard Chanot est directeur de la rédaction de l'Ojim et journaliste. Il dirige par ailleurs l'émission « Chocs du monde » sur TV Libertés depuis 2022. Il a été rédacteur en chef à Sputnik France (2020-22) et RT France (2022-23). Il a publié les essais L'Empire Netflix, l'emprise du divertissement (2022) et Brèche dans le mainstream, l'âge des alternatives médiatiques (2025).

Voir tous ses articles →

Notre travail est indispensable. Votre soutien est crucial.

L'OJIM vous informe sur ceux qui vous informent. Son indépendance repose sur les dons de ses lecteurs — déductibles à 66 %.

♥ Je fais un don défiscalisé