La XVIIe édition des Bobards d’Or de Polémia s’est tenue à Paris le 20 mai au soir. Une édition dédiée à 15 ans de mensonges du service public, dans la lignée de la commission Alloncle. Une période charnière : Édouard Chanot, directeur de l’OJIM, est intervenu pour dévoiler les mutations de l’entre-soi et de la logique de caste journalistique durant ces années décisives.
Je vous préviens : je vais un peu m’écarter du sujet. Mais c’est pour ne pas vous ennuyer.
Vous m’avez demandé de parler de l’entre-soi, du politiquement correct et de la logique de caste des journalistes. Des phénomènes tout à fait avérés. Je vais plutôt vous raconter un sous-phénomène auquel vous avez assisté, peut-être sans vraiment vous en rendre compte.
Un peu de contexte : nous vivons la fin d’un cycle médiatique de cinquante ans, de 1968 à 2026 : l’essor et le déclin de la pensée unique. Les années d’or des médias dominants, qui ont façonné l’opinion, prennent fin. Aujourd’hui, cette domination est en train de craquer sous une triple pression : technologique, générationnelle et idéologique.
« L’écosystème [de la caste journalistique] est fissuré de toutes parts »
La caste journalistique est fragilisée. Il y a encore vingt ans, elle contrôlait parfaitement sa reproduction via les écoles de journalisme et les grands médias : Radio France, France Télévisions, Le Monde, l’AFP… Aujourd’hui, son écosystème est fissuré de toutes parts.
Petit à petit depuis 15 ans, le pluralisme est de retour. Et avec lui, une bataille d’influence médiatique d’une intensité jamais vue depuis les années où la pensée unique a été imposée.
Charles Alloncle a été à lui seul un séisme, disons de 8 sur 9 sur l’échelle de Richter. Mais avant cela les secousses étaient déjà nombreuses : la presse écrite a perdu près de 700 emplois par an depuis 15 ans, soit 10 000 emplois. Ce qui accessoirement n’est pas une bonne nouvelle. Le 20 h de TF1 est passé de 10 millions à 5 millions de téléspectateurs. Le 20 h n’est plus la grand-messe informationnelle des Français.
Internet a permis l’essor de nouvelles figures. Vous en avez ici. Et dans le mainstream, les jeunes de moins de 35 ans citent davantage Hugo Décrypte que Le Figaro, Le Monde et Libération réunis. Et il est peu probable que ces jeunes adultes se mettent à lire Libé durant leur crise de la quarantaine. Pendant ce temps, les médias alternatifs explosent : TV Libertés a franchi le million d’abonnés sur YouTube, Blast, à l’ultra-gauche, en compte 1,6 million.
Face à cela, la caste médiatique se bat pour conserver son pouvoir. C’est là qu’est intervenu le sous-phénomène dont je voulais vous parler : la lutte contre les fake news.
« Bien sûr, les fausses informations peuvent fausser le débat public… ou provoquer des révolutions »
Bien sûr, les fausses informations existent et peuvent être dangereuses, comme la rumeur autrefois, qui pouvait fausser le débat public… ou provoquer des révolutions. Mais nous avons tous constaté que cette lutte a très souvent servi de paravent à une censure sélective. Les cibles sont toujours les mêmes, surtout quand c’est Julien Pain de France Info qui tient le micro : l’extrême droite, les complotistes, parfois La France Insoumise pour se donner bonne conscience.
Jamais, ou presque, les médias mainstream ne sont mis en cause pour leurs propres erreurs ou leurs silences coupables sur les sujets qui fâchent. Delphine Ernotte soulevait d’ailleurs l’impératif de la lutte contre la désinformation pour évacuer sa propre gestion calamiteuse de France TV.
« Le fact checking, c’est une norme de conformité »
Car pendant dix ans, le fact checking a été l’outil parfait de cette logique de caste. Comme disent les sociologues, c’est une norme de conformité. Quand Emmanuel Macron a proposé en novembre 2025 un label officiel de « sources fiables », il voulait confier la définition de ce label… à la corporation elle-même. Il a failli légaliser cette norme de conformité déjà prégnante.
« La caste mediatique se bat très durement pour conserver son pouvoir. On a bien vu les réactions après le rapport Alloncle. » @edchanot directeur de l’Observatoire du journalisme.
📲 En direct de la cérémonie des Bobards d’Or organisé par @_polemia pic.twitter.com/SLUwERMcRt
— Frontières (@Frontieresmedia) May 20, 2026
Elle permet de légitimer le journalisme traditionnel face à la concurrence des « journalistes-citoyens » sur les réseaux sociaux. Donc de les exclure. Donc de garantir l’endogamie de la caste. Exemple éloquent : le lanceur d’alerte Pierre Sautarel et Fdesouche.
« Entre 2015 et 2025, le fact checking est devenu une véritable industrie »
Derrière tout ça, il y a de l’argent. L’État profond médiatique finance indirectement la police du discours, sans assumer ouvertement la censure… Entre 2015 et 2025, le fact checking est devenu une véritable industrie à l’heure où les médias étaient fragilisés. L’AFP touche 150 millions d’euros par an de compensations de mission d’intérêt général, vous vous doutez bien que le fact checking d’« AFP Factuel » est un argument de poids pour les obtenir. Le Monde et Libération touchent des millions d’euros d’aides à la presse (8 et 5), de la même façon satisfaire les exigences de lutte contre la désinfo leur permet de cocher une case. Et les financements sont aussi privés et colossaux : Le Décodex et CheckNews ont aussi été financés par Facebook, à hauteur de 1 000 € l’article.
À échelle plus modeste, des associations comme Conspiracy Watch ont perçu des dizaines de milliers d’euros du Fonds Marianne (60 000 € en 2024) tout en étant omniprésentes dans les médias pour se légitimer mutuellement.
Des carrières ont été basées sur cela : par exemple celle de Julien Pain, rédac’ chef du « Vrai ou Fake » sur France Info. Chose révélatrice, celui-ci était catastrophé quand, en janvier 2025, Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, a annoncé vouloir plus de liberté d’expression et écarter les fact checkers. Zuckerberg a dénoncé un système devenu trop complexe ayant conduit à une censure excessive et (je cite) « des erreurs ». Lui a accepté sa propre remise en cause.
L’histoire est ironique. Quelquefois, la liberté va plus vite que tous leurs dispositifs de contrôle. Aujourd’hui, grâce à l’intelligence artificielle (qui n’est pas idéale mais qui a son utilité), n’importe qui peut fact-checker les fact-checkers sur les réseaux sociaux.
« Les fêlés, ça laisse passer la lumière »
Le fait est que ces tentatives de lutte contre la désinformation ont renforcé la méfiance du public, à l’heure où 60 % de l’opinion ne fait plus confiance aux médias classiques… Simplement, ils veulent une autre info.
Je vais conclure par quelque chose d’un peu provocateur. Quand on écoute les journalistes mainstream, les « complotistes sont des fous furieux ». Ce n’est pas totalement faux… mais les fêlés, ça laisse passer la lumière.
Édouard Chanot

