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IA dans les rédactions : la confiance, dernier capital du journalisme

5 juin 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

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Le rap­port « State of the Media 2026 » de Cision con­firme l’entrée mas­sive de l’intelligence arti­fi­cielle dans les rédac­tions. Mais der­rière l’enthousiasme tech­nologique, les jour­nal­istes dis­ent surtout man­quer de moyens, crain­dre la dés­in­for­ma­tion et dépen­dre tou­jours davan­tage des communicants.

L’IA pro­gresse vite, les réseaux soci­aux sont omniprésents. Face à cela, la pro­fes­sion a préservé ce qui lui reste de plus rare : la con­fi­ance. Le rap­port 2026 de Cision (société de veille média), pub­lié à l’occasion du con­grès mon­di­al de la presse WAN-IFRA qui s’est tenu du 1ᵉʳ au 3 juin à Mar­seille, dresse un por­trait inqui­et du jour­nal­isme contemporain.

L’enquête repose sur 1 899 répon­dants dans 19 marchés, selon la méthodolo­gie du rap­port, acces­si­ble en téléchargement.

L’IA adoptée, mais sous surveillance

Pre­mier enseigne­ment : l’intelligence arti­fi­cielle est entrée dans les habi­tudes. En 2026, 79 % des jour­nal­istes déclar­ent utilis­er des out­ils d’IA généra­tive, con­tre 53 % l’année précé­dente selon Cision. Mais l’usage reste majori­taire­ment aux­il­i­aire : 48 % s’en ser­vent pour trou­ver des angles, ques­tions ou titres, 43 % pour la recherche ou la véri­fi­ca­tion, 41 % pour tran­scrire ou résumer des entre­tiens. Seuls 27 % l’utilisent pour la créa­tion de contenu.

Cette dis­tinc­tion est essen­tielle. L’IA est accep­tée comme « copi­lote », mais pas encore comme rédac­teur. Elle aide à pro­duire plus vite dans des rédac­tions amaigries, sans résoudre la ques­tion cen­trale : qui garan­tit l’exactitude finale ? Le para­doxe est le suiv­ant : les jour­nal­istes utilisent l’IA pour sup­port­er la cadence ou réduire la charge de tra­vail, tout en ren­dant leur méti­er plus incertain.

Rap­pelons que près de 11 000 postes ont été sup­primés depuis 15 ans dans la presse écrite, une ten­dance qui s’accélère. Ain­si, 1 000 emplois sup­plé­men­taires ont dis­paru depuis décem­bre 2025. Sont notam­ment rem­placés les secré­taires de rédac­tion (chargés des cor­rec­tions d’articles).

Der­rière les dis­cours sur l’innovation, c’est donc une pro­fes­sion sous ten­sion qui appa­raît. Marc Walder prédi­s­ait une extinc­tion mas­sive de la presse écrite et régionale est à prévoir, prédi­s­ait en avril dernier Marc Walder, le PDG du groupe de médias suisse Ringier.

Désinformation, réduction des moyens… et des effectifs

Le rap­port iden­ti­fie trois défis prin­ci­paux : l’exactitude, la véri­fi­ca­tion des faits et la lutte con­tre la dés­in­for­ma­tion, citées par 50 % des jour­nal­istes ; les con­traintes de ressources, à 49 % ; puis l’impact de l’IA, à 43 %. La peur de la dés­in­for­ma­tion repasse ain­si devant l’adaptation aux nou­veaux usages du public.

Moins de bud­gets, moins de postes, plus de con­tenus à pro­duire, plus de for­mats à ali­menter : le jour­nal­iste devient un pro­duc­teur mul­ti­plate­forme, tour à tour rédac­teur, « com­mu­ni­ty man­ag­er », « pod­cas­teur » et « newslet­ter­iste ». Et de moins en moins sur le ter­rain. Le rap­port note ain­si que 47 % con­tribuent aus­si à un site numérique, 35 % à des réseaux soci­aux de médias, 23 % à des newslet­ters et 22 % à des podcasts.

La dépendance aux relations publiques, angle mort du journalisme

Le point le plus révéla­teur con­cerne peut-être les rela­tions publiques. Cision, dont c’est le cœur du méti­er, souligne que 66 % des jour­nal­istes s’appuient sur les con­tenus four­nis par les rela­tions presse pour trou­ver des idées de sujets (« com­mu­niqués de presse, pitchs et kits média »), devant les réseaux soci­aux et les autres médias. Les agences de presse n’arrivent qu’en cinquième position.

Ce chiffre mérite d’être lu avec pru­dence. Pour les com­mu­ni­cants, il s’agit d’une oppor­tu­nité. Pour le jour­nal­isme, c’est aus­si un sig­nal de fragilité : une presse qui manque de moyens finit mécanique­ment par dépen­dre davan­tage des sources intéressées.

Les jour­nal­istes en sont con­scients : 72 % jugent que moins d’un quart des sol­lic­i­ta­tions reçues sont réelle­ment per­ti­nentes, et 53 % refusent de recevoir des con­tenus générés par IA de la part des pro­fes­sion­nels des RP.

Le rap­port Cision dit donc deux choses à la fois. Les rédac­tions s’adaptent tech­nique­ment. Mais la valeur du jour­nal­isme ne se déplace pas vers la tech­nolo­gie : elle reste dans la véri­fi­ca­tion, la hiérar­chi­sa­tion et l’indépendance, sou­vent ren­dues plus dif­fi­ciles par des moyens réduits.

À l’heure où tout le monde peut pro­duire du con­tenu, la con­fi­ance demeure l’enjeu pour mobilis­er son lec­torat ou ten­ter d’en con­quérir un. Quant à l’avenir de la presse, plus que sa dis­pari­tion, c’est sa muta­tion qui est en jeu avec des acteurs qui tirent plus ou moins bien leur épin­gle du jeu à l’image du Monde qui a su se plac­er idéale­ment dans la roue de ChatGPT.

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