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Apoplexie dans les médias dominants : le JD News appelle à renouer avec la Russie

12 juin 2026 | Temps de lecture : 8 minutes

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« Guerre en Ukraine, l’appel au sur­saut » : en pleine affaire Xenia Fedoro­va, la nou­velle Une du JD News s’est attirée les foudres des nom­breux par­ti­sans de Kiev. En dépit des cri­tiques, la direc­tion du JDD main­tient sa ligne, à rebours du dis­cours politi­co-médi­a­tique dominant.

« Les amis de Vladimir à la Une du JD News, Xenia Fedoro­va a bien tra­vail­lé », iro­ni­sait ce 9 juin Jean-Michel Aphatie. « Tiens, la Prav­da a une édi­tion en français », taclait l’eurodéputée macro­niste Nathalie Loiseau. Une moquerie reprise 24 heures plus tard par le chroniqueur de Quo­ti­di­en Paul Gas­nier : « Et là je suis tombé sur la Prav­da », dis­ait-il en plateau avant d’ajouter sur X avec élé­gance : « un dégueulis de pro­pa­gande russe ».

La nou­velle Une du JD News a sus­cité une lev­ée de boucliers jaunes et bleus. Il faut dire que la direc­tion du jour­nal a frap­pé fort, appelant à « renouer avec la Russie ». Un plaidoy­er qui per­cute de plein fou­et le nar­ratif médi­a­tique ambiant, alors que les dirigeants européens réitèrent leur sou­tien à Volodymyr Zelen­sky, de sur­croît en pleine cam­pagne numérique visant l’ancienne direc­trice de RT France. Pour les défenseurs de l’Ukraine, la cause est enten­due : Moscou est l’envahisseur et la morale du côté de Kiev.

Un peu d’esprit de contradiction

Du côté de la direc­tion du jour­nal, on nous con­fie se moquer des réac­tions épi­der­miques, « qui glis­sent sur nous comme l’eau sur les plumes d’un canard ». Une cer­ti­tude vis­i­ble­ment assise sur une autre, très géos­tratégique et prospec­tive : « Inéluctable­ment, on va devoir repar­ler à la Russie, c’est une évi­dence, on doit par­ler à ses voisins. »

Un argu­ment qui se veut « réal­iste » et que l’on retrou­ve par­mi les « qua­tre Avengers » de la cou­ver­ture. Philippe de Vil­liers s’attaque ain­si dans un entre­tien au gou­verne­ment, « qui con­duit la Russie à redou­bler d’hostilité à notre égard ». L’escalade plutôt que la diplo­matie ? « Du temps du général de Gaulle, de Georges Pom­pi­dou ou même de Nico­las Sarkozy, c’est la France qui aurait réu­ni la Russie et l’Ukraine lors d’une con­férence de paix à Paris », pense-t-il.

Le philosophe Luc Fer­ry, ancien min­istre sarkozyste, démonte quant à lui les obses­sions du « camp du Bien » et remonte les orig­ines du con­flit à 2014. Un pro­pos qu’il avait déjà soulevé en avril 2025 sur LCI : « C’est l’Ukraine qui a déclenché cette guerre, avec la guerre du Don­bass, et c’était une con­ner­ie mon­u­men­tale. »

Nico­las Dupont-Aig­nan, de son côté, dénonce l’entrée de l’Ukraine au sein de l’UE, « qui revient à plac­er les peu­ples européens au bord d’un engrenage que per­son­ne ne maîtrise ».

Hen­ri Guaino lui aus­si fustige « l’ivresse du chef de guerre », visant là les dirigeants européens. À ses yeux, une seule ques­tion se pose : « Que faire pour arrêter la tuerie et l’escalade ? » « Pou­tine a fait un mau­vais cal­cul, même du point de vue de ses intérêts », juge-t-il avec mod­éra­tion, avant d’ajouter : « mais l’Europe en fait aus­si un en entre­tenant une ten­sion crois­sante avec la Russie. » Guaino regrette depuis 2022 une « marche de som­nam­bules » vers la guerre.

Enfin, quelques pages plus tôt, Xenia Fedoro­va reproche aux dirigeants européens de ne pas chercher une issue au con­flit, mais de spon­soris­er la guerre.

L’Élysée déjà pris aux entournures

Des pro­pos chocs en cet été 2026. Mais nos sources nous rap­pel­lent que ce choix édi­to­r­i­al n’est pas nou­veau. En jan­vi­er dernier, le JDD titrait ain­si « Macron s’en va-t-en guerre ». En décem­bre 2025, Philippe de Vil­liers dénonçait « La défaite de l’Europe ». En mars de la même année, ce dernier dénonçait dans le JD News « les va-t-en-guerre et les va-t-en-paix ». Au même moment, était visée en Une du JDD « la surenchère de la peur » menée par Emmanuel Macron, l’ancien min­istre de la Défense Hervé Morin y dénonçant la « drama­ti­sa­tion » de l’exécutif. Une mise à l’index qui poussera d’ailleurs l’Élysée à démen­tir la volon­té du prési­dent de « faire peur » à la pop­u­la­tion pour jus­ti­fi­er l’aide à Kiev ou les pro­jets d’envois de sol­dats français.

Le JDD persiste et signe

A con­trario, le JDD soulig­nait les espoirs de paix dans la foulée de l’ou­ver­ture de négo­ci­a­tions avec la Russie par Don­ald Trump. Et, chose intéres­sante, le jour­nal sem­blait déjà émet­tre quelques doutes sur la poli­tique actuelle, avant même l’arrivée de Geof­froy Leje­une à sa tête. Ain­si avait-il titré « Jusqu’où doit-on soutenir l’Ukraine ? » en décem­bre 2022.

La rédaction soudée

Bien sûr, les organes du groupe Bol­loré sont les seuls par­mi les grands médias à faire val­oir de tels argu­ments, raris­simes sur les plateaux, alors qu’ils cir­cu­lent ample­ment sur les réseaux soci­aux ou par­mi les médias alter­nat­ifs depuis 2022. Entre autres, sur TV Lib­ertés, Toc­sin ou Omer­ta, qui se veu­lent aus­si en pointe sur le sujet. Une ten­dance qui sert con­stam­ment de jus­ti­fi­ca­tion à l’exécutif pour « lut­ter con­tre la dés­in­for­ma­tion » et faire peser une men­ace d’interdiction.

La cam­pagne actuelle n’est pas sans risques pour le groupe de Vin­cent Bol­loré. D’autant plus que, der­rière les per­son­nal­ités en Une, le groupe a recruté d’anciens jour­nal­istes de RT France. Un choix qui leur a immé­di­ate­ment valu les indig­na­tions de la presse dom­i­nante, une fois le média russe liq­uidé en févri­er 2023 dans la foulée de sanc­tions européennes. Dès sep­tem­bre 2023, avant même l’arrivée de Fedoro­va en jan­vi­er 2025, Médi­a­part accu­sait le jour­nal d’être devenu « le nou­veau porte-voix du Kremlin ».

Au sein de la hiérar­chie, on s’en moque tout autant : la venue de Thomas Bon­net ou d’Olivier de Ker­an­flech (sur CNews) fait l’unanimité en rai­son de leurs qual­ités, nous dit-on. Et puis au JDD, la rédac­tion est soudée dans l’adversité : d’ailleurs, à l’embauche, le pas­sage par des rédac­tions rompues aux cam­pagnes de dén­i­gre­ment sem­ble un plus. Car mieux vaut avoir la peau dure pour résis­ter aux pressions.

Voir aus­si : Accu­sa­tions de « pro­pa­gande » : pour défendre Fedoro­va, Vil­liers s’attaque à Glucksmann

Discréditer les « boomers »

Les attaques sont d’ailleurs bien rodées et facile­ment iden­ti­fi­ables. Trois prin­ci­paux sub­terfuges sont util­isés pour dis­qual­i­fi­er le JDD, typ­iques de la défense du dis­cours dominant :

  1. L’amalgame et la sim­pli­fi­ca­tion : On asso­cie immé­di­ate­ment le con­tenu (en l’oc­cur­rence, l’ap­pel à renouer avec la Russie, cri­tique de la stratégie occi­den­tale en Ukraine) à des caté­gories dis­créditées d’avance : « col­la­bos », « pro­pa­gan­distes » ou même « boomers ». L’argument n’est pas réfuté sur le fond (est-ce raisonnable ou non de con­sid­ér­er la Russie comme une men­ace exis­ten­tielle ? Quelles sont les respon­s­abil­ités partagées ?) L’énonciateur est dis­qual­i­fié d’office.
  2. L’expulsion du champ de la parole autorisée (fenêtre d’Overton) : grâce à l’amalgame, les cinq con­tribu­teurs sont placés hors du « cer­cle du raisonnable ». Dire qu’« entretenir la guerre est une erreur his­torique » devient là aus­si, ipso fac­to, sus­pect. C’est une forme de cen­sure par la morale : on ne débat pas, on exclut.
  3. L’inversion accusatoire et la répéti­tion : les médias dom­i­nants accusent inlass­able­ment le JDNews de « pro­pa­gande » alors qu’ils ont eux-mêmes relayé mas­sive­ment une com­mu­ni­ca­tion de guerre assez uni­voque pen­dant des années. Aujourd’hui, ils répè­tent en boucle ces mots clés. Ironie de l’histoire : la répéti­tion est juste­ment l’une des tech­niques les plus effi­caces de la propagande.

Convergence des luttes ?

Sans sur­prise, la gauche est moins attaquée pour ses posi­tions à l’égard du con­flit. On a retrou­vé sur le plateau du QG d’Aude Lancelin des per­son­nal­ités plutôt classées à droite, comme la chercheuse Car­o­line Galac­teros ou le reporter Régis Le Som­mi­er et l’humanitaire Niko­la Mirkovic, qui se sont tous les deux ren­dus sur le front, dans le Don­bass en guerre.

Il faut dire que la gauche de gauche est moins… com­plexée que les médias dom­i­nants, assumant plus aisé­ment le paci­fisme. LFI appelle d’ailleurs à met­tre un terme au con­flit ukrainien. Ce qui a de quoi faire sourire : sur ce dossier, la mou­vance insoumise et les médias du groupe Bol­loré se retrou­vent alignés. Même si au sein de la hiérar­chie du jour­nal, on récuse toute con­ver­gence des luttes : « on n’a pas le même point de départ ni le même point d’arrivée ». Et de con­clure : « Nous, on trace notre route. »

Édouard Chan­ot

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