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Quentin Deranque : le deuxième assassinat, médiatique cette fois

3 avril 2026 | Temps de lecture : 6 minutes

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Qu’il s’agisse de rela­tions plus ou moins loin­taines avec dif­férents groupes poli­tiques et asso­ci­at­ifs, de pub­li­ca­tions sur les réseaux soci­aux ou d’avancées dans les enquêtes poli­cières, la mort de Quentin Der­anque, tué par des activistes d’extrême gauche, a été réécrite par les médias de la gauche rad­i­cale. Un nar­ratif qui a servi au retour de Raphaël Arnault. 

« C’est ain­si qu’ils vont doc­u­menter les faits et gestes de ce groupe, minute par minute » : le 27 mars, BFMTV pub­li­ait des pho­tos pris­es par les équipes du ren­seigne­ment polici­er avant et après la mort de Quentin Der­anque. Celles-ci, comme leur nom l’indique, n’ont pas voca­tion à inter­venir. Elles suiv­aient les mil­i­tants d’ultragauche qui allaient assas­sin­er Quentin Der­anque, bien que l’article ait pu induire cer­tains lecteurs en erreur. Les élus LFI ont rapi­de­ment hurlé au « scan­dale d’É­tat », les autorités n’ayant pas con­tred­it la thèse du lyn­chage, en dépit de la présence de ces agents. Il fau­dra un sec­ond arti­cle pour rap­porter que les agents ont assisté à « une rixe » sans pour autant « tout voir ». À savoir les deux min­utes fatales, entre 17h57 et 17h59. BFM pub­liera le cliché de la vic­time se rel­e­vant dif­fi­cile­ment à cette heure précise.

Quentin sali avant le retour de Raphaël Arnault

Les médias et la gauche main­ti­en­nent en tout cas leur nar­ratif com­mun, directe­ment inspiré des élé­ments de lan­gage des activistes d’ultragauche.

À l’avant-garde de la chas­se aux sor­cières, Medi­a­part qui, le 12 mars, pub­li­ait une enquête-por­trait inti­t­ulée « Quentin Der­anque, catholique tra­di­tion­al­iste à la ville et néon­azi en ligne », remet­tant délibéré­ment en cause les témoignages des amis de la vic­time, qui n’ont eu de cesse de décrire avec émo­tion un jeune homme vivant sa foi catholique, réservé et tou­jours servi­able. Le média d’Edwy Plenel a iden­ti­fié trois comptes anonymes sur X attribués à Quentin Der­anque. Des comptes qui ont pub­lié entre 2023 et 2025 des mes­sages qual­i­fiés de « néo­fas­cistes », fustigeant Simone Veil voire l’immigration actuelle ou van­tant « Adolf ». Un long arti­cle où la mort du jeune homme de 23 ans n’est nulle part regret­tée. Comme s’il avait mérité son sort ?

Cette pub­li­ca­tion, opérant une véri­ta­ble inver­sion accusatoire, a indé­ni­able­ment dés­in­hibé les jour­nal­istes et son­né l’hallali médi­a­tique… et pré­paré le retour de Raphaël Arnault.

Le député insoumis, cofon­da­teur de la Jeune Garde, est ain­si revenu sur la scène poli­tique après avoir dis­paru des radars pen­dant six semaines, et avec la béné­dic­tion de LFI qui souhaite le revoir sur les bancs de l’Assemblée nationale. Le Parisien, qui note « une forte pres­sion poli­tique » pour sa démis­sion, ne s’en plain­dra sans doute pas.

La complaisance médiatique à l’égard des assassins

Un sché­ma se des­sine : les médias noir­cis­sent Quentin Der­anque et blan­chissent, ou du moins éclairent, ses assassins.

Si Quentin Der­anque était un « mil­i­tant iden­ti­taire » « lynché lors d’affrontements entre des mem­bres d’ultradroite et d’ultragauche », selon (BFMTV), L’Humanité par­le de son côté de « bagarre rangée ». Le Parisien, à la fin d’un arti­cle con­sacré à la prise de parole de Raphaël Arnault, pré­cise que « le mil­i­tant nation­al­iste a fréquen­té un temps la sec­tion locale de l’Action française, un mou­ve­ment d’extrême droite roy­al­iste. Et il a été ensuite l’un des fon­da­teurs du groupe nation­al­iste révo­lu­tion­naire Allo­bro­ges Bour­goin. » La Provence, lui, évoque « le groupe fémona­tion­al­iste Némé­sis ». Le mot est nou­veau, et l’un de ses avan­tages est qu’il est dif­fi­cile de reli­er le pré­fixe « femo » au féminisme.

Autre biais dans la presse régionale : Sud-Ouest et Ouest-France offrent un exem­ple par­fait en par­lant tous deux du « député LFI Raphaël Arnault, dont des proches sont mis en cause dans la mort du mil­i­tant d’extrême droite rad­i­cale Quentin Der­anque ». Actu­Ly­on évoque la « mort trag­ique du mil­i­tant d’extrême droite rad­i­cale Quentin Der­anque, lynché après une rixe impli­quant des mil­i­tants de l’ultra-droite et de l’ultra-gauche. »

BFMTV par­le de « neuf sus­pects proches de l’ultragauche », notam­ment Jacques-Élie Favrot. Ce dernier étant mem­bre de la Jeune Garde, la qual­i­fi­ca­tion « proche de l’ultragauche » est dès lors curieuse­ment faible. Libéra­tion fait un autre choix. Plutôt que de min­imiser les engage­ments poli­tiques extrêmes des sus­pects, il induit le doute sur leurs rap­ports avec Raphaël Arnault, par­lant de « deux de ses anciens col­lab­o­ra­teurs et un de ses anciens sta­giaires ». Or, les col­lab­o­ra­teurs l’étaient tou­jours au moment des faits.

Blast, un média comme les autres

Raphaël Arnault a de sur­croît accordé une inter­view à Blast, pub­liée le 1ᵉʳ avril, choix sur­prenant. L’élu a expliqué son silence par une volon­té d’a­pais­er les choses, avant de dénon­cer une « instru­men­tal­i­sa­tion poli­tique » du décès. Selon lui, ses détracteurs exploitent la mort de Quentin Der­anque pour « étein­dre la gauche », invers­er les valeurs et faire de l’an­tifas­cisme l’en­ne­mi, sans réelle préoc­cu­pa­tion pour la vio­lence poli­tique. Arnault vise là une « caste poli­tique et médi­a­tique » et Blast dénon­cera durant l’en­tre­tien la Une de Mar­i­anne : Meurtre de Quentin – les nou­veaux fascistes.

Pour­tant, cet entre­tien sera large­ment relayé. L’occasion pour cer­tains médias, notam­ment le Parisien, de don­ner à ce site mil­i­tant ses let­tres de noblesse en par­lant de ses « con­frères ». La Provence par­le d’un « média indépen­dant », ce qui est un choix de mots étrange puisque 10% du bud­get de Blast provient de sub­ven­tions publiques. Cer­tains médias vont jusqu’à inté­gr­er la vidéo de l’interview dans leur arti­cle, ce qui per­me­t­tra à Blast d’améliorer son référence­ment et d’augmenter son nom­bre de vues. BFMTV de son côté le cite en ces ter­mes. « Raphaël Arnault a aus­si avoué avoir eu “peur que l’ex­trême droite se sai­sisse de cette oppor­tu­nité” pour jus­ti­fi­er des actes vio­lents envers La France insoumise. “Ce qui a été le cas”, dénonce-t-il, avec “les attaques de plusieurs per­ma­nences” insoumis­es et “les men­aces de mort avec un couteau” à l’en­con­tre de la can­di­date LFI à la mairie de Stras­bourg, Jami­la Hadoum. » Libéra­tion rap­porte égale­ment sa « peur affreuse que la vio­lence s’embrase dans le pays ». On peut se féliciter que cela n’ait pas été le cas, et que les mil­i­tants de droite ne soient, eux, pas des assassins.

Voir aus­si : Les silences com­plices du Pro­grès (Lyon) sur les vio­lences de la Jeune Garde

Les médias reprennent la désinformation de la gauche

L’un des mantras de la gauche est de citer les meurtres soi-dis­ant com­mis par l’extrême droite, pour dénon­cer qu’ils ne pren­nent pas plus de place dans les médias. France info et La Provence repren­nent notam­ment cet argu­ment de Raphaël Arnault qui « juge que les vio­lences com­mis­es par l’ex­trême droite, comme le meurtre du rug­by­man Martín Aram­burú, n’ont pas été aus­si médiatisées ».

Ce meurtre, qui avait eu lieu en mars 2020 dans le quarti­er Saint-Ger­main à Paris après une vio­lente dis­pute dans un bar, n’avait pour­tant pas grand-chose à voir avec un meurtre poli­tique. Bien sûr, les meur­tri­ers étaient « des mil­i­tants d’ultradroite » (ayant fait par­tie du GUD), mais la qual­i­fi­ca­tion de racisme n’a pas été retenue par l’instruction, comme le pré­cise Actu­Ly­on.

Adélaïde Motte

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