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Les médias de gauche et LFI étrillent Raphaël Glucksmann

15 mai 2026 | Temps de lecture : 8 minutes

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Raphaël Glucks­mann dans la tour­mente. Une note interne rédigée par un stratège de sa cam­pagne, Math­ieu Lefèvre-Mar­ton, a fuité dans la presse. La note indique notam­ment que le leader du micro-par­ti Place Publique devrait se con­cen­tr­er sur son élec­torat cible surnom­mé « les Fidèles » : des hommes et femmes céli­bataires entre 50 et 80 ans, cadres supérieurs aisés plutôt dans le pub­lic et qui vivent en métro­pole. En revanche, la note enjoint le député européen à éviter les 18–25 ans, les caté­gories pop­u­laires plus acquis­es au RN et à LFI et les habi­tants des ban­lieues. Les députés LFI en ont prof­ité pour tir­er à boulets rouges sur Raphaël Glucks­mann. La presse a elle aus­si tiré une salve.

La révélation d’une note très polémique

À l’origine, « un PDF tam­pon­né con­fi­den­tiel », dévoilé le 12 mai par Politi­co dans sa newslet­ter. Dans ce doc­u­ment vis­i­ble­ment très secret, une cinquan­taine de pages, décrivant « les “trois ‘publics cibles’” en vue de la cam­pagne prési­den­tielle de l’eurodéputé ». D’abord, « ceux qui lui sont “fidèles” » et ensuite « ceux qu’il pour­rait con­quérir, à gauche, et au centre ».

La per­son­ne qui a rédigé ce rap­port est Math­ieu Lefèvre-Mar­ton, fon­da­teur du think tank Des­tin com­mun. Politi­co pré­cise néan­moins que Raphaël Glucks­mann aurait « mis à la poubelle » ce rap­port, désir­ant vouloir par­ler à tout le monde, même à ceux qui ne sont pas de gauche. Qu’à cela ne tienne, le mal était fait.

France Info a été l’un des pre­miers médias à repren­dre l’information et nous apprend que cette note interne a été élaborée « en mars 2026 à par­tir des don­nées du think tank Des­tin com­mun et de l’in­sti­tut de sondage Clus­ter 17 ». L’objectif de cette note était de per­me­t­tre à Raphaël Glucks­mann « d’atteindre 20 % à l’élection prési­den­tielle de 2027 et d’e­spér­er rassem­bler au moins 7,5 mil­lions de voix ». Pour ce faire, trois caté­gories de Français sus­cep­ti­bles de vot­er Glucks­mann ont été iden­ti­fiées sous la forme de trois per­son­nages fic­tifs : « Nathalie de Nantes, 57 ans, pro­fesseur de let­tres » (totale­ment acquise), « Romain de Romainville, 43 ans, ingénieur chez EDF » (qui hésite entre Raphaël Glucks­mann, Ton­de­lier ou Ruf­fin) et « Gérard de Guérande, 68 ans, retraité » (qui vote Macron). Bref : des « boomers », voire des « bobos » du cen­tre-gauche, de la classe moyenne supérieure.

A con­trario, il lui faudrait éviter dans un pre­mier temps les 18–25 ans, les CSP–, les électeurs de Jean-Luc Mélen­chon et les régions acquis­es au RN et à LR : Hauts-de-France, PACA, Corse, le Grand Est.

Les attaques les plus virulentes de LFI et Mediapart contre Raphaël Glucksmann

Le Huff­in­g­ton Post se con­cen­tre davan­tage sur la réac­tion des insoumis à la divul­ga­tion de cette note. Les Mélen­chon­istes sont bien sûr tombés à bras rac­cour­cis sur Raphaël Glucks­mann, qu’ils con­sid­èrent sou­vent comme « un macro­niste » voire « un homme de droite ». L’article cite la députée Clé­mence Guet­té, co-prési­dente de l’Institut La Boétie, qui déclare sur X à pro­pos du mari de Léa Salamé : « Il n’a jamais souhaité être un can­di­dat de gauche. Sa stratégie, c’est d’incarner le renou­veau macro­niste. En aban­don­nant les ouvri­ers, les plus pau­vres, les jeunes ».

De même, son col­lègue Paul Van­nier « enjoint le coprési­dent de Place publique à vis­er la mairie de La Baule, com­mune hup­pée du lit­toral, s’il souhaite se « préoc­cu­per » des « cadres supérieurs et des retraités aisés ». L’article men­tionne ensuite la réponse du con­seiller poli­tique de Place publique qui défend Glucks­mann et retourne le procès en élec­toral­isme con­tre Jean-Luc Mélenchon.

Non men­tion­née, l’eurodéputée Rima Has­san n’a pas man­qué de se faire l’écho des révéla­tions de Politico :

Medi­a­part s’est fait beau­coup plus offen­sif, qual­i­fi­ant la note pour Raphaël Glucks­mann de doc­u­ment « à mi-chemin entre le brief de pub­lic­i­taires et l’autofiction ger­manopra­tine » qui con­firme les accu­sa­tions de « mépris de classe et entre-soi bour­geois » portées con­tre l’eurodéputé et son par­ti Place publique Des griefs qui ne sor­tent pas de nulle part : la jour­nal­iste de Medi­a­part Sarah Benaï­da cri­tique au pas­sage la déci­sion de Raphaël Glucks­mann qui a préféré « retir­er les candidat·es de son par­ti entre les deux tours des munic­i­pales plutôt que de fusion­ner avec La France insoumise ». Et si Medi­a­part men­tionne ensuite la défense de Raphaël Glucks­mann qui insiste sur « la néces­sité de par­ler à toutes et tous », il se con­clut sur une pique acérée envers le mari de Léa Salamé : l’électorat visé par Place publique com­prend ceux qui ont voté à gauche et au cen­tre. Nul besoin d’un « Pow­er­Point » pour le deviner.Les médias de gauche et LFI étrillent Raphaël Glucksmann

Des critiques plus mesurées mais sévères de la presse de centre-gauche

Du côté du Monde, on titrait :

« Prési­den­tielle 2027 : une note con­fi­den­tielle ali­mente le procès en “macro­nisme” con­tre Raphaël Glucksmann ».

La jour­nal­iste San­drine Cassi­ni détaille longue­ment les trois pro­fils types des votants de la note :

« Nathalie, 57 ans, pro­fesseure de let­tres à Nantes, vote à gauche même si elle n’est pas “naïve”. Elle se rend dans les mag­a­sins ali­men­taires Bio­coop, achète des vête­ments de sec­onde main sur la plate­forme de vente en ligne Vinted.

Romain, 43 ans, fan d’escalade, est ingénieur chez EDF. Il vit avec sa femme à Romainville (Seine-Saint-Denis), où il a pu acheter un apparte­ment plus grand qu’à Paris. Ex-mil­i­tant écol­o­giste, il trou­ve Marine Ton­de­lier, la secré­taire nationale des Écol­o­gistes, « trop woke ».

Quant à Gérard, c’est le pro­fil type du boomer macroniste :

« Gérard, 68 ans, est retraité à Guérande (Loire-Atlan­tique). Avec 5 100 euros de revenus men­su­els, il boucle facile­ment ses fins de mois. Pour 2027, il hésite entre l’eurodéputé et Édouard Philippe, le prési­dent d’Horizons. »

Glucksmann « traverse depuis des mois un sacré trou d’air »

L’article établit un par­al­lèle entre cette note de Math­ieu Lefèvre-Mar­ton et celle du think tank Ter­ra Nova qui con­seil­lait au PS d’abandonner les class­es pop­u­laires. L’article valide de fac­to le « procès en macro­nisme » de Raphaël Glucks­mann, qui a recruté d’ex-membres du par­ti prési­den­tiel (Aurélien Rousseau, Sacha Houlié, Mar­guerite Cazeneuve).

Il faut dire que Glucks­mann était déjà en dif­fi­culté, un point souligné par Libéra­tion dans un bil­let piquant de Jonathan Bouchet-Petersen. Il y a selon lui « le feu dans la mai­son Glucks­mann » : bien sûr, l’impact de cette révéla­tion est désas­treux, tant il ren­force l’image de can­di­dat macro­niste qui « s’adresse davan­tage aux insid­ers qu’à la France des oubliés ». Mais c’est plus encore un « cail­lou dans la chaus­sure du leader de Place publique, qui peine à pass­er la sec­onde et qui tra­verse depuis des mois un sacré trou d’air ». Le bil­let évoque notam­ment le débat jugé « cat­a­strophique » de Raphaël Glucks­mann con­tre Éric Zem­mour, en novem­bre dernier sur LCI. Une con­tre-per­for­mance que la gauche cul­turelle, vis­i­ble­ment, ne peut lui pardonner.

Seule lueur d’espoir : l’hypothèse selon laque­lle Raphaël Glucks­mann pour­rait lancer un « con­tre-feu » dans son prochain livre annon­cé le 28 mai.

Voir aus­si : Raphaël Glucks­mann, portrait

Le Figaro indifférent

Neu­tre et presque indif­férent, Le Figaro, dans son arti­cle titré « CSP+, diplômés, urbains… » La fuite d’une note con­fi­den­tielle sur ses publics cibles embar­rasse Raphaël Glucks­mann », souligne le car­ac­tère embar­ras­sant de la polémique pour l’eurodéputé et, citant des sources internes, le temps per­du à atténuer la polémique. Le quo­ti­di­en met l’accent sur les recom­man­da­tions pré­cis­es de la note : éviter les électeurs gag­nant moins de 1500 € par mois, les CSP–, les jeunes, les per­son­nes vivant seules avec enfants, les habi­tants de ban­lieues et ceux n’ayant que le bac. À l’inverse, l’électorat naturel se situerait chez les diplômés, urbains, plutôt âgés et gag­nant plus de 3500 € men­su­els. La défense de Glucks­mann est large­ment rap­portée avec sa cita­tion : « Ce doc­u­ment volé, dont j’ai immé­di­ate­ment rejeté les con­clu­sions, n’a aucune valeur poli­tique. Seule la France m’habite, pas des bouts de France. »

L’article posi­tionne Glucks­mann comme le mieux placé dans les sondages pour incar­n­er le cen­tre-gauche, tout en rap­pelant son oppo­si­tion à une pri­maire avec les autres can­di­dats non-mélen­chon­istes… et qu’il ne s’est pas encore déclaré candidat.

Mais le pour­rait-il encore avec une telle image de poli­tique décon­nec­tée des class­es pop­u­laires ? À gauche, les médias sem­blent avoir déjà voté.

Jean-Charles Souli­er

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