Un simple montage audio diffusé lors de la matinale par Guillaume Erner aura suffi à déclencher une polémique nationale. Accusée d’avoir dénaturé les propos de Jean-Luc Mélenchon afin de l’accuser de tenir un discours antisémite, France Culture fait désormais l’objet d’un signalement de La France insoumise auprès de l’Arcom.
Un montage « grossier, mais venimeux », a dégainé Jean-Luc Mélenchon, visant France Culture, le 24 juin dernier.
Dans la matinale ce jour-là, alors qu’il recevait Marine Le Pen sur les antennes de France Culture, le journaliste et animateur de la matinale Guillaume Erner avait diffusé un montage établissant un parallèle entre des propos tenus par Jean-Luc Mélenchon et Jean-Marie Le Pen. Une séquence dont la vocation manifeste était d’établir une proximité entre l’antisémitisme supposé du premier et celui du second, plusieurs fois condamné en justice à ce motif.
« Pour moi c’est la caste, c’est-à-dire les tout-puissants financiers et leurs marionnettes médiatiques, politiques… », entend-on. Or, il s’avéra que le montage en question était complètement « fallacieux », comme devait l’admettre la radio dans un message d’excuse. Car l’extrait était en réalité tiré d’un entretien entre Natacha Polony et Jean-Luc Mélenchon, diffusé sur Paris Première lors de l’élection présidentielle de 2017. L’écoute de l’échange dans son contexte permettait de comprendre que le patron des Insoumis ne parlait pas des Juifs, mais des élites françaises. Nulle mention n’était faite de la communauté juive.
Une manipulation médiatique donc, qui a valu à France Culture une tempête de critiques dont elle ne s’est pas encore remise, sans compter l’atteinte portée à sa crédibilité à plus long terme.
La réaction en chaîne
La séquence a en effet enflé sur X, la mouvance insoumise étant rapidement montée au créneau. Manuel Bompard, coordinateur national de LFI, a interpellé directement la chaîne : « Peut-on savoir depuis quand France Culture choisit comme source un média en ligne qui produit des montages fallacieux ? Quand est-il prévu de diffuser ce correctif à l’antenne ? » La France insoumise a indiqué avoir saisi l’Arcom.
Face au déluge, France Culture a reconnu la faute et admis que l’extrait « n’avait pas été sourcé à l’antenne », qu’il provenait de Léon le média et constituait « un montage fallacieux, ce que nous avons réalisé a posteriori ».
Les regrets de la chaîne ont été jugés très insuffisants par Jean-Luc Mélenchon qui a dénoncé sur X « l’irresponsabilité » de la radio, l’accusant de « se défausser de son engagement » pour « soutenir sans le dire le multirécidiviste Guillaume Erner ».
Après la provocation et l’insulte, France Culture plonge dans l’irresponsabilité et se défausse de son engagement aux côtés de Guillaume Erner. Pour soutenir sans le dire le multirécidiviste Guillaume Erner, elle sert des prétextes et ne règle aucun des problèmes posés par le… https://t.co/dMehTuiEsR
— Jean-Luc Mélenchon (@JLMelenchon) June 25, 2026
La désapprobation n’est pas seulement venue du camp insoumis. Les sociétés des journalistes de France Culture et de Radio France ont ainsi publié un communiqué pour « se désolidariser » du présentateur, estimant que l’affaire « entache la crédibilité de l’antenne ». La Société des producteurs de France Culture a quant à elle dénoncé des « fautes graves ».
Le cas Erner, une question de biais ?
La manipulation médiatique est le péché mortel de tout journaliste qui se respecte. Guillaume Erner avait-il l’intention de tromper son public, ou s’est-il lui-même fourvoyé, se convainquant que Mélenchon visait effectivement la communauté juive dans cet extrait ?
On ne saurait (devrait ?) sonder Guillaume Erner en son for intérieur. Cela étant dit, lui-même se décrit comme un « Juif obsédé par les Juifs » dans un ouvrage intitulé Judéobsessions (éd. Flammarion, 2025). Une obsession qui l’a visiblement conduit à entacher la crédibilité de France Culture.
D’où vient le montage ?
Bien sûr, il s’est excusé lui-même dans un message audio diffusé le 25 juin à l’antenne, reconnaissant ne pas avoir « vérifié scrupuleusement le contenu de ce montage audio » et admettant que tout cela n’était « pas conforme à son éthique professionnelle ».
L’extrait diffusé par Guillaume Erner n’avait pas été réalisé par celui-ci, mais par le média numérique Léon le média, qui compte 25 000 abonnés sur Instagram et revendique « décrypter l’actu » dans une ligne « résolument républicaine ». Son rédacteur en chef, Avishai Leger-Tanger, est par ailleurs chargé de mission au CRIF, le Conseil représentatif des institutions juives de France, très critique de LFI.
Double jeu de dupes
Justement : l’écoute attentive du montage de Léon, le média, dans son intégralité, lui donne un tour plus cocasse encore. Jean-Luc Mélenchon y est cité dénonçant le CRIF, « là où tous les ans les ministres défilent […] et ils sont aux ordres ». Des propos en substance très proches de ceux qui lui sont faussement reprochés, et qui font vraiment écho aux déclarations de Jean-Marie Le Pen sur l’influence du « Congrès juif mondial », en 1989. Ce que, chose étonnante, personne dans la grande presse n’a jusqu’ici relevé.
Nouvel accrochage entre les médias et LFI
Reste que cette discorde entre un journaliste de France Culture et La France insoumise s’ajoute aux bras de fer de plus en plus récurrents entre les médias principaux et la formation de Jean-Luc Mélenchon. Ce dernier appelle depuis plusieurs mois à « contourner le parti des médias ».
Le 22 juin dernier, l’émission Quotidien apostrophait Raphaël Arnault, le député et cofondateur du groupe violent « La Jeune Garde ». En mai, Jean-Luc Mélenchon a promis de démanteler les groupes médias privés. Mais les médias privés ne sont pas les seuls concernés : en avril dernier, l’Arcom a rappelé à l’ordre France Télévisions et Radio France pour avoir rapporté des affirmations inexactes à l’antenne lors d’une interview de Manuel Bompard.
Joffrey Thomazé

