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Médias du Golfe : redéploiement ou repli sur soi ?

8 juillet 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

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Au moment où l’Arabie saou­dite achève le rap­a­triement de son dernier grand média basé à Dubaï, actant le divorce médi­a­tique avec les Émi­rats arabes unis, le Qatar accélère la « qatari­sa­tion » de la direc­tion d’Al Jazeera. Riyad et Doha ren­for­cent ain­si le con­trôle nation­al de leurs out­ils d’influence, dans un con­texte de rival­ités régionales exac­er­bées. Un mou­ve­ment de repli sou­verain qui redes­sine la carte médi­a­tique du Golfe.

Désor­mais, les choses ne se passent plus der­rière les rideaux : elles se font au grand jour. Après le rap­a­triement pro­gres­sif, qui a com­mencé en 2021, de ses prin­ci­paux médias audio­vi­suels, Al-Ara­biya, Al-Hadath et MBC, l’Arabie saou­dite vient d’annoncer le rap­pel de l’ultime média encore présent à Dubaï, à savoir Asharq.

Le trans­fert com­plet du groupe Asharq vers son siège prin­ci­pal à Riyad a été effec­tué ce 28 juin. Les décideurs avaient sur­pris tout le monde en annonçant le parachève­ment de l’opération sans en avoir fixé préal­able­ment la date.

Asharq est une fil­iale du groupe saou­di­en SRMG (Sau­di Research and Media Group). Lancé en 2020 comme réseau mul­ti-plate­formes 24/7, il compte des chaînes TV (Asharq News, Asharq Dis­cov­ery et Asharq Doc­u­men­tary), des plate­formes numériques (Asharq Pod­cast) et une radio (Asharq Bloomberg), sachant qu’il s’est très tôt asso­cié avec le géant améri­cain Bloomberg.

Pour célébr­er cet événe­ment, la chaîne satel­li­taire Asharq News a adop­té une nou­velle mou­ture et, pour ce nou­veau départ, a pris le nom d’Asharq Bloomberg.

Un redé­ploiement mas­sif qui reflète les ten­sions dans le Golfe. Longtemps con­sid­érés comme des alliés insé­para­bles, l’Arabie saou­dite et les Émi­rats arabes unis se sont vio­lem­ment opposés fin 2025 au Yémen, où Riyad a bom­bardé des posi­tions soutenues par les EAU et exigé le retrait de leurs troupes. Der­rière ce clash : des visions stratégiques diver­gentes, une rival­ité pour le lead­er­ship région­al et désor­mais une con­cur­rence économique et médi­a­tique crois­sante qui trans­forme leur « fra­ter­nité » en rival­ité ouverte.

En fait, les prin­ci­paux groupes médi­a­tiques du Golfe sem­blent répon­dre à une urgence poli­tique com­mune : ren­forcer le con­trôle nation­al des médias, un mou­ve­ment qui s’accompagne d’un recen­trage des lignes édi­to­ri­ales sur les straté­gies de chaque pays.

Une qatarisation « sélective »

Côté qatari, la ten­dance est à une « nation­al­i­sa­tion » con­tin­ue du prin­ci­pal levi­er médi­a­tique du pays, sans crain­dre apparem­ment de per­dre sa place de média le plus influ­ent du monde arabe, même si cela ne touche que les postes de responsabilité.

Après un pre­mier mou­ve­ment, annon­cé en sep­tem­bre 2025, avec la nom­i­na­tion d’un Qatari, Cheikh Nass­er bin Faisal bin Khal­i­fa Al Thani, comme nou­veau directeur général en rem­place­ment de l’Algérien Mustafa Souag, le proces­sus de restructuration/qatarisation se pour­suit à un rythme soutenu.

Selon l’Observatoire des médias arabes, la direc­tion du réseau Al Jazeera Media Net­work a procédé à une nou­velle série de nom­i­na­tions par intérim, applic­a­bles à par­tir du 22 juin 2026. Un fait sail­lant : tous les nou­veaux respon­s­ables, à l’exception d’un seul, sont de nation­al­ité qatarie.

Selon la même source, les nou­velles nom­i­na­tions con­cer­nent 26 postes, dont 6 respon­s­ables au sein du départe­ment des opéra­tions du réseau.

Il s’agit d’Ibrahim Abdul­rah­man Al-Man­nai, nom­mé directeur de l’administration des opéra­tions médi­a­tiques, de Fahd Issa Al-Kaabi, directeur de l’administration de la pro­duc­tion des pro­grammes, d’Abdulhadi Mohammed Al-Obaidli, directeur des opéra­tions de la chaîne Al Jazeera Ara­bic, d’Hassan Sul­tan Al-Muf­tah, directeur des opéra­tions de la chaîne Al Jazeera 2, de Sheikha Hanan Ali Ahmed Al Thani, direc­trice des opéra­tions d’Al Jazeera Doc­u­men­tary, et enfin de Mohammed Ahmed Gharib Al-Obaidli, directeur des opéra­tions d’Al Jazeera Mubasher.

Autre nom­i­na­tion : Mohammed Said Al-Hajri est chargé des fonc­tions de directeur du départe­ment des pro­jets, tout en con­ser­vant en par­al­lèle son poste actuel de directeur du suivi de l’exécution au bureau exécutif.

AJ+, une exception ?

Dans ce grand remue-ménage, la direc­trice d’AJ+ (Al-Jazeera Jeunesse), Dima Khat­ib, d’origine syro-pales­tini­enne, sem­ble jusqu’ici épargnée. Mais c’est aus­si le média lui-même et sa ligne édi­to­ri­ale qui ne sont pas remis en cause.

Lancé en décem­bre 2017, AJ+ en français se décrit comme un média en ligne dédié aux « généra­tions con­nec­tées et ouvertes sur le monde qui traite de manière inclu­sive les prob­lé­ma­tiques contemporaines. »

Ce média se dis­tingue par sa ligne édi­to­ri­ale prô­nant auda­cieuse­ment la pro­mo­tion des « droits des minorités », y com­pris ceux de la com­mu­nauté LGBT. Un tabou dans le monde arabe, AJ+ étant aus­si con­sulté au Maghreb. Reste que c’est surtout son dis­cours pro-pales­tinien offen­sif, et délibéré­ment polémique, qui fait réa­gir le plus son pub­lic francophone.

La nou­velle poli­tique d’Al-Jazeera va-t-elle con­train­dre AJ+ à plus de modération ?

Mus­sa A.

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