Média d’investigation financé par les dons, Disclose revendique une indépendance totale vis-à-vis des pouvoirs politiques et économiques. Pourtant, une part importante de ses ressources ces dernières années provient des fondations philanthropiques anglo-saxonnes, comme l’Open Society de George Soros ou The Sunrise Project, engagé dans la transition énergétique. Une situation qui interroge sur l’influence réelle de ces financements sur la ligne éditoriale du média.
Disclose s’est imposé comme l’un des principaux médias d’enquêtes français. Créé en 2018 par les journalistes Mathias Destal (ancien de Marianne) et Geoffrey Livolsi (ancien de Mediapart et de France Inter) sous la forme d’une association loi 1901, il se présente comme « un média d’investigation à but non lucratif et une ONG dédiée au droit à l’information ».
Depuis juin 2025, ses enquêtes les plus virales sont celles sur la contamination aux PFAS, « poison éternel », sur Lactalis, « une firme sans foi ni loi » ou encore sur Decathlon, « champion de l’exploitation ». En 2024, Disclose a été à l’origine d’une série d’enquêtes sur les ventes de pièces d’armes françaises à Israël.
L’organisation du média se veut atypique : son modèle repose sur la publication d’enquêtes approfondies, accessibles gratuitement, sans publicité et financées exclusivement par les dons.
Son conseil d’administration est composé de journalistes bénévoles. Le média dispose également d’un comité éditorial, d’un conseil de surveillance bénévole, de quelques salariés (six en 2025) et s’appuie sur une vingtaine de journalistes indépendants collaborant régulièrement à ses enquêtes.
Le financement par des ONG anglo-saxonnes soulève des questions
Le modèle économique retenu est donc celui du financement participatif, de la donation et du mécénat. Selon les années, jusqu’à 68 % des ressources de Disclose proviennent de fondations privées essentiellement issues du monde anglo-saxon. La répartition entre fondations et dons des lecteurs varie d’un exercice comptable à l’autre, mais traduit une dépendance significative à l’égard de financements philanthropiques étrangers. Parmi les fondations qui ont soutenu Disclose, on peut citer l’Open Society Foundation de Georges Soros (130 000€ en 2022) ou Amnesty International (40 000€ en 2022–2023).
Dans sa communication, Disclose affirme refuser « toute subvention publique » et le soutien de fondations d’entreprises. Le média assure également n’être soumis à « aucun intérêt politique ou financier ». Selon sa charte, les mécènes n’ont pas connaissance des sujets d’enquête et s’engagent à respecter la liberté d’expression et d’information de l’association. Les fondations ne siègent pas non plus dans ses instances de gouvernance.
L’origine des financements est-elle vraiment sans conséquence sur les orientations éditoriales du média ?
Parmi les fondations ayant soutenu Disclose figure en première place The Sunrise Project, une ONG environnementale australienne fondée en 2012 par un ancien de Greenpeace, John Hepburn. Son budget s’élève à près de 50 millions de dollars.
En 2023 et 2024, cette organisation a versé 160 000 € à Disclose, un financement non renouvelé depuis. Or The Sunrise Project affiche un objectif explicite : « réorienter l’économie mondiale hors des énergies fossiles » et ne finance que des projets allant dans ce sens.
Dans le même temps, Disclose a consacré depuis novembre 2021 et jusqu’à avril 2026 une série d’enquêtes intitulée « Les forcenés du fossile », dénonçant les responsabilités d’acteurs économiques dépendants du pétrole, du gaz et du charbon dans la crise climatique. Plusieurs grandes entreprises, dont Total, Engie ou encore Crédit Agricole, y ont été mises en cause.

Les liens avec The Sunrise Project ne s’arrêtent pas là : dans ses enquêtes, Disclose s’est appuyée notamment sur les travaux de Reclaim Finance, une ONG engagée contre les énergies fossiles et favorable aux énergies renouvelables, qui bénéficie elle aussi du soutien financier de The Sunrise Project.
Selon les informations disponibles, The Sunrise Project a été notamment financé par Bloomberg Philanthropies, Sequoia Climate Foundation et Oak Foundation, trois structures fortement impliquées dans le financement de la transition énergétique et de la finance climatique.
Le schéma est le suivant : Michael Bloomberg (via BloombergNEF) investit dans la décarbonation et les énergies renouvelables ; sa fondation Bloomberg Philanthropies finance The Sunrise Project qui pratique un lobbying anti-énergies fossiles, notamment en finançant le média Disclose.

Ce modèle n’est pas sans poser question : il donne l’aspect d’un écosystème cohérent où des fondations philanthropiques engagées dans la décarbonation financent à la fois des organisations militantes et des médias produisant des enquêtes convergeant vers les mêmes objectifs.
Disclose revendique influencer les politiques publiques.
Disclose revendique par ailleurs un impact direct sur les politiques publiques en « faisant bouger la loi ». Le média publie chaque année un bilan de son influence institutionnelle. Pour 2024, il fait état de 40 répercussions institutionnelles, dont 25 mentions à l’Assemblée nationale et au Sénat par des députés EELV.
Dès lors, il est permis de poser la question sur l’indépendance réelle de Disclose quant au choix de ses enquêtes, et de s’interroger sur l’influence des mécènes sur le contenu journalistique produit. Un média peut-il se présenter comme totalement indépendant lorsqu’une partie importante de ses ressources provient de fondations étrangères engagées dans des combats politiques ou économiques explicitement identifiés ?
Disclose n’a pas souhaité répondre à notre demande de contradictoire.
Anthony Marinier
Voir aussi : Fonds pour une presse libre : derrière les appels aux dons, les zones d’ombre du modèle Mediapart

