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Dov Alfon, ancien officier du renseignement israélien, quitte la tête de Libération

13 avril 2026 | Temps de lecture : 5 minutes

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Dov Alfon quitte la direc­tion de la rédac­tion de Libéra­tion. Après six ans à la tête du quo­ti­di­en, l’ancien chef de sec­tion de l’unité 8200 de l’armée israéli­enne a annon­cé son départ, esti­mant qu’un « nou­veau cycle de trans­for­ma­tion » devait s’ouvrir.

Devinettes : quel quo­ti­di­en a reçu plus de 60 mil­lions d’euros du roi du char­bon, Daniel Křetín­ský ? C’est Libéra­tion. Et lequel était dirigé pen­dant cinq ans par un ancien espi­on d’Israël ? C’est tou­jours Libéra­tion dont le directeur Dov Alfon quitte son poste ce 8 avril.

« C’est une nou­velle que nous voulions vous annon­cer nous-mêmes : Dov Alfon a décidé de quit­ter ses fonc­tions de directeur de la rédac­tion de Libéra­tion », a pub­lié Libé hier. Et le quo­ti­di­en de pré­cis­er : « Après six ans à la tête de ce jour­nal », il a « estimé qu’un nou­veau cycle de trans­for­ma­tion devait s’ouvrir, et a exprimé le souhait que cette phase soit con­duite par un directeur ou une direc­trice de la rédac­tion en mesure de se pro­jeter dans ce rôle pour plusieurs années. »

Denis Olivennes, homme de l’om­bre de Daniel Křetín­ský, va pro­pos­er le nom de Nico­las Bar­ré, venu des Échos, pour rem­plac­er Dov Alfon.

Selon Libé, la dif­fu­sion sous la direc­tion de ce dernier a pro­gressé de 60 %, les abon­nements numériques ont aug­men­té de 444 % pour attein­dre 110 000 abon­nés, et l’audience en ligne a dou­blé, cul­mi­nant à 40 mil­lions de vis­ites men­su­elles. Treize mil­lions de lecteurs suiv­ent aujourd’hui le titre chaque mois, sur papi­er comme sur écran.

Mais c’est donc vis­i­ble­ment l’heure du départ à la retraite pour un homme âgé de 65 ans… et qui était déjà un retraité des ren­seigne­ments israéliens.

Dov Alfon, un ancien de l’unité « 8200 »

« Unité 8200 », cela évoque un roman d’espionnage, ça tombe bien, c’est le sujet. Repor­tons-nous à The Times of Israël (en français) du 16 juin 2019 :

« L’unité 8200 – ou unité Shmoneh-Matay­im en hébreu – est con­sid­érée par la majorité des ana­lystes des ren­seigne­ments comme l’une des unités d’espionnage les plus sophis­tiquées – et quelque peu con­tro­ver­sées – de toute la planète. Une enquête parue en 2014 dans le Guardian avait par exem­ple révélé qu’elle était chargée d’espionner les civils pales­tiniens en Cisjordanie. »

De la même source à la même date, plus loin

« Il est de notoriété publique que le jour­nal­iste, édi­teur et auteur Dov Alfon, 58 ans, a par­ticipé à la col­lecte de ren­seigne­ments en vue de l’opération israéli­enne Opéra, un raid aérien sur­prise mené au mois de juin 1981 qui avait détru­it un réac­teur nucléaire iranien situé aux abor­ds de Bagdad.
Mais lorsqu’on lui demande de citer des exem­ples spé­ci­fiques d’opérations aux­quelles il a par­ticipé quand, jeune homme, il apparte­nait à l’unité 8200 de l’armée israéli­enne, Dov Alfon fait une pause, mar­quant une hési­ta­tion.
« Je ne peux pas par­ler des choses que j’ai pu faire ou ne pas faire dans les rangs de l’unité 8200 », explique-t-il au Times of Israël avec un détache­ment que ne renierait pas James Bond, lors d’une inter­view réal­isée à Paris, dans un lieu qui ne sera pas divulgué. »

Tou­jours de la même source, mais du 25 juin 2020, on pré­cise que cette unité (à laque­lle Dov Alfon n’appartient plus depuis la fin de son ser­vice mil­i­taire selon les sources offi­cielles) a été récem­ment décorée pour ser­vices ren­dus, comme le dit le général Hay­man, son responsable :

« L’excellence par un besoin clair, l’excellence par la soif de suc­cès, l’excellence par le fait de ne pas tran­siger sur les petits détails – c’est l’esprit du ren­seigne­ment mil­i­taire et cela s’exprime égale­ment lors de cet événe­ment », a déclaré Hay­man. « Les activ­ités opéra­tionnelles ont été menées de manière clan­des­tine, avec créa­tiv­ité et un fort désir de réussite. »

« Les capac­ités opéra­tionnelles, la col­lab­o­ra­tion et les réal­i­sa­tions uniques qui se sont reflétées dans vos actions ne peu­vent pas être pris­es à la légère », a‑t‑il déclaré. « Cette opéra­tion est une pre­mière et la plus impor­tante étape d’un long chemin qui nous attend. »

De la 8200 à Libé en passant par Haaretz

Dov Alfon fait son ser­vice mil­i­taire au sein de la 8200, il y restera deux ou trois ans suiv­ant les sources. Ensuite, Dov Alfon se fait une vir­ginité du côté de l’édition, effectue un long par­cours au quo­ti­di­en israélien pro­gres­siste Haaretz à dif­férentes fonc­tions, de respon­s­able des sup­plé­ments (avec un réel suc­cès) jusqu’à la rédac­tion en chef pen­dant trois ans où il dévelop­pera le dig­i­tal. À ce dernier poste, il sera accusé d’une véri­ta­ble chas­se aux sor­cières con­tre les jour­nal­istes classés trop à droite.

Né sous le pro­tec­torat français en Tunisie, il béné­fi­cie de la nation­al­ité française, mais sa mère ayant émi­gré, il choisit de faire son ser­vice mil­i­taire en Israël, devenant chef de sec­tion de la célèbre unité 8200 (voir supra), dont il tir­era un livre, Unité 8200 (Liana Levi), qui recevra le prix Mar­i­anne. Après ses mis­sions au sein d’Haaretz, il devien­dra ensuite cor­re­spon­dant en France pour le quo­ti­di­en tout en col­lab­o­rant épisodique­ment avec Fab­rice Arfi à Médi­a­part. Il devien­dra vice-prési­dent de l’Association de la presse étrangère en France.

Il aurait été remar­qué par Denis Olivennes, l’homme fort de la fon­da­tion qui cha­peaute Libéra­tion. Au départ chargé d’une sim­ple mis­sion sur le numérique par Olivennes, celui-ci aurait vu dans sa pro­mo­tion l’occasion de met­tre fin à l’ère de Lau­rent Jof­frin, avec lequel ses rela­tions sont notoire­ment fraîch­es. Il a été élu à la tête du jour­nal par la rédac­tion en sep­tem­bre 2020. Avant donc de quit­ter ces fonc­tions en ce mois d’avril 2026. Et d’annoncer retourn­er à l’écriture.

Claude Lenor­mand

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