Moins d’un an après son arrivée au 20 heures de France 2, Léa Salamé voit son avenir fragilisé par les audiences, les polémiques et l’hypothèse d’une candidature de Raphaël Glucksmann en 2027. Le service public découvre qu’un casting très politique finit parfois par poser un problème… politique.
Léa Salamé voulait incarner le renouveau du 20h de France 2. Elle se retrouve déjà au centre d’un feuilleton assez embarrassant pour France Télévisions : restera-t-elle à l’antenne si Raphaël Glucksmann, son compagnon, se lance dans la présidentielle ? Lors de son audition devant la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, en février dernier, elle avait promis :
« Si Raphaël Glucksmann est candidat, je sors de l’antenne et je sors immédiatement. Je ne m’accroche pas. »
Le problème est que l’intéressé se donne du temps, tandis que la chaîne doit, elle, envisager la suite.
Le 20 heures sans « effet Salamé »
Le cas Salamé est d’abord une affaire d’audience. Son arrivée n’a pas inversé le rapport de force avec le journal de TF1, qui rassemble en moyenne un million de téléspectateurs de plus pour son 20 heures. Les chiffres récents confirment cette difficulté. Le mardi 26 mai, Gilles Bouleau réunissait 4,22 millions de téléspectateurs sur TF1, contre 3,04 millions pour Léa Salamé sur France 2. Deux jours plus tard, elle remontait à 3,27 millions et 20,3 %, mais restait derrière TF1, à 4,14 millions et 25,9 %.
Il convient néanmoins de relativiser l’échec Salamé à l’aune du duel des 20h qui est dominé par TF1 depuis le milieu des années 1980. Reprendre la tête sur le créneau horaire eût été un grand succès, ne pas y parvenir n’est pas non plus un scandale.
Lavrov, Cohen : une image qui se brouille
À ces audiences moyennes s’ajoutent des séquences peu flatteuses. En mars, son entretien avec Sergueï Lavrov au 20 heures a été un naufrage. La présentatrice avait été accusée de complaisance, le ministre russe ayant pu dérouler son discours sans contradiction suffisante. Un raté non sans paradoxe quand on sait que son compagnon Raphaël Glucksmann se rêve en porte-drapeau de la lutte contre le Kremlin.
Puis est venue la séquence Patrick Cohen dans Quelle époque !. Il y a quelques jours, l’animatrice y a couvert son confrère de louanges, le décrivant comme « l’un des journalistes les plus respectés », « acéré », « précis », « rigoureux » et « courageux », omettant d’évoquer l’affaire Legrand/Cohen qui avait révélé sa proximité avec des socialistes… Un parti que Salamé doit elle aussi un peu connaître, Raphaël Glucksmann ayant été tête de liste aux élections européennes de 2024 sur la liste du PS.
Glucksmann, le problème que tout le monde voyait venir
Raphaël Glucksmann, récemment vilipendé par une partie de la gauche à la suite de la divulgation d’un mémo préparé par un prestataire pour sa campagne éventuelle, demeure le sujet le plus sensible. Mais pourrait aussi permettre à Léa Salamé de donner une raison autre que l’échec à son départ. Que la présentatrice du principal journal du service public partage sa vie avec un possible candidat de gauche à la présidentielle n’est pas en soi une faute. Mais cela devient un problème dès lors qu’elle doit interviewer, hiérarchiser ou commenter l’actualité politique nationale. Si Raphaël Glucksmann déclare sa candidature, son maintien semble impossible, sinon à nuire autant à la chaîne qu’au député européen.
France Télévisions assure ne pas vouloir la déstabiliser. Léa Salamé, elle, veut réussir et ne pas donner l’impression de céder à des pressions. Mais le paradoxe est cruel : à force d’avoir voulu faire du 20 heures une vitrine de prestige, le service public a installé une présentatrice dont la situation personnelle rend chaque mois la neutralité plus difficile à vendre.

