Validé à seulement deux voix près, le rapport du député Charles Alloncle sur l’audiovisuel public a aussitôt provoqué une vive levée de boucliers. Les députés LFI, PS et écologistes ont été rejoints par Mediapart, Le Monde et Libération, qui ont dénoncé en chœur un document « partial », « complotiste » et rempli d’« attaques personnelles ». Une réaction d’une rare violence qui ressemble à s’y méprendre à une campagne de dénigrement contre un travail parlementaire pourtant documenté.
Lundi 27 avril, 14h30, une ribambelle de journalistes est rassemblée dans la salle des Quatre Colonnes de l’Assemblée nationale (France Inter, France 2, LCP, RTL, CNews). Tous attendant impatiemment le résultat du vote sur la publication du rapport de Charles Alloncle à la suite de la commission d’enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public. Quelques députés rentrent et sortent mais l’on apprend que le vote à huis clos n’est pas terminé et que les députés n’ont toujours pas tranché.
Après 4h30 d’attente, le verdict tombe : le rapport va être publié à deux voix près. Les députés de gauche hurlent. En effet, parmi les 31 députés de la commission d’enquête, à l’exception d’une abstention, les 10 élus de gauche ont voté de concert contre la publication du rapport, mais cela n’a pas suffi. L’abstention de dix élus centristes et les douze voix des députés de droite, accompagnés du président Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), auront eu raison de leur mobilisation.
🚨Rapport Alloncle : voici la liste précise des députés qui ont voté pour, ceux qui ont voté contre et ceux qui se sont abstenus.
(Source : @Drakeoz_G) pic.twitter.com/jVVIvtidGq
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Ils n’ont pas caché leur colère.
Quelques heures avant le vote, le député écologiste Benjamin Lucas déclarait au micro de l’OJIM : « J’espère que son rapport sera rejeté et qu’on ne polluera pas la bibliothèque de l’Assemblée nationale avec ce pseudo-rapport ! »
🔴Les mots forts du député écologiste Benjamin Lucas contre Charles Alloncle : “J’espère que son rapport sera rejeté et qu’on ne polluera pas la bibliothèque de l’Assemblée nationale avec ce pseudo-rapport !” (Interview à l’OJIM) pic.twitter.com/J5zKIXtLJv
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Dans un communiqué, le Parti socialiste a qualifié le texte de « compilation d’attaques ad hominem, d’insinuations, de diffamations et de mensonges ». À la suite du vote, la députée PS Sophie Taillé-Polian a déploré que l’on appose « le sceau de l’Assemblée nationale » sur des « propos biaisés ». Sa collègue Ayda Hadizadeh y a vu l’influence de « l’empire Bolloré » visant à affaiblir le service public. Cette même députée a d’ailleurs été accusée d’avoir divulgué des extraits du rapport avant sa publication officielle afin de nuire à Charles Alloncle.
🔴Rapport de Charles Alloncle : la députée PS Ayda Hadizadeh — soupçonnée d’être celle qui a fait fuiter certains passages du rapport — est également celle qui avait bousculé la journaliste de Frontières Louise Morice en avril 2025. pic.twitter.com/Q4QSTRICvq
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Jérémie Patrier-Leitus accusé de complicité
L’écologiste Jérémie Lordannof a dénoncé un rapport « partiel et partial, bourré d’insinuations et d’attaques personnelles », tandis qu’Arthur Delaporte (PS) l’a résumé comme « un tract politique qui n’aurait pas dû engager la responsabilité de la représentation nationale ».
Au cœur de la tornade : le président de la commission Jérémie Patrier-Leitus, accusé de s’être « couché devant l’extrême droite ». Le 19 avril dernier dans La Tribune, il avait annoncé qu’il voterait pour la publication du rapport. Hier, le député LFI Aurélien Saintoul l’a accusé devant la presse d’avoir « changé son vote au dernier instant ». Selon l’insoumis, Patrier-Leitus, qui s’est montré critique à l’endroit d’Alloncle ces dernières semaines, aurait penché vers l’abstention lors du débat à huis clos. Convoqué sur France Inter le 28 avril au matin, il s’est défendu, assurant « combattre celle-ci », tout en refusant ses méthodes, notamment « la censure et la remise en cause de la liberté d’expression ».
La gauche médiatique renchérit et conspue le rapport
En renfort des députés, les médias de gauche et une partie des rédactions de l’audiovisuel public n’ont pas tardé à amplifier ces critiques virulentes.
Mediapart a multiplié les articles présentant l’adoption du rapport comme une victoire de « l’extrême droite » qui « se frotte les mains », dénonçant des méthodes « inquisitoriales », une commission transformée en « farce » et un travail mené « sans souci de la preuve ». Edwy Plenel a qualifié le rapport sur X de « délire complotiste sponsorisé par le système Bolloré ».
De son côté, le quotidien Le Monde a longuement décrit une journée sous haute tension et critiqué sévèrement la conduite du rapporteur, accusé d’avoir monopolisé le temps de parole (jusqu’à 14 % selon leurs calculs), de s’être servi de la commission pour gagner en visibilité et d’avoir privilégié les capsules réseaux sociaux plutôt que le contradictoire. On notera que Le Monde a toujours comme actionnaire Xavier Niel, qui avait refusé dans un premier temps de se rendre à la commission d’enquête sur l’audiovisuel public pour profiter de la station de Courchevel.
🚨Le 26 février dernier, Xavier Niel a posé un lapin à la commission d’enquête sur l’audiovisuel public en prétextant un “empêchement urgent” et “indépendant de sa volonté” : il se trouvait en réalité au ski à Courchevel. (Source : @Offinvestigatio) pic.twitter.com/FLPoFjKHTc
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Libération n’est pas en reste : le quotidien parle d’un rapport « très polémique » et « partial », accuse Alloncle de manipuler les chiffres de la Cour des comptes et qualifie les auditions de véritables « réquisitoires » et « cabales » contre France Télévisions et Radio France.
Une véritable campagne de dénigrement est à l’œuvre pour discréditer un travail parlementaire pourtant rigoureux et documenté.

