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À l’AFP, un comité exécutif très homogène sous couvert de renouvellement

13 avril 2026 | Temps de lecture : 3 minutes

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L’AFP a annon­cé la nom­i­na­tion de trois nou­velles dirigeantes à son comité exé­cu­tif : Pauline Tala­grand, Clau­dia Raho­la et Mar­i­on Thibaut. Der­rière ce renou­velle­ment présen­té comme stratégique, se des­sine un pro­fil idéologique et soci­ologique par­ti­c­ulière­ment homogène, reflet d’une cer­taine con­ti­nu­ité dans le paysage médi­a­tique français.

Trois nom­i­na­tions, trois femmes, trois par­cours internes : l’Agence France-Presse a offi­cial­isé le 24 mars la pro­mo­tion de Pauline Tala­grand, Clau­dia Raho­la et Mar­i­on Thibaut à son comité exé­cu­tif. Offi­cielle­ment, il s’agit d’accompagner la trans­for­ma­tion tech­nologique et édi­to­ri­ale du groupe en perte d’influence dans le nou­v­el ordre médi­a­tique mon­di­al. Offi­cieuse­ment, ce trio illus­tre aus­si une ligne désor­mais bien instal­lée dans cer­taines rédactions.

Des profils internes… et « engagés »

Pre­mière nom­mée, Pauline Tala­grand, future direc­trice adjointe de l’information chargée de l’IA, est une fig­ure de l’AFP depuis près de vingt ans. Passée par le « fact-check­ing », elle a con­tribué à posi­tion­ner l’agence sur ce créneau en forte crois­sance. Elle s’est égale­ment investie dans les ques­tions de « diver­sité » et de représen­ta­tion, par­tic­i­pant à des mis­sions internes sur la place des femmes dans les con­tenus. Une réus­site puisque sur ce coup c’est un trois sur trois !

Son par­cours s’inscrit dans une ten­dance plus large : l’essor d’un jour­nal­isme mêlant infor­ma­tion, véri­fi­ca­tion mais aus­si un « engage­ment socié­tal ». Une ori­en­ta­tion qui, si elle est revendiquée au nom de l’éthique, n’est pas sans sus­citer des inter­ro­ga­tions sur la fron­tière entre neu­tral­ité et militantisme.

Clau­dia Raho­la, de son côté, incar­ne un pro­fil plus clas­sique de grand reporter inter­na­tion­al. Entrée à l’AFP en 1995, elle a occupé de nom­breux postes à l’étranger avant de rejoin­dre des fonc­tions de ges­tion. Sa nom­i­na­tion à la tête de la pho­to s’inscrit dans une logique de con­ti­nu­ité, mais aus­si dans un con­texte où l’image est de plus en plus encadrée par des normes tech­niques et édi­to­ri­ales, notam­ment autour de l’authentification et de l’IA.

Une génération rompue aux nouveaux codes

La troisième nom­i­na­tion, Mar­i­on Thibaut, com­plète ce tableau. Spé­cial­iste des zones inter­na­tionales, passée par Bangkok puis Mon­tréal, elle a égale­ment été impliquée dans des ini­tia­tives d’éducation aux médias, notam­ment au sein de l’association « Entre les lignes ».

Sur les réseaux soci­aux, plusieurs pris­es de posi­tion ou cen­tres d’intérêt témoignent d’une sen­si­bil­ité très pronon­cée : diver­sité, lutte con­tre la « dés­in­for­ma­tion », angoisse cli­ma­tique surjouée.

Rien d’exceptionnel dans le paysage actuel, mais un ensem­ble qui con­tribue à dessin­er un pro­fil édi­to­r­i­al rel­a­tive­ment homogène.

Ce type de tra­jec­toire, mêlant inter­na­tion­al, engage­ment socié­tal et maîtrise des nou­veaux for­mats, cor­re­spond désor­mais à un stan­dard dans de nom­breuses rédac­tions et l’AFP n’y déroge pas.

Féminité affichée, diversité limitée

Dif­fi­cile enfin de ne pas relever la sym­bol­ique de ces nom­i­na­tions : trois femmes accè­dent simul­tané­ment au comité exé­cu­tif. Une évo­lu­tion saluée dans un secteur longtemps dom­iné par les hommes, et qui fait écho aux objec­tifs affichés par plusieurs dirigeantes de l’audiovisuel pub­lic, comme Del­phine Ernotte, qui appelait à « féminis­er » les instances de pou­voir, ouvrant même la chas­se aux mâles blancs.

Mais cette évo­lu­tion en matière de « par­ité », qui n’en est plus une, ne s’accompagne pas néces­saire­ment d’une diver­si­fi­ca­tion plus large. Les pro­fils restent très proches en ter­mes de for­ma­tion, de par­cours et de référen­tiels cul­turels et – si l’on pousse la logique diver­si­taire au bout – très homogènes eth­nique­ment. Reste à voir si cette soror­ité pro­fes­sion­nelle parvien­dra à remet­tre en selle une agence économique­ment à la peine.

Rodolphe Cha­la­mel

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