Sous couvert de défendre le pluralisme médiatique et l’indépendance de la presse, le Fonds pour une Presse Libre (FPL) collecte des dons défiscalisés à hauteur de 66 %. Mais l’examen de ses comptes et de ses choix de financement révèle qu’il reverse moins de 40 % des sommes collectées à d’autres médias. Le reste vient gonfler ses fonds propres, qui servent directement de garantie financière à la structure contrôlant Mediapart. Derrière un habillage vertueux de « crowdfunding d’urgence », le FPL fonctionne comme une machine à financer un seul courant idéologique tout en consolidant la solidité de Mediapart.
Libération a, en avril dernier, attaqué l’indépendance de l’OJIM, regrettant que les dons à notre organisation bénéficient de la déduction fiscale de 66 %. En partenariat avec Radio Courtoisie, Boulevard Voltaire et L’Incorrect, l’OJIM tient simplement à rappeler que la mouvance médiatique de la gauche radicale bénéficie d’un IMMENSE réservoir d’argent public (via subventions/aides à la presse ou par le biais de la réduction d’impôt). Retrouvez tout au long de la semaine nos mises au point sur des organisations qui émettent des reçus fiscaux.
Le Fonds pour une presse libre (FPL) se présente comme un rempart en faveur du pluralisme médiatique. Fonds de dotation reconnu d’utilité publique, il a été créé en 2019 par les cofondateurs et l’équipe de Mediapart, qui l’ont doté d’un million d’euros.
Sa mission affichée dans ses statuts est double : garantir l’indépendance de Mediapart grâce à la Société pour la protection de l’indépendance de Mediapart (SPIM) qui détient le média, et soutenir le pluralisme de la presse en aidant financièrement des médias indépendants et des projets journalistiques.
Le FPL étant reconnu d’utilité publique, les dons versés ouvrent droit à une réduction fiscale de 66 %.
Derrière l’appel aux dons, le FPL capitalise pour Mediapart
Dans sa communication publique (dont on a un aperçu parfait dans ce communiqué de février 2026 du président du FPL, François Bonnet), comme sur sa page de don, le FPL affirme reverser l’intégralité des dons pour financer projets et médias… mais en réalité, le FPL aide avant tout l’assise financière de Médiapart.
Chaque année, le FPL ne reverse qu’une partie des dons collectés. Selon nos calculs déduits de l’intégralité des comptes de 2021 à 2025, seulement 40 % des dons ont effectivement financé des médias.En retirant les charges d’exploitation (frais de fonctionnement et de recherche d’argent), l’excédent de chaque exercice comptable rejoint les fonds propres.
À sa création, le FPL disposait d’un million d’euros de fonds propres. Fin 2024, ceux-ci atteignent 1,6 million d’euros, et fin 2025 : 2 millions. L’analyse des comptes de résultat et des bilans comptables de chaque année nous apprend que 970 000 € supplémentaires ont atterri dans les fonds propres du FPL, en provenance directe des dons non dépensés et accumulés au fil des années.
Ces fonds propres servent de garantie à la SPIM, la structure qui assure le contrôle de Mediapart. Chaque don renforce donc en partie le bilan de la holding de Mediapart. Conséquence : un donateur qui détesterait Mediapart mais aimerait « la presse libre » financerait malgré tout l’assise du média d’Edwy Plenel.
Une situation opaque qui interroge sur la finalité réelle des dons collectés auprès du public, et le décalage avec la communication du FPL. L’utilisation des dons devrait être clairement explicitée aux donateurs. C’est un angle mort (peut-être volontaire ?) de sa communication qui utilise les codes du crowdfunding d’urgence pour faire de la dotation patrimoniale. Tant que le donateur ne lit pas le compte de résultat, il ne peut pas deviner que moins de la moitié du montant de son don sert à financer des projets médias.
Un fonds totalement idéologisé, dépourvu de pluralisme
Au-delà des aspects financiers, la question du pluralisme suscite également l’interrogation. Gouvernance, projets soutenus, ligne idéologique : le FPL affiche une absence de pluralisme à tous les niveaux.
La gouvernance du FPL est étroitement liée à Mediapart : le conseil d’administration est composé de huit membres, dont quatre travaillent ou ont travaillé pour Mediapart.
Le FPL est aussi doté d’un conseil stratégique (composé de 11 membres) qui sélectionne les projets à aider. Les 19 membres présentent un profil très homogène : ils sont issus des mêmes réseaux associatifs et médiatiques de gauche. L’homogénéité est presque totale, à la seule exception de la journaliste féministe et militante pour la cause noire Christelle Murhula.
Depuis sa création, le fonds ne finance que des médias qui appartiennent tous à une même famille idéologique, l’extrême-gauche : Arrêt sur Images, Bondy Blog, Inf’OGM, L’Empaillé, La Déferlante, Mediacités, Reflets.info, Splann !, StreetPress, Disclose, Au Poste, Climax, CQFD, Le Poulpe, Le Postillon, Marsactu, Rue89…
Depuis deux ans, son fonctionnement repose sur des appels à projets. Les projets retenus portent sur un même sujet : l’extrême droite. Et pour cause, le FPL impose la lutte contre l’extrême-droite dans son cahier des charges. Stérin, Bolloré, RN, réseaux catholiques… en 2025, 47 enquêtes dans 20 médias ont été financées. En 2026, ce sont 300 000 € qui seront distribués sur ce thème.
Voir aussi : Médiacités : un média local et « indépendant » qui doit un peu à Mediapart et beaucoup à la défiscalisation
Cul de sac journalistique
Dans ses statuts, le FPL explique défendre le pluralisme de la presse et l’indépendance du journalisme. Or, la seule indépendance qu’il garantit est celle de Mediapart, et le seul pluralisme défendu est celui nécessaire à l’expression de la presse d’extrême-gauche.
La forte homogénéité sociologique et idéologique au sein des instances dirigeantes du fonds et l’utilisation des dons obtenus démontrent qu’il fonctionne au profit d’un cercle restreint de personnes. Or, pour être reconnue d’intérêt général et bénéficier de la déduction fiscale des dons, une association ne peut pas restreindre ses activités à un groupe fermé. Elle doit accueillir tous types de bénéficiaires sans critère discriminatoire. Or, dans les faits, le Fonds pour une presse libre concentre ses financements vers des médias partageant une même sensibilité politique et oriente ses appels à projets vers une thématique unique.
Ces éléments soulèvent une question essentielle : un organisme créé pour défendre le pluralisme de la presse peut-il continuer à revendiquer cette mission lorsqu’il finance exclusivement des médias et des projets appartenant à un même courant idéologique ?
Le FPL n’a pas souhaité répondre à notre demande de contradictoire.
Anthony Marinier

