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Foreign Affairs : migrants de tous les pays, unissez-vous !

6 mars 2020

Temps de lecture : 3 minutes
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Foreign Affairs : migrants de tous les pays, unissez-vous !

C’est ce que préconise la revue de référence en géopolitique, Foreign Affairs, dans dans un article publié en ligne le 24 février 2020. « Nos sauveurs, les migrants », telle est l’optique privilégiée. Lecture attentive.

Le titre : Seules les migra­tions peu­vent sauver l’État prov­i­dence.
Le sous-titre : « Les pays rich­es ont besoin de 380 mil­lions de tra­vailleurs sup­plé­men­taires d’ici 2050 ».
L’auteur : Lant Pritch­ett, directeur d’un cen­tre de recherch­es à Oxford. Né en 1959, c’est un écon­o­miste spé­cial­iste des ques­tions de développe­ment. Pritch­ett a tra­vail­lé pour la Banque Mon­di­ale durant 5 ans, de 1988 à 2000 puis de 2004 à 2007. Il est l’auteur sup­posé de la note con­tro­ver­sée du mémoran­dum signé par Lawrence Sum­mers, alors écon­o­miste en chef de la banque mon­di­ale, sur la libéral­i­sa­tion du com­merce et en par­ti­c­uli­er sur la « néces­saire » expor­ta­tion des indus­tries les plus pol­lu­antes vers les pays pau­vres. Il a ensuite enseigné à Har­vard. Selon lui, le seul mod­èle économique viable dans un avenir proche passe par l’accroissement de la poli­tique migra­toire volon­taire et accep­tée par les pays les plus rich­es. C’est ce thème qu’il développe de nou­veau dans son arti­cle de For­eign Affairs.

Les arguments sont économiques

Le pré­sup­posé de départ est accept­able : Pritch­ett sup­pose que dans les décen­nies à venir, « le monde dévelop­pé sera con­fron­té à un défi démo­graphique impos­si­ble à empêch­er ». Nous vieil­lis­sons et nous man­quons de jeunes.

En 2050, la généra­tion des actuels trente­naires aurait « à faire face aux con­séquences du déficit démo­graphique à venir », ce qui empêcherait alors les divers pro­grammes liés à l’Etat prov­i­dence. En même temps, les pays rich­es man­queraient de jeunes tra­vailleurs. Du coup, la « solu­tion » serait sim­ple, « même si poli­tique­ment dif­fi­cile » : « dans les décen­nies à venir, les pays rich­es devraient ouvrir leurs fron­tières à davan­tage de tra­vailleurs des pays pau­vres ».

Les pays du Golfe en exemple

* Com­ment éviter l’écueil de « la xéno­pho­bie » ? En prenant exem­ple sur des mod­èles qui, selon l’auteur, fonc­tion­neraient : Sin­gapour, la Suède, les pays du golfe per­sique. Dans ce dernier cas, les tra­vailleurs migrants se voient sou­vent retir­er toute lib­erté, y com­pris le passe­port, ce qui ne sem­ble pas émou­voir le libéral Pritch­ett. Quant à la Suède, l’auteur ne sem­ble pas infor­mé de l’état du pays, du taux de délin­quance et de crimes sex­uels liés aux migra­tions, au point que le pays tout entier remet en ques­tion son ancien mod­èle bien­faisant.

Ceci dit, Pritch­ett l’affirme : il ne sert à rien d’en débat­tre (la démoc­ra­tie, vue depuis cette forme de libéral­isme, c’est tou­jours très beau) puisque « les pays rich­es n’ont pas vrai­ment le choix ». Le même argu­ment d’autorité qui, chaque fois que les mon­di­al­istes pré­ten­dent « penser », oublie la pos­si­bil­ité de poli­tiques natal­istes, comme ce qui se fait par exem­ple à l’Est de l’Union Européenne. TINA, there is no alter­na­tive aurait dit Mar­garet Thatch­er.

Il y aura encore pire que la « cat­a­stro­phe démo­graphique » annon­cé, si nous fer­mons nos fron­tières et que nous « n’accueillons plus de migrants » : sans migra­tions, nous per­dri­ons au moins 120 mil­lions de per­son­nes en âge de tra­vailler, du fait du vieil­lisse­ment.

Travailleurs du monde entier, migrez

Dès lors, il n’y aurait qu’une seule solu­tion : « Tra­vailleurs du monde, migrez ! ». Il nous faut 260 mil­lions de tra­vailleurs en plus pour main­tenir nos états prov­i­dence, d’après l’auteur, mais nous allons per­dre env­i­ron 120 mil­lions de tra­vailleurs. Du coup, la solu­tion est bête comme un cal­cul d’économiste : 260 + 120 = 380 mil­lions. Accueil­lons donc 380 mil­lions de migrants et tout ira bien !

Mais alors ? Out­re les ten­sions sociales et les crises de civil­i­sa­tion, les rem­place­ments de pop­u­la­tion, la dis­pari­tion des iden­tités, dont il ne par­le pas, Pritch­ett oublie un détail : les migrants en ques­tion vieil­liront et devien­dront eux-mêmes des retraités que la société devra pren­dre en charge (en faisant venir com­bi­en de mil­lions de nou­veaux migrants ?), prise en charge accen­tuée par le coût de leur nom­bre d’enfants, car le migrant fait plus d’enfants que l’habitant du pays d’accueil. Il fau­dra, pour cette dernière rai­son aus­si, accueil­lir encore plus de migrants, « fac­teurs de richesse »

L’auteur ne va donc pas assez loin : pourquoi ne pas plutôt déplac­er mas­sive­ment, main­tenant, d’un coup, sinon tous les habi­tants des pays pau­vres vers les pays rich­es, mais dis­ons une bonne moitié ? La solu­tion mir­a­cle s’appliquerait en une fois et tout irait pour le mieux dans le meilleur des mon­des pos­si­bles comme dis­ait Leib­niz.

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