Le Parlement a définitivement interdit les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Derrière une mesure de protection consensuelle se profile pourtant une question plus embarrassante : pour reconnaître les adolescents, les plateformes devront contrôler l’âge de tous les utilisateurs, au risque d’installer durablement l’identification en ligne.
Emmanuel Macron tient sa « majorité numérique ». Le principe paraît difficilement contestable : limiter l’exposition des adolescents à des plateformes conçues pour retenir leur attention. Mais la méthode transforme une interdiction ciblée en mécanisme de contrôle potentiellement général… Pour l’heure, la mise en œuvre va être un véritable casse-tête pour l’exécutif.
Un vote massif, une application encore floue
Le 21 juillet, le Sénat a donc adopté le texte par 243 voix contre deux, puis l’Assemblée nationale par 279 voix contre 81. Les nouveaux comptes seront concernés dès le 1ᵉʳ septembre, les plateformes disposeront de quatre mois supplémentaires pour traiter les comptes existants, jusqu’au 1ᵉʳ janvier 2027. La loi interdit aussi le téléphone portable au lycée, sous réserve d’exceptions.
Emmanuel Macron a salué une « avancée majeure ». Le ministre du Numérique, Anne Le Hénanff, a cependant résumé la portée du dispositif : « Nous allons, nous Français, tous devoir prouver notre âge pendant quatre mois. » Les modalités ne figurent pas précisément dans la loi : les plateformes devront proposer leurs solutions, avec France Identité, Docaposte ou l’outil européen parmi les pistes évoquées.
Le RN rattrapé par sa base numérique
Le Rassemblement national a soutenu le texte dès sa première lecture, aux côtés du bloc central et d’une partie de la gauche. En commission mixte paritaire, l’accord a de nouveau réuni les élus, « du RN au bloc central ». Les députés de La France insoumise l’ont combattu, tandis que les socialistes ont annoncé une saisine du Conseil constitutionnel.
Ce soutien du RN a suscité une contestation dans une partie de son écosystème numérique.
Le compte Aurea souligne ainsi la concomitance entre la mise en application de la mesure et les échéances électorales de 2027.
Le timing est fait exprès pour limiter au maximum l’impact des réseaux sociaux sur la campagne. Ceux qui s’informaient sur les RS et qui auront du mal à faire le process d’identification n’auront plus que la radio, la TV et la presse écrite pour s’informer. Des canaux contrôlés.
— Aurea (@AureaLibe) July 22, 2026
Vent debout contre cette réforme, le lanceur d’alerte Pierre Sautarel, fondateur de Fdesouche, a accusé le parti d’avoir bénéficié du travail militant réalisé en ligne avant de « planter » ceux qui l’avaient porté : « Le RN a profité à fond du boulot idéologique fait sur les réseaux. » Il a également ironisé : « Ce sera plus difficile de poster sur les réseaux sociaux que d’entrer en France sans papier. »
Ironie du sort, le parti a indiqué le jour du vote que son site avait été hacké ainsi que le compte X de Marine Le Pen. Plus généralement, cette affaire ramène une nouvelle fois à la compétence du contrôle qui pourrait poser problème avec les multiples fuites de données dont sont victimes les institutions françaises, notamment la télévision publique.
Protéger les mineurs ou contrôler les adultes ?
C’est le cœur de la critique formulée par La Quadrature du Net dès le mois de mai dernier. L’association estime que, « sous couvert de protection des mineurs », le texte imposera à toute personne souhaitant accéder à ces plateformes de prouver son âge et fragilisera le droit à l’anonymat.
Une attestation cryptographique peut éviter de transmettre directement l’identité à la plateforme, elle suppose néanmoins qu’un tiers ait préalablement vérifié l’âge, souvent à partir d’un document officiel ou d’une identité numérique. La Quadrature conteste donc la promesse de « double anonymat », qui garantirait surtout une séparation théorique entre la plateforme et le prestataire chargé du contrôle.
Le problème n’est donc pas de soustraire les enfants aux mécanismes addictifs de TikTok, Instagram ou Snapchat. Il est de bâtir une infrastructure applicable à toute la population. Une restriction protectrice pourrait ainsi créer le précédent technique d’une identification préalable avant de s’exprimer en ligne.
Olivier Frèrejacques

